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Mathématiques et sciences : où sont les femmes ?

Mathématiques et sciences : où sont les femmes ?

Un article rédigé par Hugo Bauer et Melchior Gormand - RCF, le 2 mars 2026 - Modifié le 13 mars 2026
On va se parlerMaths et sciences : où sont les femmes ?

Si les compétences ne sont pas en cause, les stéréotypes, les biais de sélection et l’organisation sociale freinent encore l’accès et la progression des femmes dans les domaines scientifiques. Comment pallier ces inégalités et de questionner l’importance des modèles féminins ?

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À l’école, les filles réussissent aussi bien et souvent mieux que les garçons en mathématiques et dans les disciplines scientifiques. Certaines enquêtes montrent pourtant qu’il n’existe aucune différence de compétences selon le genre, et pourtant, plus le niveau d’études s’élève, plus la proportion de femmes diminue dans les filières les plus scientifiques. 

Ce paradoxe subsiste dans la mesure où “les compétences ne sont pas en cause” selon le professeur Elyès Jouini, alors que l’environnement social, culturel et institutionnel joue un rôle déterminant. Comme le résume la mathématicienne Anne Moreau, “il ne faut pas forcer les filles à faire des sciences, mais il ne faut pas qu’elles s’en privent”

"Un champ miné" : le poids des stéréotypes dès l’enfance

La question ne peut être comprise sans revenir aux premières années de scolarité. “À la fin du CE1, on a déjà perdu une partie des filles les plus performantes”, explique Elyès Jouini, évoquant un décrochage précoce qui ne s’explique pas par une baisse de niveau, mais par une évolution du regard porté sur leurs capacités. Il décrit les disciplines scientifiques comme “un champ miné des domaines scientifiques” pour les jeunes filles : un espace où l’erreur est davantage scrutée, où la légitimité peut être plus facilement remise en question, et où les remarques sexistes, même banalisées, fragilisent la confiance.

Les filles sont enfermées dans le doute.

Des clichés systémiques et non genrés. “Les stéréotypes sont délétères dans les deux sens”, précise Anne Moreau. Selon elle, “les filles sont enfermées dans le doute” tandis que “les garçons subissent une pression excessive à la réussite”. Là où un garçon bon élève sera spontanément encouragé à choisir les sciences pour assurer sa réussite professionnelle, une fille recevra plus souvent une injonction à “s’épanouir” ou à privilégier des choix jugés plus équilibrés. Ces différences d’attentes façonnent les trajectoires d’orientation, réduisant progressivement le vivier féminin dans les filières scientifiques les plus exigeantes. Ce sentiment d’illégitimité constitue, pour elle, un frein invisible mais puissant.

Invisibilisation historique et freins dans les carrières

Au-delà de l’orientation initiale, les invités ont rappelé que la sous-représentation des femmes s’inscrit aussi dans une histoire longue d’invisibilisation. Si des figures comme Marie Curie demeurent emblématiques, elles apparaissent souvent comme des exceptions presque mythiques. Or, comme l’affirme Elyès Jouini, "des femmes brillantes en science, il y en a énormément". L’histoire a pourtant minoré certaines contributions majeures, comme celles de Lise Meitner dans la compréhension de la fission nucléaire ou de Rosalind Franklin dans la découverte de la structure de l’ADN. Ce phénomène, souvent qualifié d’effet Matilda, nourrit l’idée persistante d’une science essentiellement masculine.

La science ne peut pas se priver de la moitié des talents.

Dans les carrières académiques contemporaines, d’autres obstacles subsistent néanmoins. "Si vous partez un an, l’impact peut être de deux ou trois ans sur la carrière", explique le mathématicien à propos des interruptions liées à la maternité. Les critères d’évaluation reposent largement sur une productivité continue, publications, projets financés, mobilité, qui laisse peu de place aux pauses. 

Si vous partez un an, l’impact peut être de deux ou trois ans sur la carrière.

Interrogés sur les solutions, les invités reconnaissent que le débat sur les quotas restait sensible. Mais pour eux, l’essentiel est ailleurs : agir dès l’enfance, rendre visibles les parcours féminins et interroger les critères de sélection. Anne Moreau rappelle in fine que "la science ne peut pas se priver de la moitié des talents", et démontre qu’il s’agit d’un enjeu dépassant la seule question de l’égalité et touchant à la vitalité même de la recherche scientifique.

On va se parler avec Melchior Gormand ©RCF NOTRE DAME
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
On va se parler
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