Léon XIV, un pape qui défend la justice sociale
Si certains catholiques de France sont tentés, comme une partie de la société française, par le repli sur soi identitaire, le pape qui vient en France porte un message d'engagement dans le monde et défend la justice sociale. Il invite à "regarder le monde par le bas", "du point de vue de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, de l’enfant blessé, de l’exilé, du fugitif".
Léon XIV présente officiellement son encyclique Magnifica Humanitas, Vatican, le 25/05/2026 ©Vatican MediaQuand un nouveau pape est élu, les observateurs se demandent s'il sera un pape progressiste ou conservateur. Comme Léon XIV comprend-il la vocation de l'Église et des catholiques ? Quatre mois à peine après la parution de son encyclique Magnifique humanité, c'est le pape de la doctrine sociale de l'Église qui se rend dans notre pays du 25 au 28 septembre. Dans une continuité assumée avec Léon XIII, il invite chacun à s'engager dans le monde pour bâtir la "civilisation de l'amour".
Léon XIV, le pape de la doctrine sociale de l’Église
Si Robert Francis Prevost a choisi pour nom Léon, c’est pour dire, d'une certaine façon, que "en ce début du XXIe siècle : Les enjeux de société sont majeurs", affirme la théologienne Dominique Coatanea, présidente de l’Association des théologiens moralistes (ATEM). Et que la révolution que nous vivons aujourd’hui est tout aussi importante que la révolution industrielle, qu'a vécue Léon XIII, au XIXe siècle. C'est comme un constat qui est ainsi posé.
Cette "continuité assumée" avec Léon XIII, que l'on peut identifier chez Léon XIV, elle a d'autres conséquences. Enseignant en théologie morale, politique et sociale, directeur général du Groupe Bayard, animateur du blog La doctrine sociale sur le fil, le Père Dominique Greiner précise que Léon XIII avait identifié à quel point les transformations liées à la révolution industrielle "affectaient toutes les relations sociales, humaines dans le cadre du travail, familial, avec une situation d’exploitation qui était une situation de souffrance pour la classe ouvrière".
Les temps sont troublés, les enjeux de justice sociale sont majeurs : et donc, en publiant Magnifica Humanitas, Léon XIV affirme sa volonté de "renouer avec 150 d’histoire de la Doctrine sociale de l’Église (DES) et d’assumer cette tradition vivante, comme il l’appelle", selon Dominique Greiner. "Magnifique humanité" est datée du 15 mai 2026 : soit 135 ans jour pour jour après Rerum Novarum 1891.
Un pape attentif à notre époque
Les papes ne sont donc pas hors sol, indifférents à leur époque. Léon XIV invite les catholiques à s’engager dans le monde alors même que les fidèles peuvent être, tout comme le reste de la société, tentés par le repli sur soi. "L’évangile, c’est aussi la Révélation qui s’inscrit dans l’histoire, prévient Dominique Greiner. Nous sommes responsables de l’histoire dans laquelle nous sommes insérés."
Dans Magnifica Humanitas, Léon XIV "insiste beaucoup sur cette dimension historique de nos existences". Il ne fait en cela qu’être fidèle à l’Évangile. "Être en consonance avec notre époque, c’est le message de l’Évangile", affirme l’assomptionniste Dominique Greiner, pour qui la DSE "n’est pas autre chose que l’actualisation de l’Évangile dans les conditions économiques, politiques, culturelles sociales, d’aujourd’hui".
On a tendance à opposer des catholiques de droite à ceux de gauche, qui seraient plus engagés sur le terrain de la justice sociale. Le théologien Henri de Lubac disait que c’était un pléonasme de parler de "catholicisme social", comme le rappelle Dominique Greiner. "Le catholicisme est d’emblée social parce que le salut est destiné à une communauté et c’est cette communauté qu’il faut construire, une communauté qui a besoin, qui a envie de ce salut."
Bâtir "la civilisation de l’amour"
Depuis Paul VI, les papes Jean-Paul II ou Benoît XIV ont repris cette idée de "civilisation de l’amour", c'est-à-dire fondée sur l'Évangile. Pour Léon XIV, une civilisation de l’amour "a besoin pour s’incarner d’institutions", commente Bruno Saintôt.
Il ne suffit pas en effet de défendre la "civilisation de l’amour" simplement par des mots ou de "proclamer la dignité magnifique ou incommensurable ou absolue de la personne". Tout cela "doit s’incarner dans des structures". "Léon XIV a beaucoup insisté dans ses différents discours au cours de ses voyages sur l’incarnation des valeurs fondamentales dans les structures politiques."
Des institutions et l'engagement personnel de chacun. Pour bâtir cette civilisation de l’amour, Léon XIV invite à se laisser toucher par une humanité blessée. Vivre "l’événement de la rencontre" cela suppose de "regarder le monde par le bas", écrit Léon XIV, en héritier du pape François.
"On peut être fasciné quand on regarde le monde par les puissants, admet Bruno Saintôt, ces grands enjeux géopolitiques, ces grandes forces, ces grands pouvoirs politiques et financiers qui se disputent le monde." Le jésuite rappelle ce que Léon XIV écrit dans son encyclique : il nous invite à adopter "un point de vue différent pour regarder le monde à partir du bas, avec les yeux de ceux qui souffrent, et non avec le regard des grands". (Magnifique humanité, 244)
Être touché par "la veuve, l’orphelin, l’étranger, l’enfant blessé, l’exilé, le fugitif", vivre la rencontre avec eux comme un événement et éprouver un puissant désir de justice sociale : voilà un programme qui peut mettre en mouvement notre société.


La bioéthique en podcast. PMA, GPA, tri embryonnaire mais aussi euthanasie, soins palliatifs... de ses tous débuts à son extrême fin, la vie ne cesse d’être interrogée. Une émission qui décrypte toutes les questions éthiques que posent les avancées de la science et de la loi.
Un podcast en partenariat avec les Facultés Loyola Paris.




