Pourquoi les orages sont-ils de plus en plus violents ?
En Ardèche, les orages du 15 juillet 2026 ont causé de lourds dégâts. Des grêlons de sept centimètres de diamètre, des pluies diluviennes et des vents violents ont balayé Aubenas et les alentours. Si les orages ont toujours existé, pour quelles raisons sont-ils devenus aussi souvent dévastateurs ? Quatre questions à Joris Royer, chef de projet météorologique à Météorage.
Un orage qui se forme au dessus des montagnes - image d'illustration -© PixabayCe qu'il faut retenir :
- Avec le dérèglement climatique, les orages sont de plus en plus souvent supercellulaires, comme cela existe aux Etats-Unis.
- Le dérèglement climatique conduit à un décalage spatial des orages : au fil des décennies, ils ont tendance à remonter vers le Nord.
- L’intensité des orages supercellulaires peut être extrême : des grêlons de gros diamètres (plus de 6 centimètres), des rafales de vents violentes et des pluies diluviennes.
- Des tornades ont toujours été observées en France mais on les immortalise plus souvent qu’avant.
Cet été les épisodes caniculaires ont souvent laissé place à des orages particulièrement intenses. Le 15 juillet 2026, des orages violents s'abattaient un peu partout en France. En Ardèche, les dégâts ont été nombreux dans la ville d'Aubenas. Dans la Loire, une tornade a renversé des poids lourds. Si les orages ne sont pas plus fréquents qu'auparavant, ils sont en revanche parfois plus violents. Explications avec Joris Royer, chef de projet météorologique à Météorage.
RCF : Qu'est-ce qu’un orage supercellulaire ?
Joris Royer : Un orage supercellulaire est un des types d'orages qui existent dans le monde. C'est un orage qui est formé par un courant d’air chaud ascendant qui monte dans le nuage, et un courant d'air froid descendant totalement séparé. C’est ce qui fait la particularité de cet orage et qui lui procure une durée de vie supérieure aux autres orages.
Et qui dit durée de vie supérieure aux autres orages, dit un temps de présence du grêlon dans le nuage plus long et donc des grêlons qui ont le temps de grossir avant de tomber.
C'est pour ça qu'on dit que les orages supercellulaires sont particulièrement intenses et générateurs de phénomènes météo violents et extrêmes.
De plus en plus de supercellules
RCF : Les orages supercellulaires sont-ils rares en France ?
JR : Alors c'est de moins en moins rare, je dirais.
On est encore à l'étude sur ça, mais on voit quand même de plus en plus de supercellules, notamment sur l'Europe de l'Ouest, c'est généralement des cellules qu'on retrouve très fréquemment aux États-Unis, dans la zone vraiment très orageuse.
Mais en Europe de l'Ouest on commence à voir et notamment en France de plus en plus de supercellules par rapport à des dégradations très organisées qu'on avait dans le passé. On en a toujours évidemment, mais c'est vrai qu'on commence à voir de plus en plus de supercellules et ces orages de plus en plus violents sur notre pays, oui tout à fait.
Deux effets du dérèglement climatique
RCF : En quoi le dérèglement climatique peut jouer un rôle dans la multiplication de ces orages ?
JR : On ne voit pas forcément une augmentation de la fréquence de l'activité orageuse, on n'a pas de chiffres qui prouvent qu'on a davantage d'orages qu'avant.
Toutefois on voit deux choses : la première c'est que les orages ont tendance, très petit à petit, c'est de l'ordre des décennies, à remonter vers le nord. On a statistiquement un peu moins d'orages sur la partie sud de l'Europe et un peu plus sur la partie nord, vraiment un décalage de la ceinture orageuse, ça c'est la première des choses.
La deuxième chose, c'est qu'on n'a pas forcément plus d'orages, mais on a davantage d'orages violents, c'est-à-dire plus de supercellules, donc plus d'orages à caractère violent avec des gros grêlons, des rafales de vent destructrices ou encore des pluies diluviennes, des crues associées, etc.
Donc c'est plus sur l'intensité de l'orage que le réchauffement climatique va avoir un rôle, va avoir un impact, et plus sur la répartition spatiale, on va dire de grande échelle.
Des tornades plus souvent filmées mais pas inédites
RCF : En ce qui concerne la tornade observée dans la Loire, est-ce que c'est quelque chose d’assez inédit ou qui s'est déjà produit assez fréquemment en France ?
JR : Ce sont des phénomènes qu'on voit, je ne vais pas dire assez souvent, mais qui sont quand même relatés assez fréquemment sur la France. C'est vrai qu'avec les années on a de plus en plus de téléphones, on filme de plus en plus donc on a l'impression qu'il y en a de plus en plus.
Mais en fait des phénomènes tourbillonnaires comme la tornade qui a eu lieu dans la Loire en juillet, finalement ça arrive assez fréquemment et notamment quand on a des orages violents comme ça. Ce n'est vraiment pas rare de voir des tornades toucher le sol pendant ces orages, en effet.


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