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Être évêque aujourd'hui en France, "une très lourde charge"
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Être évêque aujourd'hui en France, "une très lourde charge"

RCF,  -  Modifié le 17 juillet 2023

Une parole attendue, des prises de position critiquées, des attitudes scrutées... Même dans une société sécularisée comme la nôtre les évêques de l’Église catholique sont en première ligne. En ce lundi 13 décembre, une délégation d'évêques de France est à Rome pour rendre des comptes au pape François. L’occasion de revenir sur la place et le rôle de l’évêque dans l’Église catholique. Une charge que d'aucuns jugent très lourde, trop sans doute. C'est ce qu'a l'air de penser le pape lui-même.

"La charge d’évêque aujourd’hui en France est une très lourde charge", selon le dominicain Hervé Legrand - Crédit : Corinne SIMON/CIRIC "La charge d’évêque aujourd’hui en France est une très lourde charge", selon le dominicain Hervé Legrand - Crédit : Corinne SIMON/CIRIC

L’Église catholique en France, les évêques en première ligne

Une parole attendue, des prises de position critiquées, des attitudes scrutées… Même dans une société sécularisée comme la nôtre les évêques de l’Église catholique sont en première ligne. Après la remise du rapport de la Ciase, le 5 octobre dernier, ils se sont réunis à Lourdes, où ils ont pris d’importantes décisions, en reconnaissant notamment la responsabilité structurelle de l’Église dans les abus sexuels. Des décisions qui ont fait la une de nombreux journaux.

Pour son rôle dans la lutte contre la pédocriminalité dans l’Église, justement, et la mise en place de la commission Sauvé, le président de la Conférence des évêques de France (CEF) a reçu, le 6 décembre dernier, la Légion d’honneur. À cette occasion, certains médias n’ont pas manqué de rappeler les propos polémiques de Mgr Éric de Moulins-Beaufort sur le secret de confession "plus fort que les lois de la République" - propos qu’il a reconnus par la suite comme "maladroits". Mais c'est bien l'exemple qu’aujourd’hui en France, l’Église catholique ne peut se passer d’un dialogue avec le reste de la société, et réciproquement. D’ailleurs, au sujet des abus sexuels, la CEF, la Corref et la Ciase ont souhaité que le rapport Sauvé puisse servir la lutte contre les abus dans l’ensemble de la société.

 

Le cas Mgr Aupetit : l'effet de la pression médiatique sur la charge d'évêque

Aujourd’hui, les évêques n’ont en théorie de comptes à rendre qu’au Saint-Siège. D’ailleurs, en ce lundi 13 décembre, comme c’est l’usage après l’assemblée plénière, des représentants de la Conférence des évêques de France (CEF) rencontrent le pape pour rendre compte de leurs travaux. Et nul doute que le rapport de la Ciase est au cœur des discussions. "Dans la situation actuelle, peut-être les choses seraient allégées si l’évêque devait collaborer beaucoup plus avec le conseil des prêtres, avec le conseil pastoral, avec les différentes organisations de son diocèse", estime Hervé Legrand.

"Sur le plan théologique, on pourrait dire que l’évêque a la charge de tous les habitants qui sont sur son diocèse, pas seulement les baptisés." Se pose alors le défi pour lui d’entamer un dialogue avec le reste de la société. Récemment, dans l’avion de retour de Grèce, le pape François a laissé entendre aux journalistes qu’il avait accepté la démission de l’archevêque de Paris "sur l'autel de l'hypocrisie", sans doute pour signifier qu’il a agi sous la contrainte médiatique et pour éviter le scandale. Sa démission avait été de fait largement relayée dans la presse. Était notamment pointée du doigt la gestion "autoritaire" de son diocèse par Michel Aupetit. Cela signifie-t-il que l’Église est entrée dans une nouvelle ère et que désormais la pression médiatique pourra avoir raison d’un évêque ?

 

Alléger le poids des responsabilités de l'évêque, le souhait du pape François

Pourtant, le rôle et la place de l’évêque sont relativement méconnus. "La charge d’évêque aujourd’hui en France est une très lourde charge", explique le dominicain Hervé Legrand. Le plus souvent, il est nommé dans un diocèse qu’il ne connaît pas, où il doit donc faire preuve d’une grande capacité d’adaptation, en plus de devoir déployer de grandes compétences en management, notamment. "Une des choses soulevées aujourd’hui c’est qu’un évêque se voit confiner trop de responsabilités." C’est vraisemblablement l’avis du pape François, qui a convoqué un synode sur la synodalité

Les évêques ont aussi et en premier lieu, un rôle symbolique : être le "signe de la présence du Christ et du don de Dieu". Ce qui, pour Étienne Grieu, "est très fort, ça lui donne un poids important, et sa parole est importante". S’il incarne l’autorité religieuse, l’évêque a aussi "des choses à dire pas uniquement au plan religieux". Ainsi, actuellement, en République démocratique du Congo (RDC) par exemple, les évêques sont amenés à "rappeler les politiques à des questions de vérité et de justice". Ils peuvent être amenés à prendre "des risques importants"... jusqu'à le payer de leur vie. Ainsi, Oscar Romero ou Pierre Claverie ont tous deux – à des époques et dans des circonstances bien différentes – été assassinés, l’un au Salvador en 1980 pour avoir pris la défense des paysans, l’autre pendant la Décennie noire en Algérie.
 

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