L'éducation affective, relationnelle et sexuelle : un sujet nécessaire
Les établissements de l’Enseignement privé catholique sous contrat sont concernés par l'application du programme Evars, qui prévoit des cours obligatoires d'éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité. Mais la vision de l'Éducation nationale est-elle compatible avec la morale sexuelle prônée par l'Église catholique ?
"Je comprends que certaines familles réagissent lorsque le discours de l’école est trop différent du leur." ©Nicolas Guyonnet / Hans LucasLe programme Evars (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité) est appliqué depuis la rentrée 2025. Il prévoit trois séances annuelles obligatoires pour tous les élèves, de la maternelle au lycée. Les établissements de l’Enseignement privé catholique sous contrat sont concernés. Or, on sait combien les questions de morale sexuelle et de vie affective mobilisent les familles catholiques.
Qu'enseigne le programme Evars ? Les parents catholiques doivent-ils s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Parmi les associations qui ont réagi au programme Evars, les Associations familiales catholiques (AFC) ont reconnu des "aspects positifs" mais soulignent "qu’il comporte de nombreux points négatifs", parmi lesquels "une absence de différenciation des sexes", "la norme du consentement et le primat des émotions".
Faut-il donc se méfier du programme Evars ? Cette question est au cœur d'une série de trois épisodes dans Où va la vie, l’émission de bioéthique de RCF - Radio Notre-Dame, en partenariat avec les facultés Loyola.
Qu’est-ce que le programme Evars ?
L’Église et la République pourraient-elles trouver un terrain d’entente sur ces questions d’éducation affective et relationnelle ? À entendre les propos des invités de Frédéric Mounier, il n’y a en tout cas pas lieu d’avoir peur du programme Evars. Au sujet de la liberté, de la responsabilité, du consentement, de la lutte contre la violence, ce programme comporte "de très bonnes choses", estime Véronique Longchamp, responsable du Service national famille et société (SNFS) de la CEF et membre de l’association Sésame. "Après bien sûr on peut peut-être trouver certains points où on n’est pas tout à fait en accord !"
S’il est question de sexualité dans ce programme, ce qui est mis en avant c’est d’abord la vie affective et relationnelle, insistent les invités de Frédéric Mounier. Il n’est donc pas prévu de parler de sexualité par exemple en maternelle. "Le mot relation est fondamental, souligne Véronique Longchamp. Comment créer des relations saines avec les autres avec soi-même, avec son corps ? Ça commence tout petit : apprendre à dire mon corps est à moi, voilà ce qu’on ne peut pas faire avec mon corps."
Pour le Père Thomasset ce programme répond à "trois objectifs". D’abord, "se connaître, vivre et grandir avec son corps". Ensuite "rencontrer les autres et construire des relations pour s’y épanouir - des questions de prévention de tous les abus". Et enfin "trouver sa place dans la société, y être libre et responsable". Pour le jésuite, "on ne peut qu’être d’accord sur ces objectifs-là". Reste à voir "comment cela est mis en musique dans les différentes institutions". De son côté, François Combescure salue un "programme précis, travaillé et plutôt très bien fait".
Éduquer à la sexualité : est-ce le rôle des parents ou de l’Éducation nationale ?
Certains parents, en particulier dans les écoles catholiques, revendiquent le monopole de l’éducation affective et sexuelle de leurs enfants. "Ils sont les premiers éducateurs", assure le Père Thomasset, rappelant un principe de base de la vision chrétienne de l’éducation. Sur les sujets liés à la sexualité, toutefois, "l’enfant ne va pas spontanément interroger les parents", note le jésuite. Parfois même "les parents sont incapables de répondre et même d’oser en parler" pour de multiples raisons.
Or, "c’est important que l’enfant ait des mots pour parler de ça, souligne le Père Thomasset, ne serait-ce que pour pouvoir parler lui-même, pour pouvoir s’exprimer, comprendre ce qu’il vit." Et si l’on ne parle pas de sexualité avec les jeunes, où ceux-ci iront-ils se renseigner si ce n’est sur internet, au risque de tomber sur des contenus pornographiques ? "Nos jeunes ont vu tous des films pornographiques sur internet", affirme d’ailleurs sans hésiter François Combescure, ancien directeur du groupe scolaire Fénelon Sainte-Marie (Paris).
La question que l’on peut se poser est : Jusqu’où l’école doit aller ? "Je comprends que certaines familles réagissent lorsque le discours de l’école est trop différent du leur", admet François Combescure. Le champ de la vie affective, relationnelle et sexuelle est vaste. Il peut être aussi bien question du respect de son propre corps que ce celui de l’autre ou de la prévention des abus et notamment de l’inceste, mais aussi de questions très actuelles liées au genre, aux orientations sexuelles, aux stéréotypes de genre, à l’égalité entre hommes et femmes... Quelle ligne dessiner qui convienne à tous ? Quels sujets aborder avec quelles classes d’âge ? Sur quels points s’accorde-t-on pour bâtir la vie en société et accompagner au mieux les enfants ?
"Je pense que l’Evars ne peut pas donner de norme évidement, explique le Père Thomasset. Elle n’est pas là pour dire, Ça c’est bien, ça c’est pas bien. Elle est là pour faire réfléchir les jeunes." Le jésuite se dit "persuadé" qu’il y a une complémentarité entre l’Éducation nationale et les parents catholiques ou les aumôneries. "Ils vont s’appuyer sur ce qu’aura fait l’école dans l’explicitation des données de la sexualité, de la relation bonne, etc."
