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Pourquoi les familles abandonnent la Presqu'île de Lyon
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Pourquoi les familles abandonnent la Presqu'île de Lyon

Un article rédigé par Anaïs Sorce - RCF Lyon, le 8 janvier 2024  -  Modifié le 8 janvier 2024

C’était la promesse phare de la campagne de Grégory Doucet en 2020 : faire de Lyon une ville à hauteur d’enfants. De la création de nouveaux parcs aux rues piétonnisées près des écoles, en passant par les conseils d’arrondissements des enfants, la Ville de Lyon multiplie les initiatives pour s’engager en faveur des familles. Pourtant, en Presqu’île, ces projets semblent aujourd’hui avoir du mal à trouver leur public. Tout simplement car de moins en moins de familles habitent dans l'hyper-centre de Lyon. Les raisons sont multiples : insécurité, nuisances sonores et manque d’accessibilité.

Lyon, vue du Rhône - Bastien NVS (unsplash) Lyon, vue du Rhône - Bastien NVS (unsplash)

L’Hôtel-Dieu, l’église Saint-Nizier, l’abbaye d’Ainay, la Fontaine des Jacobins, le théâtre des Célestins, la place Bellecour, les rues de la République et Mercière… le deuxième arrondissement de Lyon ne sera-t-il bientôt plus qu’un lieu qui se visite, à l’instar du Vieux-Lyon ? Le quartier du 2e représente le cœur de la Presqu’île de Lyon et concentre enseignes reconnues, monuments et rues célèbres. C’est aussi l’un des plus côtés de la ville, qui abrite un peu moins de 30 000 habitants. Mais une tendance de fond se dessine depuis quelques années : les familles la quittent. D’après le recensement de l’Insee, le nombre de ménages sans enfant y a augmenté de plus de 6 % entre 2009 et 2020 alors que celui des ménages avec enfant a baissé de 1,5 %. Pourtant, l’aménagement de la Confluence a drainé des habitants et séduit les familles. En comparaison, le 7e arrondissement de Lyon a, sur la même période, accueilli 1 465 ménages avec enfants supplémentaires (+18 %). La fréquentation des écoles publiques confirme la tendance car en trois ans, les écoles du 2e arrondissement ont perdu 191 élèves.
Le constat est donc sans appel : les familles quittent le quartier historique de la Presqu’île. « Cette réalité répond à plusieurs tendances de fond, amplifiées par les politiques qui peuvent être menées actuellement : la première c’est la baisse générale de la natalité en France, ensuite c’est l’appauvrissement de la population et l’augmentation très importante des prix de l’immobilier. Il y a une déconnexion entre le pouvoir d'achat des familles et le prix des appartements notamment en hypercentre. La crise du Covid a considérablement changé les attentes des familles. Et ça c’est amplifié par les politiques de lutte contre la voiture » décrypte Jérôme Humbert, le président du Comité d'intérêt local (CIL) Lyon Sud Presqu’île, par ailleurs ancien agent immobilier.

Logement, insécurité et difficultés d'accès au cœur du problème

Malgré le poids de la problématique immobilière dans l’équation, elle n’est pas la seule responsable de cet exil. Pierre Oliver, le maire LR du 2e arrondissement de Lyon, est sans concession sur le sujet : « Ça s’explique en grande partie par les difficultés qu’on a à accéder aux centre villes et aux logements, avec le changement de destination d’un certain nombre de logements. Tout ça fait qu’on a une gentrification du centre et une perte du nombre de familles ». Au-delà du simple constat, cette réalité a des conséquences concrètes pour l’élu : « c’est tout un pendant de notre économie qui s'effondre parce qu’on ne peut pas vivre qu’avec des seniors et des étudiants, il faut qu’il y ait aussi des familles, des actifs et c’est ça qui fait la richesse du territoire ». Pour faire revenir les familles, Pierre Oliver plaide pour la construction de logements et pour une meilleure accessibilité. Celui qui a mené sa propre enquête de satisfaction auprès des riverains, majoritairement mécontents, concernant le Plan Presqu’île mené par la Métropole de Lyon et la ville de Lyon, pointe également les problèmes de sécurité et déplore la situation actuelle : « Au fond je suis convaincu, comme tout le monde, qu’on a envie de garder des familles en ville. Pourtant les actes politiques ne sont pas à la hauteur et le résultat n’est pas là ».

