Reconnaissance au travail : comment l'instaurer simplement ?
Et si le salaire ne suffisait pas à lui seul à fidéliser les salariés ? Important facteur de performance professionnelle, la reconnaissance est un puissant moteur de motivation. Mal comprise, elle est parfois mal mise en œuvre. Murielle Zel Boch, experte en relations humaines dans le monde professionnelle grâce à son agence Extra Mint, donne quelques conseils pratiques pour mieux intégrer la reconnaissance dans l'entreprise.
Le 1er facteur de satisfaction au travail serait le fait de se sentir apprécié © - Brooke Cagle via Unsplash La quête de sens au travail est devenue essentielle dans nos sociétés contemporaines, en particulier pour les nouvelles générations. Selon un sondage de l'IFOP, la reconnaissance au travail était un facteur de motivation pour 30 % des salariés en France, en 2020. En effet, « le salaire est essentiel pour attirer mais il ne suffit pas pour fidéliser. Dans la plupart des cas, les salariés peuvent retrouver les mêmes conditions ailleurs » prévient Murielle Zel Boch.
Reconnaissance au travail, de quoi parle-t-on vraiment ?
Une étude mondiale du Boston Consulting Group, menée auprès de plus de 200 000 salariés, montre que le salaire fixe n'arrive qu'en huitième motif de satisfaction au travail. Le premier serait ainsi le fait de se sentir apprécié. « Autrement dit, ce qui pèse le plus, ce n’est pas ce que l’on fait, c’est la manière dont on est reconnu dans ce qu’on fait » décrypte l'experte.
« La reconnaissance, ce n’est pas dire “merci” de temps en temps. C’est la manière dont le travail réel est vu, compris et valorisé » décrit Murielle Zel Boch, qui pointe l'importance de « reconnaître les résultats, évidemment mais aussi les efforts, même quand tout ne se termine pas par une réussite. C’est un facteur clé de santé mentale ». À l'inverse, le manque de reconnaissance est l’une des sources majeures de mal-être au travail, générant démotivation, stress, perte de sens voire défiance envers l’entreprise. Le manque de reconnaissance au travail serait aujourd’hui la cause de départ de 44% des salariés selon une étude Hays. « Le manque de reconnaissance n’est pas un ressenti individuel, c’est un phénomène massif » prévient Murielle Zel Boch.
Pourquoi le manque de reconnaissance est-il encore aussi répandu ?
Rarement volontaire, il résulte de plusieurs facteurs combinés : des cultures très centrées sur les chiffres, des managers sous pression, sans outils, une communication pauvre en retours et des charges de travail élevées. « Concrètement, ça donne des situations comme un manager qui voit bien l’investissement de son équipe, mais qui se dit “on verra ça plus tard”, et ce “plus tard” n’arrive jamais. Et le salarié finit par se dire : “Mon travail ne compte pas vraiment.”» explicite la spécialiste qui appelle à ne plus confondre gratitude et reconnaissance au travail.
Dire merci, féliciter, célébrer, c’est important. Mais ça relève surtout de la gratitude. Aujourd’hui, les salariés attendent plus de considération, c’est la base d’une relation humaine. La considération, c’est : être écouté, être consulté, pouvoir se développer et sentir qu’on a une place dans l’organisation. C’est par exemple demander l’avis d’un collaborateur sur l’organisation d’un projet, lui laisser de l’autonomie, ou lui confier un sujet parce qu’on reconnaît son expertise. On passe d’une reconnaissance ponctuelle à une relation continue, qui dit : “tu comptes ici.”
Comment mieux reconnaître les équipes au travail ?
Il existe quatre grandes formes de reconnaissance : la reconnaissance existentielle de la personne, la reconnaissance du travail, la reconnaissance des résultats et la reconnaissance des efforts et de l’investissement. Gare aux entreprises qui ne valorisent que les résultats : « elles invisibilisent tout le travail réel qui permet justement d’y arriver ». Pourtant, des gestes simples permettent d'accroître la reconnaissance professionnelle comme dire bonjour le matin, écouter, souligner un succès et valoriser un collaborateur devant ses pairs. « Par exemple, en réunion, au lieu de dire “bravo à l’équipe”, dire “ce projet a tenu les délais parce que Julie a sécurisé les échanges clients et anticipé les risques” » illustre Murielle Zel Boch qui incite aussi les responsables à faire des retours précis après une situation réussie dans les rituels d’équipe, les points projets, les échanges informels plutôt que d’attendre l’entretien annuel. « Par exemple, quand un pair dit “sans ton aide, je n’y serais pas arrivé”, l’impact est énorme. Et ça passe aussi par être équitable, donner de l’autonomie et de la confiance » complète la spécialiste.
Le manque de reconnaissance est un mal silencieux et très coûteux pour les entreprises, qui nuit à la santé mentale des salariés et entame leur engagement et leur performance. Pourtant, des gestes sincères, réguliers et justes contribuent à faire de l'entreprise un environnement de travail durable, qui mobilise l'investissement de chacun. « Il ne s'agit pas d'être gentil » précise Murielle Zel Boch car « dire merci, c’est bien. Considérer vraiment, c’est ce qui change tout ».


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