Fabrique de l'info : Les élèves de Taulhac interrogent la LPO Haute-Loire
A l'école publique de Taulhac, au Puy-en-Velay, les élèves de CM1/CM2 se sont transformés en apprentis journalistes pour interviewer Justine Décloux, chargée de mission à la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) Auvergne-Rhône-Alpes. Dans le cadre de l'émission "La Fabrique de l'Info", ils se sont intéressés à l'observation des espèces locales, à la préservation des oiseaux menacés et aux actions menées en Haute-Loire pour protéger la biodiversité. Les questions sont préparées et posées par 12 élèves de la classe dans le cadre d'un projet pédagogique porté par leur institutrice Aline Jouve.
Les élèves de CM1 et CM2 de l'école de Taulhac interviewent Justine Décloux de la LPO Auvergne-Rhône-Alpes @Aline JouveCharline : Pouvez-vous nous parler de la LPO ?
Justine Décloux : Je travaille à la LPO, la Ligue pour la Protection des Oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes. Nous protégeons les oiseaux mais aussi la nature en général et toutes les autres espèces, toute la biodiversité. Notre rôle est d'améliorer les connaissances autour des oiseaux et de la biodiversité mais aussi de protéger les espèces et leurs habitats, les lieux où elles vivent.
Charline : Êtes-vous bénévole ou salariée ?
Justine Décloux : Je suis salariée de l'association.
Husein : Etes-vous nombreux dans l'association ?
Justine Décloux : Oui nous sommes nombreux car je travaille pour la LPO Auvergne-Rhône-Alpes. C'est une association qui intervient dans les départements de la grande région AURA. Nous avons des salariés quasiment dans tous les territoires et comme nous sommes une association nous avons aussi de nombreux bénévoles qui assurent des missions pour nous aider à protéger la biodiversité. En tout nous sommes plus de 120 salariés et plus de 500 bénévoles.
Hussein : Avec qui travaillez-vous ?
Justine Décloux : En Haute-Loire, nous sommes entre 3 et 8 personnes. Car dans le département, nous avons des stagiaires et des volontaires en service civique qui apprennent et nous aident dans nos missions quotidiennes.
Enzo : Pourquoi avez-vous choisi de travailler à la LPO ?
Justine Décloux : Ce n'est pas une question facile. Mais je crois que j'ai toujours aimé la nature, me promener, être dehors et observer les paysages, les espèces, la faune et la flore. Et aujourd'hui, travailler à préserver la nature, ça me fait me sentir utile.
Alexis : Quel a été votre parcours avant de devenir chargée de mission à la LPO Haute-Loire ?
Justine Décloux : Je viens d'arriver en Haute-Loire (début janvier 2026) et avant cela j'étais déjà à la LPO mais dans le département de l'Allier. Je travaillais dans la réserve naturelle du Val d'Allier. J'ai découvert beaucoup de choses sur les oiseaux et j'ai assuré de nombreuses missions très intéressantes. Et encore avant ça, j'ai étudié l'agriculture et l'environnement. Pour faire ce métier il existe plusieurs parcours, plus ou moins longs. On peut faire un BTS Gestion et Protection de la Nature, ou des licences et des masters en biologie, en écologie ou encore une école d'agronomie. Il y a donc plusieurs voies pour travailler à la LPO.
Kélya : Comment faites-vous pour observer les oiseaux ?
Justine Décloux : Pour observer les oiseaux je suis équipée de jumelles. C'est très pratique pour les observer de loin et de ne pas trop les approcher et de ne pas leur faire peur. Si je devais vous donner un conseil, la chose la plus importante c'est d'être attentif. Car des oiseaux il y en a de partout, dans votre jardin, dans la cour d'école, à la ville ou à la campagne. Il faut essayer de ne pas faire trop de bruit et il faut aussi tendre l'oreille pour les repérer avec leurs chants et leurs cris.
Rizlaine : Comment reconnaissez-vous les différentes espèces d'oiseaux ?
Justine Décloux : Ce n'est pas évident. Il y a beaucoup d'espèces différentes et il faut donc observer leur taille, leur poids, la couleur ou encore la forme du bec. Mais on s'aide aussi d'un guide ornithologique qui recense toutes les espèces d'oiseaux qui sont présentes sur un territoire et qui indique ce qu'il faut regarder précisément pour les différencier. Mais même avec l'expérience il m'arrive encore de me tromper. Il y a des espèces qui se ressemblent beaucoup et le meilleur moyen c'est d'écouter les chants car chaque espèce à un chant qui lui est propre. C'est son langage et en le connaissant on peut dire qu'une espèce est présente sans même la voir.
Nolhan : Est-ce que tous les oiseaux qui vivent en Haute-Loire partent en migration en hiver ?
Justine Décloux : Tu as raison. Il y a beaucoup d'oiseaux qui sont chez nous au printemps et qui vont partir dans le sud de l'Europe ou en Afrique. Mais on remarque aussi que tous les oiseaux n'ont pas disparu. Les oiseaux qui arrivent à trouver de quoi se nourrir pendant l'hiver reste en Haute-Loire. Par exemple le Merle, le Pivert, les mésanges et les moineaux qu'on peut observer autour des mangeoire et en regardant plus haut dans le ciel on peut aussi voir des milans royaux.
