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Réduction de l'aide publique au développement : des effets considérables dans le monde entier

Réduction de l'aide publique au développement : des effets considérables dans le monde entier

Un article rédigé par Frédéric Mounier, avec OR - RCF, le 18 mai 2026 - Modifié le 23 mai 2026
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Un an après, on est en mesure de le constater : les coupes budgétaires dans l'aide publique au développement américaine ont eu des effets considérables dans le monde entier. Sur RCF Notre Dame, des ONG dénoncent la grande brutalité de la manière dont les coupes ont été faites - signe d'une remise en cause idéologique plus qu'économique.

Aide publique au développement : "80% des ONG sont frappées par des coupes, avec plus ou moins d’ampleur…" ©UnsplashAide publique au développement : "80% des ONG sont frappées par des coupes, avec plus ou moins d’ampleur…" ©Unsplash

Couper "à la hache" dans l’aide publique au développement (APED) américaine : cette décision de Donald Trump a été entérinée par le Sénat en juillet 2025. S’en est suivie la suppression de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid)

Un an après, on est en mesure de constater les effets de cette décision à travers le monde : ils sont considérables. Et ce, dans bien des domaines touchant à l’aide aux plus pauvres, qu’il s’agisse de la santé, de la lutte contre les épidémies, de l’éducation, de la promotion féminine ou de l’adaptation au changement climatique. Dès lors, comment envisager l’avenir de ce que l’on appelait il n’y a encore pas si longtemps la coopération ou la relation Nord-Sud ? Que reste-t-il des solidarités Nord-Sud ?

Il y a un an, le démantèlement de l’Usaid

Les coupes budgétaires dans l’aide internationale, annoncées par Donald Trump dès janvier 2025, ont été approuvées par la Chambre des représentants et le Sénat, le 17 juillet dernier. Première conséquence de ce vote, le démantèlement de l’Usaid, l’agence américaine pour le développement international, créé en 1961 par le président Kennedy. 

Le budget annuel de l’Usaid "tournait autour d’une quarantaine de milliards de dollars, sur une aide publique au développement américaine qui en faisait à peu près soixante", précise Philippe Orliange, diacre permanent de l’Église catholique et ancien directeur exécutif de la stratégie à l’AFD (Agence française de développement). Il est aujourd’hui délégué national à la catholicité de l’Église au sein de la CEF. Il précise qu’une "petite partie des quarante milliards a été recyclée, réattribuée, au ministère américain des Affaires étrangères mais le gros de cette somme a disparu".

Ce n’est pas la première fois qu’une grande agence disparaît, précise toutefois Philippe Orliange, qui rappelle par exemple la dissolution en 2020 du département du Développement international, du gouvernement britannique. Dissolution "totalement passée sous silence", alors que le Royaume-Uni avait atteint l’objectif des fameux 0,7% - consacrer 0,7% du PIB à l’aide publique au développement étant une ligne d’horizon dans la coopération Nord-Sud, définie dans les années 1960.

Ce ministère, créé par les travaillistes en 1997, était devenu "l’institution bilatérale de référence, ajoute Philippe Orliange, plus que l’Usaid d’ailleurs". Co-auteur avec Alisée Pornet de "Géopolitique du développement - Les enjeux de la solidarité internationale" (éd. PUF, 2025), il considère "qu’il faut se souvenir" de cette suppression du département du Développement international, "parce que ça veut dire que la crise de l’aide est une crise longue et probablement structurelle". 

