Antoine-Marie Izoard | Magnifica Humanitas : pourquoi le pape parle-t-il d'IA ?
LE POINT DE VUE D'ANTOINE-MARIE IZOARD - Pourquoi le pape se mêle-t-il de l'intelligence artificielle ? Dans sa dernière encyclique "Magnifica Humanitas", Léon XIV prend au sérieux la révolution numérique en cours et s'invite dans le débat sur l'IA. Antoine-Marie Izoard revient sur la place que l'Église entend prendre sur la question autour de cette nouvelle technologie.
Antoine-Marie Izoard ©DRDans un monde où Dieu semble s’être évaporé, où la religion a été reléguée à la sphère privée, certains de nos contemporains s’interrogeront sur la pertinence d’un texte du chef de l’Église catholique sur la « révolution numérique » en cours. Ce sont les mêmes, bien souvent, qui crient à l’ingérence lorsque l’Église exhorte au respect de la vie à naître ou à l’aube de la mort, lorsqu’elle incite à prendre soin des plus faibles, ou bien encore lorsqu’elle dénonce les guerres au nom de Dieu ou de l’appât du gain.
Pourtant, vigie puissante qui voit toujours plus loin que le cadre étroitement matérialiste dans lequel certains voudraient enfermer le monde, l’Église fait entendre, dans l’encyclique "Magnifica humanitas", une voix de sagesse, une voix prophétique, se souciant avant tout du respect de la dignité de tout être humain. Qui d’autre que le pape, d’ailleurs, propose aujourd’hui une réflexion de haut niveau sur de tels enjeux ?!
Une parole de discernement
Pasteur suprême d’une Église « experte en humanité », selon les mots de son prédécesseur Paul VI, Léon XIV pointe du doigt le risque d’une course technologique effrénée qui déshumanise et laisse les plus vulnérables sur le bord du chemin. Fruit d’échanges avec des scientifiques et des ingénieurs, des responsables politiques et publics, des parents et des enseignants, l’encyclique "Magnifica humanitas" n’est pas un jugement définitif « sur » l’IA, mais une contribution précieuse « à l’ère » de l’intelligence artificielle, comme le précise son sous-titre. Elle offre des critères de discernement en s’appuyant sur un corpus épais, à savoir plus d’un siècle de Doctrine sociale de l’Église, qu’elle vient mettre à jour.
Alors, Léon XIV condamne-t-il l’intelligence artificielle ? Non, mais il pose un diagnostic à 360 degrés sur les développements technologiques de notre époque et rappelle la primauté du cœur. De même que le pape François, avec Laudato si, avait appelé à la sauvegarde de notre « Maison commune » en prônant une « écologie intégrale », Léon XIV invite à évaluer la révolution numérique à l’aune d’un indispensable « développement humain intégral ». Il appelle de ses vœux une technologie qui soit au service de l’homme, qui ne prenne pas le pouvoir à sa place et qui soit soumise à « un nouveau cadre spirituel, éthique et politique ».
Bien sûr, le pape met en garde contre les dangers des armes autonomes qui tuent sans presque aucun contrôle humain ni conscience, ou des algorithmes qui décident de la vie des personnes… Mais sa réflexion ne s’adresse pas aux seuls acteurs politiques et économiques. Parce que l’IA n’est pas « moralement neutre », Léon XIV fixe des limites face à une accélération qui semble inéluctable et nous amène à nous interroger, nous aussi, sur notre utilisation d’outils qui déshumanisent. On y repensera avant de prendre ChatGPT pour notre confident, notre médecin, notre psy, ou encore notre plume !


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




