Solène nous raconte ses jardins pour valoriser la production agricole vauclusienne!
Solène Espitalier, fille de la région parisienne, ingénieure en agronomie, nous raconte comment un stage d'études dans une ONG a orienté sa vie professionnelle. Attachée à la coopération du réseau d’agriculteurs, à la valorisation de leur travail et à l’inclusion de travailleurs handicapés, elle est aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui valorise à la fois l’humain et le fruit du labeur agricole. Solène nous présente « les Jardins de Solène » installés à Pernes-les-Fontaines.
image libre de droits issue de freepick.comCe qu'il faut retenir :
- parcours d'ingénieure agronome solidaire
- solidarité agricole
- gaspillage de la production agricole
- emploi et insertion
Agronomie et solidarité
Jeune étudiante intéressée par le travail de la terre et la nature, Solène a choisi de suivre son parcours de formation d’ingénieur agronome au sein de l’école UniLaSalle de Beauvais, car elle savait y trouver des valeurs humanistes. Invitée à découvrir d’autres horizons et d’autres savoir-faire, elle a rejoint l’ONG Action Catholique contre la Faim, au Kénya. Sa mission, au sein d’une équipe, fut de collecter, mutualiser et partager les différentes pratiques agricoles du pays afin d’aider les petits exploitants à améliorer leurs productions. Elle se découvrit une grande motivation à œuvrer pour la solidarité agricole et rentra avec une envie de s’orienter vers une co-construction de projets solidaires avec les agriculteurs.
Son installation en Provence est le fruit d’un stage de fin d'année effectué à la Maison des Vins Inter Rhone. Sa mission dans le développement marketing du syndicat lui permit de découvrir notre beau département et les richesses agricoles du « Verger de la France ».
Face aux problématiques locales, un projet
Solène décida de rester en Provence et trouva son premier emploi au syndicat des Jeunes Agriculteurs, comme animatrice du réseau. Au contact des différents cultivateurs, de leurs problématiques et de leurs produits, Solène décela une similitude avec son expérience au Kenya : une cohabitation d’exploitants affrontant leurs difficultés de façon isolée. Outre les aléas climatiques imprévisibles, les décisions politiques difficiles à mettre en œuvre et la gouvernance tarifaire des plateformes d’achat des grandes surfaces, les cultivateurs devaient faire face au manque de main d’œuvre. Son poste d’animatrice était donc l’occasion d’enrichir leurs échanges, leur solidarité, leur visibilité.
Ces mois d’immersion dans l’agriculture vauclusienne fit germer dans son esprit une curiosité à trouver ailleurs des solutions. C’est en découvrant un projet alsacien, qu’elle trouva un début de réponse. L’association « La Main Verte » est une proposition de main d’œuvre de travailleurs porteurs de handicap à des exploitations prêtes à les accueillir. Elle met en lien une classe de travailleurs en difficultés d’emploi et une classe d’employeurs en difficulté de recrutement.
Solène fit le déplacement pour rencontrer le fondateur. Elle en revint très inspirée et déterminée à tenter de monter elle aussi ce type d’association. L’idée était belle et généreuse, mais elle nécessitait de combattre les a priori négatifs que chaque partie avait de l’autre : les travailleurs sauront-ils faire du bon travail et les agriculteurs sauront-ils les accueillir avec respect ?
En 2008, notre invitée ouvre sa première structure associative de loi 1901 « Solid’ Agri », proposant aux exploitations agricoles les services d’une équipe de six travailleurs porteurs de handicap avec leur chef d'équipe, soutenus par des éducateurs spécialisés. Afin de valoriser l’emploi de ses six travailleurs, Solène les salaria en CDI. Même si les contrats de mission se développaient, les annulations pour cause de conditions climatiques contrariantes et la concurrence des agences de missions agricoles espagnoles à bas coût mirent en difficulté la pérennité de son projet. Elle n’avait plus le choix que de réfléchir à une évolution de sa structure.
Une entreprise contre le gâchis
Une discussion avec un producteur lui donna des premiers éléments de réflexion : 10 à 30% de la production agricole termine en déchets non valorisés. Mauvais calibrage, légers défauts d’aspects, saturation du marché provoquant un tarif à perte… Ce sont autant de causes qui poussent les agriculteurs à renoncer à leur vente alors qu'il s'agit de fruits et légumes comestibles. Valoriser ces tonnes de fruits et légumes par eux-mêmes leur demanderait un surcroît de travail qu’ils n’ont pas les moyens ni le temps d’envisager.
Ce constat révoltant la motiva à trouver une voie de vente dans laquelle pourraient œuvrer ses travailleurs. Mais de tels tonnages ne peuvent être vendus en petites quantité sans déployer une industrie de traitement et de communication coûteuse. Afin de traiter et vendre de si grandes quantités, Solène cibla les restaurations collectives auxquelles fournir des fruits et légumes prêts à être cuisinés. Cantines, hôpitaux, Ehpad… suivie par quelques structures, elle fonda les Jardins de Solène en avril 2017. Afin de réceptionner, nettoyer, découper, rapper et emballer sous vide, une légumerie et une salle de transformation furent installée. Toujours soucieuse de valoriser le travail de la terre, Solène achète ces stocks prêts à être jetés à la moitié de la valeur de vente sur le marché. Soucieuse de l'évolution professionnelle de ses employés, Solène les accompagne vers une progression de compétences sur le long terme.
C’est grâce à cet investissement et à ses convictions qu’elle reçut le prix régional et le 1er prix national de l’Économie Sociale et Solidaire organisé par le Conseil national des CRESS Présidé par Marie-Martine LIPS.
Ses enjeux actuels
A l’heure actuelle, Les Jardins de Solène fournissent 600 à 700kg de légumes/semaine à la mairie d’Avignon pour préparer environs 5000 repas/jour dans les écoles. L’hôpital d’Avignon est également un autre partenaire de l’aventure. Solène démarche de nouvelles collectivités jusque dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ce développement engendre le recrutement de 2 nouveaux collaborateurs salariés (responsable de production et achat qualité) et la recherche d’un nouveau terrain pour agrandir l’établissement.
Revenue récemment d'une conférence à l'Assemblée nationale sur la résilience alimentaire, elle a bon espoir que la valorisation du monde agricole et de sa production avance !


L'orientation scolaire a ses codes, ses techniques, son vocabulaire. Catherine Esquer, praticienne en orientation chez Avenir Factory décortique avec ses invités, tous les mots clés pour mieux préparer l'avenir.