 

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ONG : "Il nous est de plus en plus difficile de faire notre travail"

"80% des ONG sont frappées par des coupes, avec plus ou moins d’ampleur… Il nous est de plus en plus difficile de faire notre travail", affirme Guillaume Nicolas, le délégué général du CCFD-Terre Solidaire. La première ONG française de solidarité internationale, qui est aussi un service de l’Église catholique, travaille avec des partenaires locaux, qu’elle soutient. Sur le terrain, Guillaume Nicolas observe que la baisse de l’APD se traduit concrètement par "des projets qui se ferment, des fortes dé priorisation, des licenciements…"

Et l'on peut déjà anticiper que "les objectifs de développement durable ne seront pas atteints en 2030, comme le résume Guillaume Nicolas. Il y a eu un tel désengagement des États par rapport aux promesses de 2015 qu’on parle d’une dette de l’aide de plus de 7 milliards de dollars. C’est-à-dire que tous les engagements pour visée de 0,7% qui n’ont pas honorés, c’est une somme d’argent qui n’a pas été versée pour l’APD et qui étaient attendue, estimée pour pouvoir répondre à des besoins très concrets."

 

Pour la première fois depuis vingt ans, on estime que le nombre de régimes autocratiques dépasse celui des démocraties

 

L'aide au développement, objet d'une remise en cause "idéologique" 

Mais n’y a pas que l’aspect financier. C’est aussi "une mise en cause idéologique de l’aide publique au développement" que dénonce Philippe Orliange. Tout comme le délégué général du CCFD Terre Solidaire : "Il y a depuis quelque années un dénigrement très fort des ONG mais aussi de nos partenaires locaux qui, eux-mêmes, vivent une restriction très forte des espaces civiques. Ils ont de moins en moins de liberté."

Dénigrement que Guillaume Nicolas associe au fait que "pour la première fois depuis vingt ans, on estime que le nombre de régimes autocratiques dépasse celui des démocraties. Ça veut dire que plus des deux-tiers de la population vit sous un régime jugé autoritaire."

Si les spécialistes dénoncent les raisons idéologiques plus qu'économiques à ces coupes budgétaires, c’est en raison de la grande "brutalité" avec laquelle ont été opérées les coupes budgétaires. "Les coupes dans l’aide au développement sont un problème mais il y a aussi la manière dont les coupes sont faites, pointe le Père Grégoire Catta, jésuite et théologien, maître de conférences aux Facultés Loyola. Ce qui s’est passé l’an dernier, on a eu un peu des échos mais on n’en a pas forcément tant parlé que ça dans les médias mais ça a été d’une brutalité inouïe."

Qu'en dit l'Église ?

Derrière ces chiffres, il y a "une question de vie ou de mort" pour des milliers de personnes. Ainsi, en Irak, le JRS (Service jésuite des réfugiés), a dû stopper net l’accompagnement psychologique de rescapés de Daech ainsi que la formation de professionnels locaux. Parmi ces patients "en très grande souffrance psychique", il y a eu "du jour au lendemain, une augmentation du taux de suicides". 

Le spécialiste de la doctrine sociale de l’Église (DSE) précise que "l’attention aux personnes est centrale dans tout l’enseignement social de l’Église". Et notamment les grandes encycliques que sont Rerum novarum, en 1891, de Léon XIII, Populorum Progressio, en 1967, de Paul VI ou encore Sollicitudo Rei Socialis de Jean-Paul II en 1987.

"La question du développement de toute la personne humaine, de l’épanouissement de toute la personne humaine, va de pair avec le développement de l’humanité entière en solidarité, résume Grégoire Catta. On ne peut pas imaginer se développer, être pleinement humanité, s’il y a, à côté de moi, mon frère ou ma sœur - même à des milliers de kilomètres - qui n’a pas les moyens de se développer."

Un enseignement que l'Église tire directement de l’Évangile et en particulier de l’évangile de Luc, où est racontée la parabole du bon Samaritain (chapitre 10). "La question finale de Jésus, résume le jésuite, est de savoir quel est celui qui s’est laissé toucher par la souffrance de celui qui était en difficulté ?" Il y a là un élément structurant de la foi, et non une option laissée à l’appréciation de chaque chrétien. Il s'agit de "mettre en œuvre une vision du monde et une vision de la personne humaine, selon, pour nous les chrétiens, ce que l’Évangile nous montre".

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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