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Christelle Colas : quand tout s'effondre, s'engager et vivre de bons moments
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Christelle Colas : quand tout s'effondre, s'engager et vivre de bons moments

Un article rédigé par Anne Kerléo - RCF, le 23 décembre 2023  -  Modifié le 29 décembre 2023
Commune Conversion Christelle Colas, au chevet des humains et de la planète

Infirmière en soins palliatifs à Tours, Christelle Colas est aussi impliquée dans la défense de l’environnement. Et pour elle, les deux sont très liés : il existe selon elle un parallèle entre l’effondrement de la planète et celui vécu par les personnes en fin de vie. Dans l’émission Commune conversion sur RCF, elle témoigne et explicite cette analogie.

Pour Christelle Colas, à l'hôpital l'humour est parfois la seule ressource qui reste Pour Christelle Colas, à l'hôpital l'humour est parfois la seule ressource qui reste

C'est à l'occasion d'un festival de permaculture au service duquel elle était infirmière bénévole que Christelle Colas a vécu "un moment de bascule", une prise de conscience des enjeux écologiques qui l'a poussée à s'engager pour la défense de la création. Peu à peu, elle a réalisé qu'il y avait des points communs entre la situation de la planète malmenée et des personnes en fin de vie : dans les deux cas, il y a une situation d'effondrement. Et on peut inclure un troisième effondrement : celui de l'hôpital. Dans Commune conversion, elle explicite ce triple parallèle. Toujours avec joie et espérance.

L'écologie, un bouleversement qui réveille et provoque l'engagement 

Pour Christelle Colas, l'écologie "c’est un bouleversement". C'est d'abord son frère, Francis, qui lui parle du film Demain, auquel il a collaboré. Puis, elle est confrontée à une situation qui la fait réfléchir à son "écologie personnelle" : pour avoir "trop donné", elle est victime d'une fracture de fatigue. Elle découvre qu’il est "bon de s’arrêter, pour prendre soin de soi, prendre soin des autres, faire de son corps un lieu écologique". Elle s'investit alors comme infirmière bénévole dans un festival de permaculture et cet évènement est, pour elle, une révélation. Elle rencontre "des personnes de bonne volonté" qui l’ont "réveillée". Peu à peu, elle creuse les questions écologiques et s'engage pour les faire connaître, notamment à travers l'émission Commune planète qu'elle anime sur RCF Touraine.

Soit on est dans une démarche de soins palliatifs et de créativité pour se faire du bien dans ce qu’il reste à vivre –j’espère longtemps- soit on est comme ces gens riches qui ne font pas attention à la planète et on l’euthanasie

Et dans le même temps, sa prise de conscience la renvoie à son métier : "je suis infirmière en soins palliatifs et le vocabulaire utilisé lors de ces échanges (ndlr : au festival de la permaculture), autour de l’effondrement de la planète rejoignait les propos qu’on a en soins palliatifs : remettre du lien dans le vivant, prendre soin de ceux qui sont dans cet effondrement de vie, donner de la qualité de vie dans ce qu’il reste à vivre. Et c’est pareil pour notre planète. Alors, soit on est dans une démarche de soins palliatifs et de créativité pour se faire du bien dans ce qu’il reste à vivre –j’espère longtemps- soit on est comme ces gens riches qui ne font pas attention à la planète et on l’euthanasie".

Pour les personnes en fin de vie et pour la planète, établir un meilleur écosystème

Et pour elle, le parallèle entre la situation de la terre et celle d'une personne en fin de vie peut se poursuivre dans la manière d'y faire face : "Quand on voit une personne en fin de vie, le corps humain lâche mais la personne a besoin de ressources humaines pour avoir une vitalité. Ce n’est pas parce qu’il y a une fin de vie qu’il n’y a plus une vitalité spirituelle. Pour la planète, c’est un peu pareil : on voit bien que la biodiversité est touchée, mais lorsqu’on a pris conscience de ça, comment on travaille avec d’autres –toujours avec d’autres- on établit au mieux possible un meilleur écosystème."

