RPR : l'héritage d'un grand parti peut-il encore rassembler la droite ?
Fondé par Jacques Chirac en 1976, le RPR a longtemps structuré la droite française. Dans le Grand Témoin, l’historien Pierre Manenti revient sur l’histoire, les idées et l’héritage de ce parti gaulliste, dont l’influence continue d’alimenter les débats politiques actuels.
une photo de Jacques Chirac projetée devant l'Hôtel de Ville de ParisAvec près de 900 000 adhérents à son apogée, le Rassemblement pour la République (RPR) a longtemps été le grand parti de la droite française. Fondé par Jacques Chirac, dissous en 2002, il continue pourtant de nourrir les débats politiques actuels. Dans cet entretien, l’historien Pierre Manenti retrace l’histoire du RPR, ses combats idéologiques, sa force militante et l’héritage laissé à une droite toujours en quête de repères et de figures fédératrices.
Aux origines du RPR ?
Fondé en décembre 1976 par Jacques Chirac, le RPR (Rassemblement pour la République) se revendique du gaullisme. Le parti défend alors une ligne à la fois souverainiste et sociale, avant d'évoluer vers des positions plus libérales dans les années 80. En 2002, le RPR est dissous au sein de l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire). La marque est, ensuite, rachetée par un militant, puis revendue à un groupe de députés du Rassemblement National.
Une machine militante puissante
À son apogée, en 1986, le parti compte près de 886 000 adhérents. C’est plus du double des adhérents d’En Marche, souligne Pierre Manenti : “je crois me souvenir qu'En Marche, au moment de son sommet, quand l'adhésion était gratuite, c'était 400 000 adhérents.”
L’historien insiste sur le caractère “partisan” et “militant” du RPR. Cette dynamique reposait sur une véritable capacité d’entraînement des individus. "À l’époque, le parti était un lieu de sociabilité. On s’y rencontrait, on y évoluait, on s’y faisait des amis", explique-t-il. La vie professionnelle et la vie politique s’y trouvaient souvent étroitement liées, témoignant d’un modèle partisan aujourd’hui largement disparu.
La liberté, cœur du projet du RPR
Interrogé sur les grands combats du RPR, Pierre Manenti met en avant une idée centrale : “la conquête de la liberté”. Selon lui, la droite n’a pas été absente du débat intellectuel et social, contrairement à une idée reçue. Ses positions ont, elles aussi, irrigué la société sur le long terme.
La droite face au combat des idées
“Il y a eu beaucoup d'idées. Il y en a peut-être peu qui ont pénétré l'imaginaire collectif des français parce qu'on oublie aussi vite, parce que l'actualité se bouscule.” Il cite notamment la défense de l'école libre dans les années 1980, portée par Jacques Chirac, un "grand combat intellectuel de la droite (...) c'est ce retour à la liberté, c'est cette défense des libertés”.
Si Pierre Manenti reconnaît qu'il est aujourd'hui "difficile pour la droite aujourd'hui de fixer une ligne intellectuelle”, il estime toutefois que sa production intellectuelle reste vivante, incarnée par des personnalités comme Bruno Le Maire ou David Lisnard. “Jacques Chirac avait su, comme le général de Gaulle en son temps, réunir derrière lui des gens très différents" explique l'historien, "reste à la droite de trouver ce chef qui pourrait rassembler derrière lui.”
Jacques Chirac, figure fédératrice
Le succès du RPR reposait largement sur les épaules de Jacques Chirac. "Il y avait des libéraux, des colbertistes, des souverainistes, des europhiles” rappelle Pierre Manenti. Malgré leurs divergences, “ce qui rassemblait tous les membres du RPR c'était Jacques Chirac”.
Peut-on pour autant qualifier Jacques Chirac de populiste ? Pour l'historien, la réponse est non. En revanche, le fondateur du RPR “avait la conviction que le débat ne pouvait pas simplement être intellectuel, qu'il fallait s'interroger sur les inquiétudes des Français”.
Aujourd’hui, des personnalités se revendiquant de l’esprit du RPR existent encore, mais sans disposer de la même assise militante ni de la même stature que Jacques Chirac, soutenu par des centaines de milliers de militants.
RPR et RN : héritage ou contresens ?
Même si une alliance entre le RPR et le FN de Jean-Marie Le Pen n’a jamais été envisagée, Jacques Chirac va “considérer que les électeurs du Front National ne sont pas à mépriser, qu'il faut leur parler” explique Pierre Manenti.
L’héritage du RPR : un espace politique disputé
Lors de sa fusion avec l’UDF, le RPR “a laissé un espace, l'espace de cette droite nationaliste, sociale, populaire, espace qu’aujourd'hui le RN essaie de reconquérir”. Le RN se revendique aujourd’hui héritier du RPR sur certaines positions, notamment l’Europe des nations ou l’idée d’une droite populaire et sociale. Une démarche que Pierre Manenti juge complexe, tant le parti peine à se détacher de son histoire. Le rachat de la marque RPR est ainsi perçu par certains anciens membres comme une tentative de dénaturation de son héritage.
Fusion et disparition du RPR
En 2002, le RPR approuve la création d’un mouvement de soutien à la majorité présidentielle pour accompagner Jacques Chirac au second tour des élections présidentielles avant d'être dissous dans le nouvel UMP (Union pour un Mouvement Populaire). “Cette fusion s'est faite dans la douleur” souligne Pierre Manenti, “on a forcé à la fusion deux familles politiques aux racines intellectuelles complètement différentes”.
Cette disparition a durablement fragilisé l’héritage gaulliste et laissé la droite française en quête d’une identité commune, une question qui demeure encore largement ouverte aujourd’hui.


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