Aymeric Christensen | Euthanasie et suicide assisté : une loi toujours plus per
LE POINT DE VUE D'AYMERIC CHRISTENSEN | Les députés ont adopté, ce 25 février, en deuxième lecture, deux propositions de loi concernant la fin de vie. Aymeric Christensen, directeur de la rédaction La Vie, revient sur les dangers liés à l’adoption du volet sur l’aide à mourir.
Aymeric Christensen © DRCommençons par voir les choses du bon côté puisqu'il y en a un. Le volet soins palliatifs de la loi voté à l'unanimité est évidemment une avancée, parce que même si le sujet fait en apparence consensus, le développement des soins palliatifs dans notre pays a perdu 20 ans, entre promesses molles, rarement tenues et indifférences coupables. Il n'est pas certain que cela suffise pour en finir enfin avec les déserts palliatifs de trop nombreuses régions encore, mais sachons saluer les avancées quand il y en a, c'est évidemment une bonne nouvelle.
L’adoption du volet sur l’aide à mourir : un rejet des alertes professionnelles et des collectifs ?
Il n'y a pas vraiment de quoi se réjouir. L'autre volet, celui de l'aide à mourir, pour reprendre le paravent lexical inventé pour l'occasion, celui de l'euthanasie et du suicide assisté, a lui aussi été adopté par les députés. Ils ont encore repoussé les limites de ce qui était au départ envisagé avec un texte très permissif, qui balaie purement et simplement toutes les mises en garde des professionnels et des collectifs inquiets d'un tel projet. Sans entrer dans le détail, je vous donne un exemple très révélateur, « Par souci d'équilibre, les députés ont finalement ajouté un délit d'incitation à l'aide à mourir », affirment-ils. Mais l'équilibre n'est que de façade. Les sanctions sont deux fois plus lourdes que celles prévues pour le délit d'entrave. En d'autres termes, c'est tout un symbole. Il sera demain plus grave de vouloir dissuader quelqu'un de mourir que de l'y encourager.
Entre débat houleux et lassitude : une mobilisation réduite
Contrairement à ce que les partisans de la loi voudraient faire croire, la violence et le dogmatisme n'étaient pas du côté des opposants. Anathèmes, procès en conservatisme voire en extrémisme, renvois aux convictions religieuses, accusations d'insensibilité face à la douleur. Autant de façon de dénigrer et d'intimider, pour mieux élargir le texte, encore et encore. On nous promettait un modèle strictement encadré, alors même que les dérives de lois similaires à l'étranger sont déjà parfaitement documentées. Au final, on vote un texte de loi où les garde-fous sont réduits au strict minimum. Et pourquoi s'embarrasser après tout ? L'un des enseignements de cette deuxième lecture, c'est qu'il y a une vraie lassitude à l'égard du texte : peu de députés durant l'examen, une opinion peu mobilisée, alors même que l'on nous affirme que le texte serait très attendu et de moins en moins d'écho médiatique. Certains opposants, notamment de gauche, se sentent même invisibilisés dans le débat. C'est dramatique, car l'euthanasie n'est pas seulement une question éthique, et la fin de vie ne se réduit pas à la prise en charge de la douleur. Ce qui est en jeu dans le basculement sociétal en cours, et le fait que le gouvernement en fasse une priorité, c'est d'abord notre regard collectif sur la vieillesse, la maladie, la vulnérabilité, le handicap, en résumé, la vie, dès qu'elle s'écarte des standards valides, d'une apparente dignité qui serait réservée aux bien-portants. Et sur ce plan, le message envoyé est d'une tristesse sans nom.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




