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Samuel, d'une enfance sur la plage jusqu'à Sainte-Soline
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Samuel, d'une enfance sur la plage jusqu'à Sainte-Soline

Un article rédigé par Anne Kerléo - RCF, le 23 décembre 2023  -  Modifié le 11 janvier 2024
Commune Conversion Samuel, lutteur pour un monde meilleur

A 21 ans, Samuel est déjà un habitué des luttes sociales et écologiques. Il fait partie de cette génération de militants qui, devant l'inaction des autorités, fait face à une situation de plus en plus dégradée et estime qu'une forme de radicalité dans l'action est devenue légitime. Il était à Sainte-Soline et reste traumatisé par cet épisode. Mais pour lui, lutter est d'abord quelque chose de joyeux et de fraternel. C'est aussi un héritage familial. 

Samuel a choisi de vivre quelques mois chez ses parents, loin de le ville, en bord de mer Samuel a choisi de vivre quelques mois chez ses parents, loin de le ville, en bord de mer

"Comment c'est arrivé ? Comment on en est arrivé à ça, à une telle violence si rapidement, à une telle intensité ?". La voix se brise, les larmes montent. La parole s'arrête pendant de longues secondes. Pourquoi cette vive émotion ? "C'est traumatisant quand même", confie Samuel qui explique n'avoir pu reparler de ce qu'il a vécu à Sainte-Soline qu'environ deux mois plus tard. "Je ne comprends pas ce qui s'est passé", témoigne-t-il dans Commune conversion sur RCF, avant d'ajouter : "vivre ça ici, en France, c'est insoutenable".

-> Ecouter : Désobéissance civile, violence, pacifisme : quel combat pour l’écologie ?

Les formes d'action de la jeunesse-climat ont changé 

Le récit de vie de Samuel permet de comprendre pourquoi un jeune homme de 21 ans choisit de prendre part aux luttes écologiques et sociales jusqu'à la y "engager son corps". Pourquoi il assume de s'en prendre parfois aux biens : "Pour moi s'attaquer à des infrastructures qui détruisent des vies ou qui polluent, ce n'est pas violent", explique-t-il. Et de décrypter : "pour moi, ce n'est pas s'attaquer à des biens mais à un système. Et même plus que ça, c'est de l'action concrète : si je débâche une méga-bassine, l'eau va s'infiltrer dans le sol et donc je vais juste rendre l'eau au sol pour que les gens puissent en profiter et pour que la zone humide qui est trois kilomètres plus loin puisse être réapprovisionnée en eau. On s'attaque aussi au capitalisme, on s'attaque à des choses concrètes. Après, il faut toujours maîtriser quel bien on attaque et pourquoi". L'engagement de Samuel est à l'image de celui de toute une partie de la génération qui, comme lui, s'est engagée dans le mouvement Friday for future mais ne s'est pas sentie écoutée et prise au sérieux. Alors, "la jeunesse climat a changé de formes d'action. C'est dommage et triste d'en arriver là mais ça va être des actions concrètes et directes".

-> Ecouter l'émission Je pense donc j'agis sur les luttes contre l'A69

tout le monde a vu le mur, mais personne n'a ralenti, p'têtr' que si j'accélère assez, j'sentirai pas mon âme me lâcher

S'il s'engage ainsi, c'est parce que pour lui, collectivement, notre société va droit dans le mur, comme le chante le rappeur Double A, l'un de ses coups de cœur musicaux, dans le titre Stockholm : "tout le monde a vu le mur, mais personne n'a ralenti, p'têtr' que si j'accélère assez, j'sentirai pas mon âme me lâcher." Samuel a grandi avec la conscience de l'urgence écologique et en particulier celle de la crise climatique et ressent avec intensité le poids qui pèse sur les épaules de sa génération : "si nous on ne change pas les choses, il ne se passe rien derrière. L'impasse elle est là". Des mots qui disent la fin possible de l'humanité. Alors forcément, le poids de la responsabilité est lourd : "C'est stressant... J'ai peur des fois de me dire que si ça ne prend pas dans les deux prochaines années, s'il n'y a pas un vrai soulèvement général on est foutu".

"La lutte donne une forme de puissance intérieure"

Lutter donc, pour assumer la responsabilité de sa génération. Pour sortir de l'impuissance qui paralyse aussi : "quand je ne suis pas "actif" je ne me sens pas bien parce que je vois les choses se passer et je me sens impuissant. La lutte, ça donne une forme de puissance intérieure. C'est frustrant de voir les choses se passer et de ne rien pouvoir faire. Il faut toujours toujours essayer".  Pour Samuel, la lutte c'est aussi l'expérience forte du collectif : "on se rend vite compte aussi qu'on n'est pas seul. Le commun est hyper-important, mais il vient petit à petit : si quelqu'un commence à mettre en lumière un problème environnemental ou sociétal, il va vite se rendre compte qu'il n'est pas seul et qu'il y a des centaines de gens comme lui qui sont prêts à aller sur le terrain et à s'investir là-dessus".

j'ai beaucoup de choses à apprendre, j'ai besoin de rencontrer des gens à l'autre bout du monde

C'est dans la maison où il a grandi, dans une petite commune du littoral du nord-Finistère que nous rencontrons Samuel une après-midi d'automne. Il met une bûche dans le poêle et surveille la confiture de figue qu'il a mise à cuire avant le début de notre conversation. En ce moment, il travaille comme barman. Il avait besoin de quitter la ville (Rennes), de venir se ressourcer en bord de mer. Avant de partir voyager à la voile d'ici un an : "aller jusqu'en Amérique latine en voilier et peut-être en Australie, aussi". Pourquoi partir si loin ? "Parce que je pense que j'ai beaucoup de choses à apprendre, répond-il, j'ai besoin de rencontrer des gens à l'autres bout du monde, j'ai envie de comprendre les cultures, de me mélanger à des gens qui sont à 2000 kilomètres de mon mode de vie, et d'aller vers de la simplicité aussi". Un voyage qu'il souhaite documenter, pour montrer que "c'est possible de voyager sans être une boule polluante". A la voile, à pied, en stop : "C'est l'aventure quoi !"

