Antoine-Marie Izoard | Fin de vie : au Sénat, un coup d’arrêt qui ne dit pas son dernier mot
Le rejet par le Sénat d’un article clé de la proposition de loi sur la fin de vie a suscité l’espoir chez les défenseurs de la vie. Pour Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille Chrétienne, cette victoire reste toutefois fragile, tant le débat demeure ouvert et les équilibres parlementaires instables.
Antoine-Marie Izoard © DRUn revers inattendu pour l’« aide à mourir »
Coup de théâtre hier soir au Palais du Luxembourg : les sénateurs ont rejeté l’article 4 de la proposition de loi sur l’aide à mourir qui entérinait le principe d’une euthanasie et d’un suicide assisté. C’est une victoire pour les défenseurs de la vie qui s’opposent à cette rupture anthropologique majeure qui consisterait à installer dans la loi un droit de tuer.
Ce résultat est assez inattendu, d’autant que les sénateurs de la commission préparatoire avaient opéré un tour de passe-passe sémantique, transformant « l’aide à mourir » en « assistance médicale à mourir ». Ils avaient installé une grande confusion car cette formulation assimilait un acte létal à la pratique d’un soin. Or, à l’évidence, tuer, ce n’est pas soigner.
En attendant, ce qui est vraiment mort hier soir, mais provisoirement, c’est la proposition de loi, car ses opposants ont remporté une autre victoire. Ils sont parvenus à faire adopter un amendement sur la reconnaissance explicite d’un droit opposable au meilleur soulagement « sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ».
Une bataille parlementaire et éthique encore ouverte
Pour autant, après ce passage au Sénat, la loi n’a pas dit son dernier mot…
En effet, le rejet hier soir d’un article crucial du projet de loi est bien sûr dû à ses opposants, le plus souvent à droite et au centre de l’échiquier politique… mais cela n’aurait pu advenir sans le vote des socialistes pour qui, bien au contraire, ce texte n’était pas assez permissif, car ils souhaitent ouvrir le suicide assisté et l’euthanasie aux patients « en phase avancée » d’une maladie, avec encore plusieurs mois à vivre, et non seulement en fin de vie. Et puis, le Sénat n’est qu’une étape intermédiaire de la navette parlementaire. Le texte va revenir à l’Assemblée, il sera retravaillé.
Que retenir de cet épisode ?
Cela démontre bien qu’il n’y a pas de consensus sur ce texte, sur un sujet si important. Les lignes peuvent encore bouger.
Les parlementaires entendront-ils les évêques de France pour qui, en parlant « d’aide à mourir », on « détourne les mots de leur véritable sens pour mieux anesthésier les consciences » ?
Entendront-ils Léon XIV, encore récemment devant l’ensemble du corps diplomatique, demander aux États de proposer « des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs […] plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie » ?
Et puis, parce que certains estimeront toujours que les catholiques sont archaïques et dépassés, entendront-ils l’inquiétude de nombreux médecins qui refusent de devoir un jour réaliser une injection létale alors qu’ils ont prêté serment de sauver des vies, et non de tuer ?
Entendront-ils tant de personnes malades ou en situation de handicap s’inquiéter d’être seulement considérées comme une charge par une société qui ne leur accorderait plus de place et les pousserait au suicide ?
Je vous le demande ce matin : qui est prêt à abandonner la loi du plus fort pour écouter la voix du plus faible ?


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF Notre Dame ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Martin Dumont, historien, auteur de La France dans la pensée des papes, de Pie VI à Léon XIV (Editions du Cerf) et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.
