Rats, pigeons : pouvons-nous cohabiter avec les animaux liminaires ?
Les animaux liminaires sont les très proches voisins des êtres humains. Rats, souris, pigeons ou chauve-souris sont pour la plupart des animaux méprisés, dont on se débarrasse souvent avec violence, voire cruauté. Peut-on cohabiter avec eux ? Penser une troisième catégorie d'animaux, ni sauvages ni domestiques mais vivant au seuil de nos maisons, cela permet de les considérer comme des êtres vivants. Et de réfléchir à une meilleure façon de cohabiter avec eux.
Les pigeons sont vraiment victimes d’idées reçues de préjugés." ©FreepikLes Facultés Loyola Paris organisent le 30 mai 2026 une journée d’étude sur le thème "Cohabiter avec les animaux". À mesure que nos sociétés deviennent de plus en plus urbaines, la question de savoir comment vivre ensemble, Hommes et animaux, "peut devenir théorique ou lointaine", remarque le Père Éric Charmetant, jésuite, philosophe et doyen de la faculté de philosophie es Facultés Loyola Paris. Mais c’est "une question très importante quand on réfléchit au futur des villes" et "à la place du vivant, d’un point de vue écologique".
Engagées depuis plusieurs années sur la question des relations avec les animaux, et ce que l’Église peut en dire, les Facultés Loyola ont publié en 2024 l’ouvrage collectif "L’Église et la cause animale - Vers une théologie chrétienne des animaux" (éd. Centre Sèvres / Facultés jésuites de Paris, 2024). Leur première journée d’étude avait eu pour thème "la médiation animale", puis, en 2025, "animaux et spiritualité".
Cet engagement des Facultés Loyola doit beaucoup à l’encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato Si’, publiée en 2015. Ce texte a "remis au jour cette dimension des créatures de Dieu non humaines et le fait qu’elles aient une valeur en elles-mêmes", explique le jésuite. Et puis, il y a eu la publication, en 2011, chez Oxford University Press, de l’ouvrage "Zoopolis - Une théorie politique des droits des animaux", dirigé par les philosophes canadiens Sue Donaldson et Will Kymlicka. Ce livre, "très important", selon Éric Charmetant, a fait émerger une troisième catégorie d'animaux, avec qui la question de la cohabitation se pose de manière aigue : les animaux liminaires.
Les animaux liminaires, une troisième catégorie animale
Ni sauvages ni domestiques, les animaux liminaires - c'est-à-dire vivant au seuil, à la limite - sont les très proches voisins des êtres humains, avec qui ils partagent l’espace urbain. Or, le droit, en France notamment, "est divisé de façon très binaire entre les animaux domestiques et les animaux sauvages", analyse Amandine Sanvisens, cofondatrice de l’association PAZ, pour Projet animaux zoopolis.
Qui sont les animaux liminaires ? En France, dans la plupart des villes, ce sont les pigeons, les rats, les souris, les lapins, les corneilles, les reptiles, les chauves-souris, les renards urbains... "Tous ces animaux qui se retrouvent, le temps, par exemple, d’une journée, d’une saison, dans l’espace urbain parce qu’ils y trouvent un intérêt." Certains se sont adaptés à l’espace urbain, parfois contraints à la suite de la destruction de leur habitat.
"En tant qu’association de protection animale, prévient Amandine Sanvisens, on souhaite vraiment sortir de cette vision où aujourd’hui ils sont vraiment très méprisés, mal vus, et puis tués par les politiques publiques."
Cohabiter avec les pigeons
Les plus visibles de ces animaux mal aimés sont sans nul doute les pigeons. Sont-ils comme on le dit porteurs de maladies ? "Les pigeons sont vraiment victimes d’idées reçues de préjugés. Pour certains ils sont sales, pour certains, ils transmettent des maladies." Or, comme le rappelle la cofondatrice de l’association PAZ, "aujourd’hui en France aucune épidémie en France n’a été transmise par les pigeons".
En ce qui concerne les fientes des pigeons, l’association PAZ évoque un "problème surestimé". "Il y a des personnes qui peuvent considérer que les pigeons nous dérangent, mais on estime quand même qu'ils sont légitimes à vivre en ville, qu’une ville sans pigeons serait quand même particulièrement triste." La jeune femme précise que "certaines villes gazent au CO2 les pigeons. C’est vraiment extrêmement cruel et c’est légal aujourd’hui en France, et on se bat pour que ce soit interdit."
Comment cohabiter pacifiquement en ville avec les pigeons ? Pour l’association PAZ, on peut "intervenir pour limiter les naissances". Et plutôt que l'interdiction de les nourrir, comme le prévoit la loi française, Amandine Sanvisens plaide pour "un nourrissage organisé, avec de la nourriture adaptée, surtout pas du pain ou des produits transformés que mangent les humains". "Il vaut mieux aussi les nourrir sur leur lieu de vie plutôt qu’à la terrasse des cafés, car cela permet d’intervenir sur les œufs pour qu’il y ait moins de naissances."
Quand on voit comment on traite les rats, moi je le dis clairement, on déclare la guerre aux animaux. C’est-à-dire que tout est bon pour les tuer, les faire souffrir...
Cohabiter avec les rats
Cela peut surprendre mais il arrive que dans les grandes villes on croise en journée des rats. "Il y a des rats parce qu’on est un pays qui est riche et où il y a beaucoup de gaspillage alimentaire, explique Amandine Sanvisens. S’il y a des rats c’est parce qu’il y a de la nourriture qui est accessible."
Le rat, dans l’imaginaire collectif, c’est l’animal qui transmet le bacille de la peste. Est-il dangereux pour un humain de cohabiter avec cette espèce ? "Les études scientifiques récentes ont démontré que ce qui a transmis la peste c’est une puce dont l’hôte était le rat noir, qui n’est pas présent en ville." Amandine Sanvisens rappelle que les rats "ne sont pas agressifs et qu’ils fuient les humains". Et aussi qu’ils sont "extrêmement propres" car ils font comme les chats une toilette plusieurs fois par jour.
Le nouveau maire de Paris s’est, selon Amandine Sanvisens, engagé à expérimenter une méthode de contraception pour les rats. "Il faut qu’on arrive à sortir de cette violence sur les animaux, affirme la militante. Quand on voit comment on traite les rats, moi je le dis clairement, on déclare la guerre aux animaux. C’est-à-dire que tout est bon pour les tuer, les faire souffrir…" Or, ces rongeurs sont "intelligents, altruistes". Mais un changement de regard viendra sans doute du côté des jeunes générations, sensibilisées par le film "Ratatouille".


La bioéthique en podcast. PMA, GPA, tri embryonnaire mais aussi euthanasie, soins palliatifs... de ses tous débuts à son extrême fin, la vie ne cesse d’être interrogée. Une émission qui décrypte toutes les questions éthiques que posent les avancées de la science et de la loi.
Un podcast en partenariat avec les Facultés Loyola Paris.





