Comment assurer un bon accueil et accompagnement en EHPAD ?
Les EHPAD ne bénéficient pas d’une bonne image de la part des Français. Pourtant, tout le monde est concerné par ces structures d’accueil, pour soi-même ou ses proches. Alors quelles sont les pistes pour améliorer la vie en EHPAD ?
Le maintien du lien social est l'un des piliers du bien-être des résidents en EHPAD ©Pexels-MatthiasD’ici 2050, les plus de 75 ans devraient représenter 16,4 % de la population dont une grande partie d’entre eux sera accueillie en EHPAD. Il s’agit d’un défi démographique considérable, alors que les structures d’accueil sont déjà confrontées à des difficultés économiques et au manque de ressources humaines. Dans ces conditions, comment améliorer le quotidien des résidents dans ses structures d’accueil ? Quels sont les besoins de nos aînés ? Quel rôle peut jouer la société ? On en parle avec trois invités dans l’émission Regards Croisés.
Soigner l’entrée en EHPAD
Les trois invités s’accordent pour le dire : personne ne souhaite rentrer en EHPAD. Souvent, l’accueil se fait après une hospitalisation, un accident. «Entrer en EHPAD, c’est quelque chose d’insupportable mentalement pour les personnes, un traumatisme, d’où l’importance des alternatives à l’hébergement permanent. Il faut de l’accueil de jour, de l’accueil de nuit, du temporaire», explique Catherine Mahieu, directrice d’hôpital honoraire. L’entrée en EHPAD devrait être davantage préparée, confirme Roselyne Gettener, formatrice pendant 30 ans auprès du personnel soignant : «Il faudrait faire des petits séjours avant, aller voir, rencontrer du personnel, des résidents».
« En entrant, la personne abandonne ses amis, son lieu de vie où elle a passé des années, peut-être toute sa vie, ses animaux... Elle arrive avec sa dernière valise où il n’y a pas grand-chose. Donc il faut lui aménager son lieu de vie, qu’elle emmène ses souvenirs », conseille Bertrand Noël, président du Conseil de la vie sociale à Coutances. Roselyne Getterner interpelle aussi sur l’importance de ne pas infantiliser les personnes âgées. «Lorsque les personnes entrent en EHPAD, elles sont en perte d’autonomie physique, mais elles ont encore la possibilité de penser.» Pour des personnes âgées, l’installation en EHPAD leur permettra même de recréer du lien.
Maintenir le lien avec le reste de la société
Comment faire pour que les personnes ne soient pas coupées de la société ? « Il faudrait que les maisons de retraite soient en centre-ville pour que les résidents puissent sortir, que la vie rentre dans la maison de retraite, qu’il y ait des journaux…» , pense Roselyne Gettener.
Comme président du Conseil de la vie sociale, Bertrand Noël est très attentif aux animations proposées dans les maisons de retraite et y participe souvent : préparation de crêpes, accueil de clown, temps liturgique... Dans l'une des maisons de retraite, tous les mercredis matin, des enfants avec leurs assistantes maternelles viennent passer du temps avec les résidents. «On dit "tel monsieur a Alzheimer, il ne bouge plus, ne fait plus rien". C’est faux ! Moins ils ont de visite, plus ils seront enfermés dans leur maladie. Moins on va les voir, moins ils sont stimulés.»
Catherine Mahieu insiste sur l’importance de ces contacts intergénérationnels. « On est dans une société qui cloisonne les générations. Vous avez les petits enfants, l’âge scolaire, la vie professionnelle, les seniors qui font ce qu’ils veulent et ce 4e âge. Il n’y a plus de croisement entre les générations. C’est très important pour les enfants d’aller en EHPAD. »
Le Conseil de la vie sociale, un garde-fou essentiel
Les structures d’accueil doivent désormais avoir un Conseil de la vie sociale depuis une loi de 2002. Pour Bertrand Noël, c’était une évidence pour lui de s’investir au conseil après que sa mère et sa belle-mère se soient retrouvées en EHPAD. « Le CVS, c’est un peu le garde-fou de ce qui se passe dans les maisons de retraite. Nous sommes le lien entre les familles, le personnel et la direction. » Les conseils se réunissent au minimum trois fois par an pour parler du recrutement, de l’entretien des locaux, de l’animation... Ces Conseils de la vie sociale constituent un contre-pouvoir essentiel, notamment pour éviter les situations de maltraitance.
Un manque de moyens financiers et humains
Les EHPAD doivent faire face à un manque de personnel et un turn-over important, autant chez les soignants, que chez les cadres. Un turn-over qui fragilise la transmission et la formation. « La formation continue est très importante, car l’intérêt grandit en se formant », explique Catherine Mahieu au sujet du manque de vocation dans ce domaine. « Le fait qu’il manque du personnel conduit à la maltraitance», explique Roselyne Getterner. Le manque de personnel s’explique aussi par le manque de moyens financiers. Catherine Mahieu se désole du nouveau report en février dernier de la loi Grand Âge, une loi attendue depuis 2019. « C’est inadmissible. Il manque énormément de financement dans les EHPAD. Et ce qui coûte le plus c’est la charge de personnel, qui représente 80 % du budget. »
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