Du changement à la tête de Haute-Loire Attractivité
Après 38 années passées au service du développement touristique de la Haute-Loire, Daniel Vincent n'est pas retourné travailler au Département ce lundi 1er juin. Jeune retraité, il cède la place à Karine Wassner qui après des années dans l'hôtellerie et à l'office de tourisme du Puy-en-Velay devient la nouvelle directrice de l'Agence Haute-Loire Attractivité. Elle succède à un homme "passionné" qui a prévu de profiter du temps pour explorer les étoiles et capturer la lumière des paysages altiligériens.
Daniel Vincent - portrait de Morgan DesfontLe plan, c'était de devenir magistrat. Un plan sérieux, carré, comme les salles d’audience qu’il imaginait déjà présider. Daniel Vincent, alors étudiant en droit, rêvait d’être juge d’instruction. Le genre de projet qui vous fait monter dans un train tous les vendredis après-midi pour Paris, suivre des cours à la Sorbonne le samedi, puis redescendre le soir même au Puy-en-Velay. Une année entière à ce rythme. Une année à croire que la volonté suffit. Mais la vie, elle, avait d’autres idées.
Les contraintes financières et familiales mais aussi un stage au Comité départemental du tourisme, en 1988, vont tout faire basculer. La directrice du CDT de l’époque lui lance : "Si ça ne marche pas dans les assurances (son père avait une agence au Puy), viens chez nous." Il n’en repartira plus.
Le tourisme par hasard... mais à fond
Si Daniel Vincent n’a pas choisi le tourisme. Il peux se réjouir que le tourisme l'ai choisi. Un peu comme ces rencontres qui s’imposent sans prévenir. Il commence comme assistant technique, accompagne la création d’une centrale de réservation, découvre les coulisses d’un secteur alors regardé de loin par les élus "Il fallait se battre pour défendre le tourisme auprès des élus", se souvient-il.
En 1995, il prend la direction de la centrale. En 2008, il participe à la création de la Maison départementale du tourisme. En 2024, il devient le premier directeur de l’Agence d’attractivité. Une vie entière à raconter la Haute-Loire, à la vendre, à la défendre, à la pousser sur le devant de la scène.

Le département comme terrain de jeu et de bataille
En 40 ans, en plus d'user le fax, le télex ou encore le minitel avec un 3615 que seuls les plus anciens ont encore en souvenir, Il a aussi connu et usé plusieurs slogans, plusieurs époques, plusieurs manières de dire la Haute-Loire. Du "Midi de l’Auvergne" à "Respirando, l’esprit rando" pour arriver au « Secret le mieux gardé d’Auvergne ». Il a vu le département expérimenter, essayer et grandir. Et il parle tourisme un peu comme on parle d’un enfant devenu grand : avec tendresse et avec fierté.
Il sait aussi ce qu’il doit aux autres. Aux professionnels qui ont fait monter le niveau des prestations. Aux élus qui ont compris que le tourisme n’était pas un simple complément économique mais un moteur. À son équipe, surtout "Sans équipe, tu ne fais rien", répète-t-il comme un mantra.
Même les relations plus compliquées, comme celles avec Emmanuel Boyer à l'Agglomération du Puy, l'autre homme fort du tourisme en Haute-Loire, Daniel Vincent les regarde aujourd'hui avec respect "on n'avait pas les mêmes méthodes. Mais ce qu'il a fait au Puy a profité à tout le département. Et parfois, le fait de vouloir faire mieux à créé de l'émulation qui a été bénéfique à tous".
Être sérieux sans se prendre au sérieux
A l'heure d'abandonner son bureau, Daniel Vincent se décrit comme un professionnel "généreux", "passionné", "humain". Et si d’autres lui trouvent un côté autoritaire, il sourit : "Je n’ai pas le coup de gueule facile. Je n’aime pas le conflit. Mais quand il faut dire les choses, je les dis."
Sa formule préférée : "être sérieux sans se prendre au sérieux" ne fonctionne, selon lui que quand le travail est "parfait" et l'équipe "irréprochable".
Ce mélange de rigueur et de fantaisie donnera quelques scènes mémorables. Un cheval lancé au galop sur la place du Breuil pour une vidéo Respirando. Du canoë dans le métro de Lyon. Une descente rue de la République, en raquette à neige pour faire découvrir la station des Estables "On voulait montrer l’ADN du département", explique-t-il.

La retraite la tête dans les étoiles
Et s'il part "serein" à la retraite, pour Daniel Vincent, n'a pas pour projet d'user le canapé. Il va se consacrer à la photographie et à l’astronomie. Les étoiles sont entrées dans sa vie après la mort de sa petite sœur, partie à tout juste 45 ans et en laissant de très jeunes enfants. Un choc. Une brèche et des questions sans réponse. Il retient de cette épreuve que "La vie est fragile. Ça ne vaut pas le coup de se prendre la tête pour des conneries." Mais il reste encore des zones d'ombre. Alors il continue de chercher un peu "d'espérance" dans les étoiles et explique qu'il est "peut-être plus croyant... ou au moins plus spirituel qu'avant". Il trouve dans le ciel une sorte d'apaisement.
C'est grâce aux étoiles et aux passionnés d'Orion (association dont il est devenu président) qu'il se met à la photographie, une autre passion qu'il espère développer en sillonnant les routes de Haute-Loire au guidon de sa moto.
Une directrice à la tête d'Haute-Loire Attractivité
Parti, Daniel Vincent laisse les clés de l'Agence Départementale à Karine Wassner. Une professionnelle en qui il a "totalement confiance". Forte d'une expérience dans l'hôtellerie et le tourisme et grâce à un regard aiguisé sur l'économie locale elle est, selon le nouveau retraité, "la personne idéale" pour lancer de nouveaux projets "elle a une vision peut être différente de la mienne, notamment pour tout ce qui est au delà du tourisme" précise-t-il avant de s'enthousiasmer "avec elle, le département a de belles pages à écrire et devrait atteindre des sommets". Nul doute, qu'une fois ceux-ci baliser, Daniel Vincent s'empressera d'aller les explorer, appareil photo en mains pour en être le premier ambassadeur.