D’ailleurs, "le nouveau programme explique bien que les parents doivent être associés à la démarche, précise François Combescure. Ça ne veut pas dire que ce sont les parents qui décident mais qu’ils doivent savoir qu’il va y avoir une séance Evars et qu’ils puissent en parler avec leur enfant."
Il y a partout dans l’Evars le respect : le respect du corps, le respect de l’autre, le respect de la sexualité de l’autre, le respect des rapports des uns avec les autres
Église et Éducation nationale : deux visions inconciliables de la sexualité ?
Le programme Evars cristalliserait deux visions inconciliables de la sexualité. D’un côté une Église catholique qui se contenterait de dire ce qui est bien et ce qui est mal, d’interdire l’IVG et de limiter les relations sexuelles au mariage dans un cadre procréatif. D’un autre côté, une Éducation nationale qui semblerait valoriser tous les types de sexualité, mettre l’accent sur les difficultés de la vie sexuelle, les maladies sexuellement transmissibles et faire de l’IVG un geste anodin. Qu'en est-il vraiment ?
"On entend dire dans certains milieux catholiques, que l’Evars pourrait valoriser les sexualités de tas de sorte, confirme François Combescure. Ce n’est pas du tout ça !" Selon lui, le programme "souligne que ces différentes sexualités existent et on n’est pas là pour juger la sexualité de l’un ou de l’autre. Ceci me paraît fondamental. Il y a partout dans l’Evars le respect : le respect du corps, le respect de l’autre, le respect de la sexualité de l’autre, le respect des rapports des uns avec les autres."
L’ancien directeur d’établissement reconnaît que "c’était plus compliqué avant, en particulier sur tous ces problèmes de genre". Mais il souligne qu’il y a eu cette fois "un grand dialogue entre le secrétariat général de l’Enseignement catholique et le ministère de l’Éducation nationale pour arriver à un texte, à un programme qui aujourd’hui me paraît tout à fait réalisable dans l’Enseignement catholique".
Quant à la vision de l'Église catholique sur la sexualité, "c’est une belle chose, une création de Dieu", rappelle le jésuite. La sexualité "fait partie de notre personnalité". Dans une perspective catholique, elle va au-delà de la génitalité , elle engage le cœur et l’intelligence. "C’est la manière dont nous entrons en relation avec les autres dans le monde, explique le théologien. Et avec l’autre sexe en particulier." Il y a donc bien un "idéal" catholique du mariage et "des relations sexuelles fidèles, chastes, qui supposent une égalité entre homme et femme, le consentement bien entendu, et la fécondité."
Le danger pour les catholiques c’est d’idéaliser leur vision
La réception paradoxale chez les jeunes du discours catholique sur l'amour
Ce débat sur l’Evars met en lumière des tensions internes au catholicisme sur la vie affective et sexuelle. Même parmi les catholiques, ce discours est parfois compris comme trop exigeant. Le débat ne date pas d’hier. La parution de l’encyclique Humanae Vitae à l’été 68 avait mis en lumière cet écart entre un idéal voulu et la réalité de la vie des baptisés.
"Le danger pour les catholiques c’est d’idéaliser leur vision." Le Père Thomasset observe que les jeunes, en particulier vers 16 ou 17 ans, "sont fascinés par cet idéal chrétien, parce qu’ils trouvent que c’est merveilleux. Mais une fois qu’ils ont expérimenté un peu les choses, ils s’aperçoivent que ce n’est pas simple, que ce n’est pas facile. Et du coup, le risque c’est d’envoyer tout balader parce que l’idéal est inaccessible."
Par ailleurs, parmi les jeunes qui se préparent aujourd’hui au mariage chrétien, "on pourrait facilement penser plus de 80 ou 90% d’entre eux qui ont déjà vécu ensemble, estime le Père Thomasset. Ils ont déjà expérimenté ce que c’est et peut-être que ce n’est pas si mal pour certains de savoir si de fait ils peuvent s’accorder aussi de ce point de vue-là, avant de s’engager pour la vie."
Quelles leçons tirer de ce constat paradoxal qui traverse le monde catholique ? L’Église catholique a beau être critiquée en raison la crise des abus qu’elle traverse, elle dessine malgré tout un idéal qui attire les jeunes. "Elle a des choses à dire mais il faut qu’elle le dise avec pédagogie." Une simple théologie du permis-défendu, "ne marche pas", constate le Père Thomasset. "Il y a une règle, c’est bien qu’on donne des repères, qu’on dise : Voilà un idéal… Et puis il y a ce que chacun peut vivre au point où il en est." Pour le jésuite, l’enjeu est "d’accompagner chacun sur ce chemin".
Dans son exhortation apostolique Amoris Laetita sur l’amour dans la famille, le pape François "a attiré l’attention là-dessus, rappelle Véronique Longchamp. Il faut partir de la situation réelle des gens, y compris dans les familles." Et aider les jeunes à réfléchir aux conséquences de leurs actes. Quand un jeune lui confie, à la suite d’une formation, "J’ai compris qu’il fallait prendre du temps", Véronique Longchamp considère que l'essentiel du message est passé.


La bioéthique en podcast. PMA, GPA, tri embryonnaire mais aussi euthanasie, soins palliatifs... de ses tous débuts à son extrême fin, la vie ne cesse d’être interrogée. Une émission qui décrypte toutes les questions éthiques que posent les avancées de la science et de la loi.
Un podcast en partenariat avec les Facultés Loyola Paris.