Maellie : Comment aider les oiseaux à survivre malgré le froid ?
Justine Décloux : Bonne question car en hiver les oiseaux ont plus de difficultés à trouver leur nourriture et on peut les aider. La première chose à faire, si on a un jardin, c'est de faire en sorte qu'il soit le plus accueillant possible pour les oiseaux. En laissant des arbres où ils peuvent s'abriter et trouver des baies, en ne tondant pas toute l'herbe pour laisser des endroits où les fleurs peuvent être en graines que les oiseaux vont pouvoir manger. Si on ne peut pas faire ça, on peut aussi installer des mangeoires et y mettre des graines de tournesol. L'idéal c'est de mettre plusieurs points de nourrissage pour éviter les bagarres et de bien penser à nettoyer de temps en temps la mangeoire pour éviter la propagation des maladies.
Elise Q : Quelle est l'espèce d'oiseau la plus rare en hiver ?
Justine Décloux : C'est un peu une colle... En fait il y a en effet beaucoup d'espèce qui sont rares en hiver. Mais je vais parler du hiboux des marais. Il est très rare en France et en Haute-Loire et il est aussi très difficile à observer. Il a un plumage brun sur le dos et les ailes et plutôt crème sur le devant et avec des stries noires et de beaux yeux jaunes. Il vit dans les marais et en hiver, il fuit les températures très froides du nord de l'Europe et s'installe chez nous. Donc en hiver on peut avoir de la chance en l'observant sur les zones humides de nos plateaux.
Leynis : Y a-t-il des espèces menacées sur notre territoire ?
Justine Décloux : Oui malheureusement, comme partout ailleurs il existe beaucoup d'espèces menacées en Haute-Loire. Principalement à cause de la destruction de leur habitat naturel, de la pollution de l'environnement et aujourd'hui toutes les espèces qui souffrent du réchauffement climatique. Comme nous les oiseaux doivent faire face aux canicules, aux tempêtes et aux conséquences du dérèglement avec des fleurs qui fleurissent plus tôt et des insectes qui sortent du coup plus tôt. Et si les oiseaux ne s'adaptent pas à ces changements ils se retrouvent en difficulté. On voit aujourd'hui des oiseaux qui quittent le territoire, d'autres qui se retrouvent en concurrence avec des espèces qui étaient jusqu'à maintenant plutôt dans le Sud de la France et qui commencent à s'installer en Haute-Loire.
Elise M. : Qu'est ce que les humains peuvent envisager comme actions pour sauvegarder les espèces menacées ?
Justine Décloux : Il y a beaucoup de choses à faire à toutes les échelles. Mais la première chose que vous pouvez faire, c'est de s'informer sur les oiseaux qui vivent autour de chez vous. Car on ne peut pas protéger ce qu'on ne connait pas. Et ensuite il est possible de monter des actions concrètes dans son jardin, dans les espaces verts de sa commune pour créer des habitats favorables aux oiseaux. Il est bien également d'éliminer toutes les menaces qui peuvent peser sur les oiseaux comme les baies vitrées et de trouver des solutions pour qu'ils n'entrent pas en collision avec les vitres. Il est aussi possible d'installer des gites artificielles pour que les oiseaux fassent leurs nids. Enfin, il faut aussi réfléchir aux activités humaines qui peuvent être défavorables au maintien de la biodiversité et faire en sorte de les limiter ou de s'adapter. Je pense à notre alimentation et au fait de privilégier ce qui est local pour limiter la pollution des camions qui apportent des denrées qui viennent de loin.
Siana : Pouvez-vous nous parler de l'événement organisé par la LPO qui invite les particuliers à compter les oiseaux les 25 et 26 janvier 2026 ?
Justine Décloux : Voici une action concrète pour protéger la biodiversité ! En participant à une meilleure connaissance des oiseaux de nos jardins. Les 25 et 26 janvier c'est le comptage national des oiseaux de jardin. Chaque personne qui a un jardin ou un terrain est invité à participer et à compter et identifier, pendant une heure, les oiseaux qu'elle observe. Il faut se concentrer sur un endroit observable facilement sans être trop proche des oiseaux. Il faut aller sur le site internet oiseaux des jardins pour récupérer des outils utiles pour identifier les différentes espèces. Et grâce à la collaboration des personnes, partout en France, nous aurons l'état de santé des population d'oiseaux des jardins. Et pour éviter de compter plusieurs fois les mêmes, il faut compter combien il y a d'oiseau d'une même espèce en simultanée. Par exemple si vous voyez trois mésanges bleues d'un coup, et plus tard une toute seule, vous mettez dans le bilan que vous avez observé au moins trois mésanges bleues.


Quel regard portent les enfants et adolescents sur l’actualité ?
Cette émission va faire découvrir à des jeunes élèves et collégiens l’envers du décor, les faire participer à la construction d’une interview.
