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Pourquoi le projet d'implantation d'Amazon à Montbert (44) suscite-t-il l'opposition ?
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Pourquoi le projet d'implantation d'Amazon à Montbert (44) suscite-t-il l'opposition ?

Un article rédigé par Marion Bastit - RCF Anjou - RCF Anjou,  -  Modifié le 26 novembre 2020
Une deuxième manifestation contre l'implantation d'Amazon à Montbert (44) aura lieu ce samedi. Impact environnemental, emplois précaires, évasion fiscale : les critiques sont nombreuses.
Capture d'écran Google Street View - L'entrepôt Amazon de Saran, dans le Loiret (image d'illustration). Capture d'écran Google Street View - L'entrepôt Amazon de Saran, dans le Loiret (image d'illustration).

Un deuxième rassemblement contre l’installation d’une plateforme logistique d’Amazon à Montbert, au sud de Nantes, est prévu ce samedi 28 novembre 2020. Plus de 300 personnes avaient déjà manifesté contre ce projet le 17 novembre.

Le géant de la vente en ligne doit s’installer sur un terrain de 14 hectares, sur une ancienne friche hospitalière, à deux pas de l’autoroute A83. Amazon promet de créer 1 000 emplois dès l’ouverture, 2 500 à terme.

Le permis de construire est en cours d’instruction. Le projet fera ensuite l’objet d’une enquête publique. On ne connaît donc pas encore la date d’ouverture de cette plateforme, mais elle suscite déjà une vive opposition.

Artificialisation des terres

Les critiques du collectif d’opposants « Amazon, ni ici ni ailleurs » portent sur plusieurs points, à commencer par l’impact environnemental. « Ce sera un nouveau bétonnage, sur le site mais aussi en-dehors du site pour les infrastructures routières », dénonce Alain Thalineau, animateur du collectif.

Pour Johann Boblin, le président de la communauté de communes de Grand Lieu, qui possède le terrain et défend ce projet, l’artificialisation des terres reste limitée. « Les 185 mille m² de locaux s’empilent sur quatre étages plutôt que de s’étaler », souligne-t-il.

Hausse du trafic routier

« De nombreux véhicules, de l’ordre de mille par jour entre les poids lourds et les voitures, vont être présents, ce qui contribue à aggraver le réchauffement climatique, dénonce Alain Thalineau. Il y aura des transports aériens supplémentaires, des déplacements internationaux pour pouvoir alimenter ce grand hangar, donc c’est un drame à ce niveau-là. »

« Cette implantation répond à une réalité, rétorque Johann Boblin. Nos concitoyens, aujourd’hui, utilisent le commerce en ligne et des plateformes comme Amazon. A partir de là, il faut accompagner les choses. »

« Si nous n’avions pas ces plateformes dans le Grand Ouest, les camions viendraient directement d’Espagne, de Belgique ou d’Allemagne, assure-t-il. Donc nous aurions les gaz d’échappement, mais nous n’aurions ni les emplois, ni la fiscalité. »

Des emplois précaires

Les emplois, c’est justement le deuxième point qui fâche. L’entreprise en promet 2 500 à terme, une aubaine en période de crise économique. « L’emploi qui est proposé par Amazon, c’est un emploi précaire, c’est un emploi fragile, dénonce l’opposant. Amazon ne garantit pas la qualité de l’emploi, Amazon garantit la souffrance au travail. De nombreux rapports le montrent. Donner de l’emploi ne suffit pas, il faut de l’emploi de qualité. »

De plus, il craint que les salariés viennent de loin, aggravant les bouchons, car le territoire de Montbert n’est pas le plus touché par le chômage en Loire-Atlantique.

 « Quand on parle de précarité, je pense que la plus grande des précarités, c’est celle de ne pas avoir de travail, répond Johann Boblin. Que ce soit Amazon ou tout autre entreprise, elles doivent respecter le Code du travail. S’il devait y avoir de la précarité chez Amazon, j’imagine que l’Inspection du travail ferait le nécessaire pour que ce ne soit pas le cas. »

Qui paiera la facture ?

La troisième critique porte sur les pratiques d’Amazon en matière d’évasion fiscale. En 2017, le géant de la vente en ligne aurait dissimulé plus de la moitié de son chiffre d’affaires réalisé en France pour payer moins d’impôts.

« A priori, les choses semblent avoir évolué à ce niveau-là, avance Johann Boblin. S’il reste des problèmes d’optimisation fiscale, c’est au gouvernement et aux législateurs de faire des lois pour que ce ne soit pas possible. »

« Si le projet aboutit sur le territoire de Grand Lieu, poursuit-il, Amazon sera soumis à l’ensemble des taxes exigibles des entreprises, qu’il s’agisse de la taxe d’aménagement, des taxes foncières sur le bâti ou de toutes les autres cotisations. »

« Il est évident qu’Amazon va rapporter, mais il va aussi énormément coûter, et les habitants vont nécessairement voir leurs impôts augmenter, augure Alain Thalineau. Il va bien falloir payer toutes ces infrastructures routières et tout cet aménagement du territoire. Qui va payer ? C’est le contribuable, qui n’utilise d’ailleurs peut-être pas Amazon. »

Vers une Zad à Montbert ?

Le sujet divise aussi les élus de la Région : la majorité de droite soutient l’implantation de cette plateforme, tandis que les élus écologiste seront aux côtés des opposants, samedi après-midi. Leur argument : pour un emploi créé par Amazon, 2,2 à 4,5 emplois sont détruits dans le commerce de proximité.

Le député angevin Matthieu Orphelin manifestera d’ailleurs avec eux. On ne sait pas encore si l’ex-marcheur sera la tête de liste écologiste pour les élections régionales. De son côté, le collectif d’opposants à Amazon se dit prêt à s’installer sur le terrain sous forme de Zad s’il le faut.

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