Santé mentale : comment vont les adolescents ?
Les adolescents vont-ils mieux ? On trouve des indicateurs positifs dans une récente étude sur la santé mentale des collégiens et lycéens. S'ils consomment par exemple moins de tabac, de cannabis ou d'alcool, la situation reste contrastée. Quant à l'usage des réseaux sociaux, qui suscite tant d'inquiétude, on pourrait là aussi tenir un point de vue nuancé. Selon une autre étude, en effet, cela développerait, chez certains, le sens de l'empathie...
Une étude néerlandaise a montré que "l’exposition aux réseau sociaux en Europe occidentale a tendance à augmenter l’empathie"... ©Mathieu Thomasset / Hans LucasDéclarée "grande cause nationale" en 2025 et 2026, la santé mentale fera l'objet à la rentrée 2026 d'un dispositif pour orienter les élèves en souffrance psychique. Des jeunes pour qui l'on s'inquiète depuis l'épidémie de Covid. Qu'en est-il aujourd'hui ? Comment vont les adolescents ? Le 2 juin dernier, Santé publique France a publié une étude réalisée d’après une enquête menée en 2024 sur 11.400 élèves de secondaire. On y trouve des signaux encourageants mais aussi des points d'alerte.
Santé mentale des adolescents : des indicateurs positifs
Que révèle l’étude de Santé publique France ? Qu’il y a un certain nombre d’indicateurs positifs. La santé mentale des collégiens et lycéens s’améliore sur certains points. Le nombre de morts par suicides est en baisse chez les 15-25 ans, qui consomment moins de tabac, d’alcool et de cannabis. Ce que le Pr Bruno Falissard, pédopsychiatre, explique par "des enjeux éthiques".
"Notre jeunesse est peut-être plus responsable par certains aspects qu’elle était avant." Et plus consciente aussi des risques liés à l’assimilation de ces substances, "on perd son contrôle on peut avoir des conduites sexuelles risques…"
L’étude révèle toutefois que "depuis 2015, 2017, une réaugmentation des tentatives de suicide de 40 à 50% chez les jeunes filles. Alors que le suicide diminue chez les plus âgés de façon régulière depuis les années 2000." Ainsi, Bruno Falissard, président de la Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, directeur du CESP (Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations), nous alerte : "Depuis une dizaine d’années il se passe quelque chose de grave et en particulier chez les jeunes filles."
La génération des réseaux sociaux est-elle plus empathique ?
Les jeunes de 11 à 14 ans passent près de deux heures par jour sur les réseaux sociaux, selon une étude Médiamétrie de février 2026. Entre 15 et 24 ans, ce temps moyen quotidien passe à près de cinq heures. Des jeunes rivés sur leurs écrans de smartphone que l’on imagine volontiers isolés, préférant les relations virtuelles.
Une étude néerlandaise a montré que "l’exposition aux réseau sociaux en Europe occidentale a tendance à augmenter l’empathie", nous apprend le Pr Falissard. Les réseaux sociaux développeraient chez ces jeunes la "théorie de l’esprit". C’est-à-dire qu’au moment de publier un texte sur Snapchat, TikTok ou Instagram, ils se demandent : Est-ce que l’autre qui va lire mon texte va comprendre de ce que j’ai écrit ? "Ils musclent leur cognition sociale, résume le pédopsychiatre, leur aptitude à comprendre ce que l’autre va comprendre d’eux." Cette capacité à se mettre à la place de la personne qui va lire les messages que l’on publie et à anticiper leur réaction créerait de l’empathie.
Reste qu'un certain nombre de spécialistes alertent sur l'exposition aux écrans précoce et prolongée, dont ils rappellent qu'elle est néfaste pour la capacité d'empathie. Il ne faut pas non plus ignorer que les lycéens et les collégiens sont les premières cibles du cyberharcèlement - les chiffres de la cyberviolence sont d'ailleurs en augmentation.
Enfin, tous les jeunes n'ont pas la capacité à assimiler les codes de la communication sur les réseaux sociaux. "Le niveau d’exigence est devenu tellement haut que les jeunes qui ont des difficultés dans ce domaine vont être en souffrance dans la relation", observe Laurent Contamin, animateur d’ateliers d’écriture, co-auteur, avec le psychiatre Emmanuel Contamin, du "Petit guide psy à l'usage des jeunes éco-conscients" (éd. Odile Jacob, 2026). "Alors qu’on a beaucoup de jeunes qui font beaucoup plus attention à autrui que nous, on a une minorité qui devient plus importante de jeunes qui sont en souffrance dans les relations à autrui."
La mythologie grecque : ces grands récits dont les jeunes ont besoin
"Avant, nous avions des métarécits, c’est-à-dire ces grands discours structurants d’une société – comme la religion, la science, la première chaîne de télévision… Nous avions des codes des normes, la société nous aidait, parfois avec un peu trop de force, à être nous-mêmes", note le Pr Falissard. Dès lors, vu l’importance d’internet dans la vie des adolescents d’aujourd’hui, on peut se demander quels sont les grands récits qui les fédèrent ? Et comment qu’est-ce qui les aides à construire leur identité adolescente ?
Auprès des collégiens qu’il rencontre dans le cadre de ses ateliers d’écriture, Laurent Contamin observe le succès de L’Odyssée d’Homère, "à l’unanimité". "Tous les gamins accrochent comme des malades !" Ce qu’il explique par le fait que l’histoire se passe "dans un temps ancien où le rapport au monde végétal, minéral, animal était plus d’égal à égal, et qu’il y a moins de position de surplomb de l’humain par rapport au cosmos".
L’Odyssée fait ainsi office de "pot commun" sur lequel des jeunes "souvent issus d’origines très diverses", mais sensibles aux questions écologiques, en viennent à se retrouver.


La bioéthique en podcast. PMA, GPA, tri embryonnaire mais aussi euthanasie, soins palliatifs... de ses tous débuts à son extrême fin, la vie ne cesse d’être interrogée. Une émission qui décrypte toutes les questions éthiques que posent les avancées de la science et de la loi.
Un podcast en partenariat avec les Facultés Loyola Paris.