Logement, accessibilité et insécurité sont donc un triptyque identifié par les riverains et les élus sur le terrain. Même l’hebdomadaire économique Challenge classe Lyon 39e sur 40 dans son palmarès des métropoles françaises concernant l’attractivité des familles. Mais ces critiques acerbes n’atteignent pas la Métropole de Lyon. Renaud Payre, vice-président habitat et logement à la Métropole de Lyon, se dit vigilant quant à cette question depuis presque deux ans mais la minimise. Il estime que « nous ne sommes pas dans “les familles fuient”, ça voudrait dire qu’il y a un phénomène massif. Il y a une alerte et on en voit tout de suite la conséquence, c’est des classes qui ferment. Mais ça affecte les autres services publics. La crainte, c’est que la qualité de vie et la qualité des autres services publics s’en trouvent affectées. » Pour ne pas « faire une métropole réservée à quelques-uns », l’homme de gauche vante les actions de la Métropole en matière de logement : encadrement des loyers, vigilance sur la vacance des logements et sur les meublés de tourisme. Car « le lien que nous faisons directement c’est le coût du logement. S’il y a des problèmes de sécurité, même si ce n’est pas notre compétence, on alerte les services de l’État. On ne l’ignore pas mais ce n’est pas cela qui affecte véritablement le choix résidentiel, il y a une vraie demande. C’est le lot des grandes villes depuis des années ».

La question de la voiture reste centrale pour les familles

Pourtant, cette question de la sécurité est centrale pour beaucoup de riverains, tout autant que l’accessibilité, largement dénoncée par les habitants. Antoine Nanterme est l’un des cofondateurs de l’association pour le Développement de la Presqu’île de Lyon. La jeune structure a été montée par des riverains, commerçants et professionnels de la Presqu’île pour alerter les élus sur l’impact des restrictions de circulation via les Zones à Trafic Limité (ZTL). « L’accessibilité est un sujet car c’est très compliqué de venir vous voir. Circuler à vélo, c’est une bonne idée mais avec des enfants en bas âge, ce n'est pas systématiquement pratique. Vous êtes contents de pouvoir stationner en bas de chez vous, ne serait-ce que pour décharger vos courses, mais en Presqu’île ce n’est plus possible : dans le 1er arrondissement, il n’y a plus de stationnement du tout » déplore Antoine Nanterme, qui pointe aussi le coût du stationnement en parc privé ou en garage. « Par dépit, par ras-le-bol, les familles partent quelque part où elles ont un meilleur environnement, sécuritaire, etc. » Car l’avocat habite à proximité de la place Sathonay et se désole de voir la fréquentation des places en Presqu’île où « on ne laisserait pas les enfants jouer au ballon ». La piétonnisation forcée par la Métropole n’est pas la solution pour lui : « on risque d’avoir des départs importants d’habitants qui en auront ras-le-bol d’avoir les commerces, la foule, le tourisme le week-end et d’être coincés systématiquement. Si la Presqu’île de Lyon devient St-Jean, on s’en mordra les doigts d’ici peu. Vous allez avoir un effet de bunkerisation ». Le jeune papa relativise également les contre-exemples italiens, souvent pris en modèles, arguant que la ZTL de Milan est bien élargie par rapport à celle de Lyon et qu’elle ne fait que « déporter beaucoup de problèmes que l’on a sans les régler ». 

En mai 2023, 28 associations de riverains ont lancé un recours en justice contre le projet de piétonnisation de la Presqu'île. Si les études d’impact n’ont pas été réalisées en amont du projet, le juge pourrait, dans les semaines à venir, invalider la décision de la Métropole. 

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