Pauline Crucis : Transformer la douleur en combat pour la vie
Invitée de notre émission Portrait, Pauline Crucis livre un témoignage d’une force rare. Après avoir accompagné son mari, Jean-Charles, dans une lutte héroïque contre le cancer du cerveau, Elle porte désormais le combat de milliers de familles confrontées à l’impasse thérapeutique. Un récit entre amour absolu, injustice profonde et espérance militante.
Clichés IRMC’est une histoire qui commence par un geste banal, presque poétique, devenu le signal d’un basculement. Janvier 2024, Jean-Charles, 39 ans, écrit ses cartes de vœux. Ce mari « brillant et fort » ressent un léger engourdissement dans la main droite. Le diagnostic tombe : astrocytome, une tumeur cérébrale. Pendant quinze mois, le couple entre en résistance. Radiothérapie, chimiothérapies, chirurgie éveillée... Jean-Charles continue de travailler, ne se plaint jamais.
Le 27 mars 2025, le mot tant attendu est prononcé : rémission. On leur parle de dix, quinze, vingt ans de vie devant eux. « Le neuro-oncologue y croyait, les images étaient nettes », se souvient Pauline. Pour fêter ce retour à la vie, Jean-Charles veut un deuxième enfant et l'emmène en voyage de noces, celui qu'ils n'avaient jamais pris le temps de faire.
Le choc de la trahison organique
Mais l’horreur s’invite dans leurs bagages. En vacances, la fatigue l’écrase, il traîne la jambe. Au retour à Paris, tout s'effondre en 48 heures. Le cancer est revenu, plus invasif, plus disséminé. « L'annonce du deuxième round a été d'une violence inouïe. Vous venez de tout donner, vous avez serré les dents, et on vous arrache tout. »
Le cancer du cerveau est une maladie qui s'attaque à l'identité même. En quelques semaines, Jean-Charles perd tout : la mobilité, la capacité de se nourrir, la mémoire à court terme. Pauline décrit avec émotion cette mutation insupportable : voir cet homme protecteur devenir « un enfant apeuré, en colère face à une immense injustice ». Elle raconte ce jour de retard à l'hôpital où, désorienté par la maladie, il lui crie sa peur de l'abandon. Un cri qui résonne encore comme une blessure ouverte.
De la douleur à la rage militante
Jean-Charles s’est éteint le 30 juillet, mais pour Pauline, « il n'est pas parti le 30 juillet, il est mort, il ne voulait pas partir, et il s’est battu jusqu’au bout ». Il est resté dans le combat qu'elle mène désormais. Car derrière le drame intime se cache un scandale de santé publique que Pauline dénonce avec une clarté percutante.
« On a des stars mondiales de la neuro-oncologie en France, à l’Institut du Cerveau, à Curie, à Gustave Roussy... et pourtant, on ne leur donne pas de moyens. »
Le constat est glaçant : cela fait 30 ans que les protocoles n'ont pas évolué pour les formes les plus graves. Le cancer du cerveau est pourtant la première cause de décès par cancer chez les enfants et les jeunes adultes de moins de 35 ans. « Quand on creuse le sujet, on va de colère en rage, nos maris, nos enfants qui ont subis cette maladie, ces traitements épouvantables et qui en sont morts, ont été abandonné, on ne leur a pas donné les moyens de se battre et on n'a pas donné aux médecins les moyens de les accompagner
Une promesse à tenir
Aujourd'hui ambassadrice de l'Institut du Cerveau, Pauline Crucis transforme son deuil en moteur. Elle porte la promesse qu'elle avait faite à Jean-Charles lorsqu'il craignait de ne pas voir grandir leur fille, Madeleine. Si elle n'a pu sauver l'homme de sa vie, elle veut donner aux médecins les armes qu'ils n'ont pas eues pour lui.


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