Antoine-Marie Izoard | Liban : les armes du dialogue
LE POINT DE VUE D’ANTOINE-MARIE IZOARD | Tandis que la France vit au rythme des municipales, le Liban, lui, s’enfonce dans une guerre qui n’est pas la sienne. Pris en étau entre Israël et le Hezbollah, le pays du Cèdre subit de plein fouet la violence des affrontements. Face à l’impuissance politique et au drame humanitaire, demeure un espoir ténu : celui que le dialogue, seule arme véritable de paix, trouve enfin sa voie.
Antoine-Marie Izoard. Crédit: DRNous avons les yeux rivés sur la bataille des municipales, mais à 3 000 kilomètres de chez nous, en marge de la guerre israélo-américaine en Iran, se joue un conflit majeur : le petit territoire du Liban est victime, pour ainsi dire, des guerres des autres.
Une catastrophe humanitaire
À chaque jour, son lot de morts au pays du Cèdre. Ce « morceau de ciel tombé sur la terre », comme l’écrivait Khalil Gibran, paie un lourd tribut depuis la reprise des hostilités entre Israël et le mouvement chiite du Hezbollah qui entend venger les attaques sur l’Iran et la mort du guide suprême Ali Khamenei. Depuis les premières attaques du Hezbollah, l’État hébreu riposte sans discontinuer.
Le Liban se retrouve alors précipité dans une nouvelle guerre, qui n’est pas totalement la sienne, et menacé d’une crise humanitaire. C’est une véritable hécatombe. Au Sud-Liban, des villages entiers sont rasés. Les morts se comptent par centaines, jusqu’à Beyrouth. Près de 800 000 Libanais ont quitté leur maison. Personne n’est épargné. Alors qu’il portait secours à des paroissiens, le père Pierre el-Raï, prêtre maronite et fer de lance d’une résistance pacifique, est mort sous le feu d’un tir d’obus de l’armée israélienne, dans le sud du pays.
Un dernier recours : le dialogue diplomatique
C’est l’impasse pour les autorités de Beyrouth, coincées entre la menace israélienne si elles ne désarment pas immédiatement le Hezbollah et la sécession de la milice terroriste aux ordres de Téhéran. L’armée libanaise, entre deux feux, n’est pas en mesure d’éteindre le conflit. Elle manque d’armes, elle est sous-équipée, faute d’aide internationale. Sans compter que nul ne saurait, en ce moment, contraindre le Hezbollah à se désarmer. Dans ce contexte, seul le dialogue peut sauver le pays, dont les institutions politiques, déjà très fragiles, sont encore ébranlées. Comme le firent ses prédécesseurs à de nombreuses reprises et pour tant de conflits armés, Léon XIV a lancé un appel vigoureux lors de la prière de l’Angélus, dimanche 15 mars : « Cessez le feu », a-t-il exhorté en haussant le ton, « et que s’ouvrent des voies de dialogue ! ».
Le dialogue. Une négociation sous la houlette de la France a été évoquée, puis refusée par Israël. Qu’elle soit menée par Paris ou d’autres canaux diplomatiques, cette discussion serait le seul moyen que le Liban ne finisse pas en ruines. Dans sa folie guerrière, l’État hébreu, qui doit pouvoir protéger son territoire, voit-il que son voisin est pris en otage ? Ceux qui menacent Beyrouth d’être un nouveau Gaza et grignotent le territoire libanais doivent entendre les mots du père el-Raï, peu avant de perdre la vie : « Nous ne faisons que défendre notre terre […]. Aucun d’entre nous ne porte d’armes. Nous ne portons rien d’autre que les armes de la paix, de la bonté, de l’amour et de la prière. »


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
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