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Un retour de la torture en démocratie ?

Un retour de la torture en démocratie ?

Un article rédigé par Marine Quéau - Radio Notre Dame, le 10 février 2026 - Modifié le 10 février 2026
Le Grand TémoinPlus d’un Français sur trois serait favorable à l’usage exceptionnel de la torture

Plus d’un Français sur trois estime aujourd’hui que la torture pourrait être acceptable pour prévenir un acte terroriste, selon un récent sondage de l’IFOP. Une proportion en nette hausse depuis les années 2000. Pour Luc Bellière, président de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France), cette évolution révèle un glissement préoccupant des sociétés démocratiques face à la peur et à la tentation de réponses autoritaires.

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Le retour de l’utilisation volontaire de la violence comme moyen coercitif inquiète Luc Bellière, président de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France). Selon un sondage IFOP commandé par l’association, 38 % des Français estiment acceptable le recours à la torture dans des cas exceptionnels. Un chiffre en hausse ces dernières années, que Luc Bellière attribue à "la fausse croyance selon laquelle la torture serait efficace pour obtenir des informations".

Un imaginaire largement façonné par la culture américaine et le cinéma. "Il suffirait d’une gifle pour que le suspect révèle l’endroit où il retient une victime", alors que la réalité du terrain est bien différente. "Trouver la personne qui détient réellement une information utile est extrêmement difficile, et la torture n’y change rien", souligne-t-il.

Même lorsqu’une personne possède une information, rien ne permet d’en garantir la fiabilité sous la contrainte. Les neurosciences confirment ce constat. Une étude de l’université Columbia, publiée en 2015, montre que les informations obtenues sous la torture sont fréquemment fausses, exagérées ou inventées. "Avec la douleur, les connexions au niveau du cerveau sont erronées et ne permettent pas d’en tirer des conclusions fiables", explique Luc Bellière.

Le principe de dignité

La moitié des personnes sondées par l’IFOP ont répondu "oui" à des pratiques telles que l’administration de décharges électriques à un suspect de terrorisme, le placement d’un détenu dix jours à l’isolement pour le punir, ou encore le bâillonnement et le menottage d’un migrant qui résiste à son expulsion. Des situations perçues comme plus légitimes que d’autres formes de punitions corporelles, notamment dans le contexte carcéral ou migratoire.

Frontière entre traitements cruels et torture

"Comme en prison, où l’on met parfois cinq matelas dans une cellule prévue pour deux personnes, la frontière est extrêmement fine entre les traitements cruels, inhumains et dégradants et la torture", explique Luc Bellière. En droit international, les deux notions sont étroitement liées et laissées à "l’appréciation du contexte". Cette "zone grise" peut permettre de qualifier des actes de torture en simples traitements "dégradants", aux sanctions moins lourdes.

Le basculement autoritaire

"Quand une société commence à accepter qu’on traite notre prochain de manière indigne, il n’y a plus de limite à ce que la violence devienne extrême", alerte le président de l’ACAT-France. Selon lui, la torture, lorsqu’elle devient un choix politique, transforme profondément une société. "Les démocraties qui ont légalisé la torture, comme Israël, les États-Unis ou la Russie, sont des sociétés qui ont basculé dans la violence et la guerre."

Un glissement qu’il analyse dans son livre Résister à l’indignité : l’acceptation de la torture, point de bascule des sociétés. Pour Luc Bellière, le mécanisme est clair : ce qui constitue un interdit absolu devient d’abord "exceptionnel", puis progressivement toléré, au nom de la sécurité collective.

Le Grand Témoin de Louis Daufresne ©RCF NOTRE DAME
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le Grand Témoin
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