Face à un collège « en souffrance », l'Institution Saint-Denis à Lyon innove avec une classe unique multiniveaux
En Auvergne-Rhône-Alpes, près de 9% des jeunes de 16 à 24 ans ne sont ni scolarisés, ni en formation ni diplômés. Cela représente environ 78 400 jeunes. Face à ce constat, l’Institution Saint-Denis à la Croix-Rousse à Lyon, membre de l’enseignement Catholique de Lyon, innove avec la création de l’Académie Léonard de Vinci. Une classe unique en France qui mêle trois niveaux : 5e, 4e et 3e, dans une dynamique collective fondée sur la pédagogie par projet. Elle accueille 27 élèves actuellement.
Ouverte en janvier 2025, l'Académie Léonard de Vinci accueille 27 élèves de 5e, 4e et 3e - © Taylor Flowe via UnsplashDepuis 145 ans qu'elle existe à la Croix-Rousse, l'Institution Saint-Denis a traversé les époques en adaptant son enseignement. Depuis un an, l’établissement privé catholique a lancé l’Académie Léonard de Vinci : une classe unique en France qui mêle trois niveaux de collège : 5e, 4e et 3e, dans une dynamique collective fondée sur la pédagogie par projet. « Le constat que nous avons fait, c'est que la partie collège de l'enseignement, est la plus en souffrance aujourd'hui. C'est la partie qui ne répond ni aux besoins des élèves, ni à ce que les enseignants attendent, ni même les familles » explique Florence Lodovici, la cheffe de l’établissement.
Sollicités par l'entreprise LDLC, Florence Lodovici et son équipe ont beaucoup travaillé avec Christophe Menanteau, directeur de l’école LDLC, « avec une idée commune qui était de répondre à la fois aux besoins des élèves et aux besoins de la société de demain. Or, aujourd'hui, ce que l'on constate, c'est que les élèves viennent pour faire ce qu'il leur est demandé, théoriquement. C'est compliqué pour certains d'entre eux, ils ne s'y retrouvent pas, il y a une très grande baisse de motivation, peu d'appétence pour la matière intellectuelle, et il nous semblait important de produire quelque chose qui soit justement une occasion de susciter de l'intérêt et de la motivation ». Une production qui a pris la forme d'une classe unique, sans découpage par âge ni par niveau. Objectif affiché : enseigner en fonction des besoins pédagogiques ou éducatifs réels des enfants « parce que vous pouvez voir arriver un petit CP qui saura déjà lire, et puis un petit CP qui aura à peine acquis les premiers sons » estime Florence Lodovici.
Sortir du « face-à-face pédagogique » et passer au « côte-à-côte pédagogique »
Au collège, il n'est plus question d'apprendre la lecture mais l'idée est là : aider les enfants à travailler de façon autonome sur des projets qui utilisent leurs compétences et leur font apprendre de nouvelles notions, pour lesquelles ils peuvent solliciter les professeurs.
Si le professeur choisit le thème de l'eau par exemple, les élèves vont se mettre par trois ou quatre, tous niveaux confondus, pour choisir un projet à mener à bien. Ça peut être visiter les canalisations de Lyon ou créer un moulin à eau. On sort du face-à-face pédagogique, avec un enseignement descendant d'un enseignant qui va faire cours, qui va donner la notion, et on passe au côte-à-côte pédagogique, puisque ce sont les élèves qui, à un moment donné, vont aller trouver le professeur de physique parce qu'ils ne sont pas très aguerri sur la question des forces pour travailler sur le moulin à eau.
Une pédagogie inspirée du monde des études supérieures et de l'entreprise qui a nécessité deux ans de formations avec des spécialistes en pédagogie coopérative et active pour les enseignants mais qui porte déjà ses fruits selon la cheffe d'établissement, qui a choisi d'installer son bureau au milieu des classes : en juin 2025, tous les élèves de 3e ont réussi leur brevet « et plutôt brillamment ». Un succès que Florence Lodovici attribue à la méthode employée à l'Académie Léonard de Vinci : « on remet les matières au service d'une cause et c'est ce qui n'existe pas aujourd'hui au collège. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous apprenez le théorème de Thalès pour le théorème de Thalès. Il est bien compliqué après de faire en sorte que les élèves puissent le réutiliser dans la vie courante ».
C'est pourtant bien ce qui attend les élèves à la sortie de l'Académie avec l'entrée au lycée. Un retour à l'enseignement traditionnel que les élèves réussissent en sachant travailler en autonomie même s'ils sont « un peu plus tristes parce qu'un cours magistral reste un cours magistral avec des exercices à faire à la suite » déplore la directrice.


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