Une enfance dans la nature, entre plage et cabanes

Et l'aventure a commencé dès les premiers pas, connecté à la nature : "je passais mon temps sur la plage, avec mon petit frère, à faire des barrages dans le sable. J'étais tout le temps dehors." Quand il relit son histoire de vingtenaire, c'est là qu'il repère les origines de sa prise de conscience écologique : "vu qu'on passait notre temps dehors, à faire des cabanes, on avait aussi ce côté proche de la nature. C'est une chance d'avoir grandi ici en bord de mer, d'avoir un peu de terrain, ça amène une éducation à l'environnement". Pendant l'enfance, lorsqu'on lui demande ce qu'il veut faire plus tard, il répond : "paysan dans la Pyrénées". Il est aussi marqué par le naufrage de l'Amoco Cadiz qui souille les côtes bretonnes en 1978, plus de 20 ans avant sa naissance, un événement qui a "marqué profondément les populations ici". Et dont il a entendu parler très tôt. Il raconte : "j'ai vu ces images d'endroits où j'allais quand j'étais petit : j'ai eu un déclic en imaginant comment pouvaient être ces plages à ce moment-là, pare que là c'est direct comme pollution. J'avais demandé à voir des images des oiseaux plein de pétrole et ça a joué sur ma prise de conscience sur la biodiversité".

On m'a appris la lutte. C'est un patrimoine familial

Sa conscience se forge aussi très tôt dans la participation à des manifestations avec sa famille, notamment contre le projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes"On m'a appris la lutte. C'est un patrimoine familial" explique-t-il. Il a 11 ans lorsqu'il participe à sa première manif. A Nantes. "C'était très impressionnant" confie-t-il, mais il ajoute aussitôt : "c'était super festif". Et c'est la dimension festive et collective qui domine pour lui dans ces premières années d'engagement avec sa famille : "pour moi c'était clair, il y avait un aéroport qui allait raser des bois, des champs... Mais moi quand j'y allais ça me faisait plaisir d'y aller, je savais que j'allais retrouver mon cousin là-bas. C'était comme des vacances ! Je ne comprenais pas tous les tenants et aboutissants, mais j'avais cette conscience enfantine de l'écologie." Il se sent "chanceux d'avoir ces moments-là."

Vivre dans un monde "où l'humain respecte l'humain"

Ensuite il y aura son premier engagement personnel, sans sa famille, quand il est lycéen : le mouvement contre Parcoursup. Puis la mobilisation contre la Loi sécurité gobale, puis le mouvement contre la Réforme des retraites. Et la lutte contre les mégabassines à Sainte-Soline. Il y a pour lui un fil rouge commun à tous ces engagements : "L'écologie elle est sociale aussi. Moi je crois en la convergences de luttes, je crois qu'il n'y a que comme ça qu'on peut s'en sortir." Il lutte parce qu'il veut vivre dans "un monde où l'humain respecte l'humain". Et pour ça, le monde doit changer en profondeur et dans les grandes largeurs. Il sait que ce n'est pas gagné, mais il fait ce qui est à sa portée : "c'est dur de faire une révolution politique mondiale. Pour moi, il faut qu'il y ait une prise de conscience mondiale mais le plus simple qu'on puisse faire pour l'instant c'est d'agir autour de nous."

Pour Samuel, s'arrêter, prendre du recul, réfléchir, c'est vital : "pour avoir la certitude que ce que tu fais a du sens". Et puis, pour lui, lutter n'est pas une fin en soi : "je fais ça, parce que j'en ai la conviction, mais je ne vis pas que pour ça non plus. J'ai besoin aussi de me retrouver seul, de me ressourcer, d'aller apprendre de nouvelles choses et de me dire que j'avance dans ma vie". Pour lui, c'est une manière de garder espoir : "se confronter au désespoir c'est pour moi accepter un sort et je refuse ça : j'ai aucune envie d'accepter le monde tel qu'on nous le peint. Il faut garder l'espoir, garder le sourire et continuer de faire des choses qui nous font du bien. Ce qui me fait du bien c'est travailler avec mes mains, passer du temps avec mes copains".

Travailler la terre, faire dans la récup et viser la sobriété

Et puis imaginer l'avenir, dans un écolieu, avec ses copains. Il ne sera probablement pas "paysan dans les Pyrénées", comme il l'affirmait quand il était petit : "ce qui me faisait rêver c'était d'être proche des éléments de la nature et tout ça. Je pense qu'inconsciemment je voyais ce qui me faisait du bien et ce qui me faisait du bien, c'était vert". S'il se projette sur une vie future en Bretagne plutôt que dans les Pyrénées, le rêve d'enfant est toujours présent : "c'est resté ce truc-là de vouloir toujours travailler la terre, faire dans la récup, viser une sobriété et avoir le moins d'impact, quitte à même avoir un impact positif sur la nature." Et ce sera forcément avec d'autres. Parce qu'il est comme ça Samuel. Et parce que pour lui "l'autonomie elle n'est pas viable si on n'est pas ensemble, si on n'est pas dans le partage". 

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