On est dans un mode de vie du tout tout de suite.

Alors, depuis sa prise de conscience, elle s'engage, d'abord dans son quotidien : elle circule le plus possible à vélo, a opté pour un fournisseur d'énergie le plus éthique possible. Elle aimerait faire plus : "je pense que j’ai encore à travailler mon emploi du temps. On est dans un mode de vie du tout tout de suite. Je me dis que si je m’organisais mieux, par exemple si j’étais parfois moins en retard, je n’aurais pas besoin de prendre ma voiture, je pourrais prendre mon vélo." Et pour elle tout cela est motivant et plutôt joyeux : "ce n’est pas une contrainte. Je crois que j’ai encore à me convertir et à continuer cet apprentissage."

Ceux qui ont peur d'un réveil écologique sont ceux qui vivent dans le confort

Consciente que ses actions ne pourront pas répondre de manière fondamentale à l'urgence écologique, elle pense tout de même que "tous ces petits gestes, faits par des personnes dans le monde entier, c’est déjà un tout petit pas de plus". Mais pour elle, il est nécessaire d'apporter une réponse plus politique à la crise : "je suis allée voir le film sur l’Abbé Pierre, où il réveille le monde politique et les personnes riches. Je pense qu’on a à apprendre quelque chose de lui, pour un réveil révolutionnaire au niveau de l’écologie". Interrogée sur le risque de faire peur en employant un tel langage, elle répond : "pourquoi avoir peur puisque c’est pour faire du bien aux vulnérables. Je pense que les personnes qui pourraient avoir peur, c’est celles qui vivent dans le confort. Moi qui suis intouchable, la justice sociale nous anime."

Quand j'étais enfant, on m'a dit : retourne dans ton pays !

Et c'est là certainement l'une des clés de son engagement : la famille de Christelle Colas vient d'Inde où ses parents sont nés et ont vécu jusqu'à l'âge adulte. "Je suis pondichérienne" énonce-t-elle fièrement, avant d'expliquer : "en Inde, les intouchables, pour faire simple, c’est un peu les moins que rien. Ils ont une caractéristique dans leur comportement : c’est chercher la justice." Elle confie avoir été victime de racisme, enfant. On lui a dit : "retourne dans ton pays". Elle a passé des récréations "seule dans la cour".  Alors aujourd'hui, ce souci de la justice et du soin de la vulnérabilité l'habite, même si elle est "devenue plus forte"

"Une infirmière pour 60 patients, ce n'est pas possible !"  

Cette histoire familiale et personnelle compte bien entendu dans le choix du métier d'infirmière. Un métier qu'elle aime et auquel elle n'est pas tentée de relancer en dépit de la troisième situation d'effondrement qui la marque : l'effondrement du système de santé, qu'elle vit concrètement : "en ce moment on est épuisé de la manière dont sont traités les soignants. J’ai fait un remplacement dans un service où j’avais l’impression de faire de l’humanitaire : une infirmière pour 60 patients, c’est impossible à tenir dans la durée. On donne, on donne on donne, on cherche à écouter mais on n’a pas le temps. Et aujourd’hui tout est informatisé, on est dépendant d’une traçabilité, donc on est beaucoup devant notre ordinateur à cliquer, à tracer nos soins… et donc on est loin d’être avec l’humain en fait."

Il s'agit, en tant que soignant, de traverser l'impossible 

Elle n'attend plus de solution à la crise du système de santé : "ça fait des années que ça dure et que ça empire. Il faut accueillir cette crise ou cette urgence pour mieux la traverser. Tous les jours il manque quelqu’un tous les jours il manquera quelqu’un. Il s'agit, en tant que soignant, de traverser l’impossible". Malgré tout, elle pense qu'il y a quelque chose "à réinventer". "Mais ça prendra du temps", conclut-elle.

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