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Le gaz de mines, nouvel eldorado énergétique du Bassin Minier ?

Le gaz de mines, nouvel eldorado énergétique du Bassin Minier ?

Un article rédigé par Anne Henry et Eulalie Espada - RCF Hauts de France, le 10 avril 2026 - Modifié le 13 avril 2026
Commune planète (Hauts-de-France)Le grisou, solution écologique ou leurre environnemental ?

La ville d'Avion, dans le Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais, s'apprête à franchir un pas inédit : utiliser le gaz issu des anciennes veines minières pour alimenter son réseau de chaleur. En quoi cette solution est-elle écologique ? Et quelles sont ses limites ? Réponse avec Éric Vidalenc, directeur régional adjoint de l'ADEME Hauts-de-France et Yann Fouant, directeur des relations publiques et des projets à la Française de l'Énergie (FDE), lors d'un débat organisé par Fabrice Bourgis de La Voix du Nord et Anne Henry de RCF Hauts-de-France. 

Depuis 2016, 3,5 millions de mètres cubes de gaz ont été captés depuis les mines dans le bassin minier. Du méthane qui, sans cela, se serait dispersé en pure perte dans l'atmosphère Copyright : Wolfgang Weiser par PexelsDepuis 2016, 3,5 millions de mètres cubes de gaz ont été captés depuis les mines dans le bassin minier. Du méthane qui, sans cela, se serait dispersé en pure perte dans l'atmosphère Copyright : Wolfgang Weiser par Pexels

Le gaz de mine est le produit de la décomposition de la matière organique sur plusieurs milliers d'années. Il s'est accumulé dans les veines de houille exploitées pendant plus d'un siècle dans le Nord-Pas-de-Calais. Longtemps, ces gaz ont simplement fui dans l'atmosphère, sans être captés ni valorisés. Résultat : du méthane, un gaz qui renforce l'effet de serre dans l'atmosphère, s’échappe dans l'air. 

Si les ouvrages sont sécurisés depuis 1990 - date de fermeture du dernier puit de mines à Oignies - l'enjeu depuis les années 2010 est de valoriser au mieux ce gaz plutôt que de le laisser se dissiper inutilement. En le brûlant pour produire de la chaleur ou de l'électricité, le gaz est transformé en CO₂. Un gaz à effet de serre bien moins nuisible que le méthane à court terme. Depuis 2016, 3,5 millions de mètres cubes de gaz ont ainsi été captés depuis les mines dans le bassin minier. Pour Éric Vidalenc, directeur régional adjoint de l'ADEME Hauts-de-France : 

Passer du méthane au CO₂, c'est déjà une victoire : le méthane pollue bien davantage l'atmosphère que son produit de combustion.

Éric Vidalenc, directeur régional adjoint de l'ADEME Hauts-de-France ©RCF Emilien VandenbusscheÉric Vidalenc, directeur régional adjoint de l'ADEME Hauts-de-France ©RCF Emilien Vandenbussche
Yann Fouant, directeur des relations publiques et des projets à la Française de l'Énergie ©RCF Emilien VandenbusscheYann Fouant, directeur des relations publiques et des projets à la Française de l'Énergie ©RCF Emilien Vandenbussche
Anne Henry et Fabrice Bourgis, aux côtés de Yann Fouant et Eric Vidalenc ©RCF Emilien Vandenbussche Anne Henry et Fabrice Bourgis, aux côtés de Yann Fouant et Eric Vidalenc ©RCF Emilien Vandenbussche

Une démarche unique en France

En ce mois d'avril 2026, la ville d'Avion du Bassin Minier du Nord - Pas-de-Calais, va être la deuxième ville à se connecter au gaz issu des anciennes veines minières pour alimenter son réseau de chaleur. Écoles, logements, collège, commissariat, nouveau centre aquatique, tous ces équipements pourront bientôt être chauffés grâce à cette ressource locale. 

Avion n'est pas un cas isolé. La ville de Béthune, en 2021, a été la première à exploiter le gaz de mines à grande échelle dans la région mais aussi en France. Depuis, d'autres communes pourraient suivre la même voie, encouragées par un contexte géopolitique et énergétique qui a profondément changé la donne.

La crise de 2022 a en effet tout accéléré : la guerre en Ukraine a mis en évidence la dépendance de la France aux importations de gaz, tandis que les pannes du parc nucléaire et la sécheresse affectant les barrages hydrauliques fragilisaient simultanément le mix électrique français. Le prix du gaz a explosé. Dans ce contexte, la ressource locale est soudain apparue sous un nouveau jour.  Yann Fouant, directeur des relations publiques et des projets à la Française de l'Énergie (FDE), précise : 

Avant la crise ukrainienne, Béthune bénéficiait d'un tarif jusqu'à 40 % en dessous du prix du marché — un avantage considérable pour les collectivités. 

Circuit court et souveraineté énergétique

Au-delà de la dimension climatique, c'est aussi une question politique locale. Valoriser une ressource présente sur le territoire, c'est dépendre moins des importations. La FDE, qui accompagne les villes dans ces projets, met en avant ce double bénéfice : une production locale pour une consommation locale, avec un prix garanti sur quinze ans.

Le gaz capté est acheminé vers des moteurs qui le brûlent pour produire à la fois de la chaleur et de l'électricité. L'énergie ainsi produite alimente directement le réseau de chaleur urbain.

Des limites à ne pas occulter

Pour autant, cette ressource n'est pas infinie. Les gisements de gaz de mine sont, par nature, limités dans le temps et dans l'espace. À mesure que les mines se vident de leur méthane et se remplissent naturellement d'eau, la production déclinera inévitablement. Il s'agit donc d'une solution de transition, utile et pertinente aujourd'hui, mais qui ne peut constituer à elle seule le socle d'un modèle énergétique durable sur le long terme.

Par ailleurs, si le bilan est meilleur que de laisser le méthane s'échapper, il reste celui d'une énergie fossile : brûler du gaz de mine produit du CO₂. L'ADEME insiste sur la nécessité de l'inscrire dans une stratégie plus large de transition, aux côtés d'autres énergies renouvelables, et non comme une fin en soi. 

Le gaz de mines du Bassin Minier n'est peut-être pas la solution miracle que certains imaginent. Mais il représente une réponse locale et cohérente à un double défi : réduire des émissions qui existaient de toute façon, et renforcer l'autonomie énergétique d'un territoire qui a longtemps vécu de ce charbon qu'il extrayait de ses entrailles.

Commune Planète Hauts de France
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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