Accueil
Écologie : le temps de la radicalité, avec Cécile Duflot
Partager

Écologie : le temps de la radicalité, avec Cécile Duflot

RCF, le 5 janvier 2024  -  Modifié le 14 février 2024
Pas si simple Écologie, le temps de la radicalité

 

Désobéissance civile, sabotage, "éco-terrorisme"... Quand le combat écologique se radicalise, aussi bien dans les mots que dans les actes, est-ce pour mieux faire entendre un message ou en désespoir de cause ? Peut-on justifier la violence au nom de la défense de la planète ? On en parle avec Cécile Duflot, militante écologiste depuis près de trente ans.

 

"Je suis une apôtre de la nuance, de la non-violence, mais aussi du compromis." Cécile Duflot (Photo : le 05/04/2022 ©Martin Bertrand / Hans Lucas) "Je suis une apôtre de la nuance, de la non-violence, mais aussi du compromis." Cécile Duflot (Photo : le 05/04/2022 ©Martin Bertrand / Hans Lucas)

 

En novembre dernier, le Conseil d'État a annulé le décret de dissolution des Soulèvements de la terre, du 21 juin 2023. Le collectif écologiste formé à Notre-Dame-des-Landes, connu pour ses actions radicales contre les méga-bassines de Sainte-Soline, incarne en France une forme de durcissement dans le combat écologique. Quand celui-ci se radicalise, aussi bien dans les mots que dans les actes, est-ce pour faire entendre un message ou en désespoir de cause ? La gravité de la crise justifie-t-elle la violence ? La radicalité écologique ne risque-t-elle pas de masquer la complexité de la crise ?

Depuis près de trente ans, Cécile Duflot est une "écologiste active". Femme profondément militante, elle a toujours placé l’engagement au cœur des choix qui l’ont mené jadis à l’action politique et aujourd’hui dans l’humanitaire. Elle est aujourd’hui la directrice générale d’Oxfam France, ONG spécialisée dans le développement et la lutte contre la pauvreté très impliquée sur la question climatique. Dans "PAS SI SIMPLE", elle livre son regard sur la radicalité dans le combat écologiste.

 


Pas si simple, le podcast qui promet de l’écoute, du respect et de la nuance

Dans un monde médiatique qui privilégie la culture du clash et du zapping, pas si simple aujourd’hui de faire entendre avec clarté la complexité et la nuance ! RCF, avec Le Jour du Seigneur et Les Semaines sociales de France, vous propose PAS SI SIMPLE, un podcast pour prendre de la distance avec les certitudes tout en respectant les convictions.

> En savoir plus

 


 

Radicalité écologique : comment en est-on arrivés là ?

"Radicalité" est un mot que Cécile Duflot ne rejette pas pour elle-même : "Je suis une écologiste radicale, dit-elle, parce que je pense qu’il faut s’attaquer au problème à la racine qui est celui d’un modèle de développement, d’un modèle de production qui n’est pas compatible avec l’habitabilité de la planète terre pour l’espèce humaine…"

En plus de "l’aggravation de la crise climatique et de la biodiversité", la militante observe un "sentiment de désespoir chez certains militants", quand d’autres critiquent l’action d’autres écologistes jugée inefficace. Tout ceci mis dans un contexte de "radicalisation de la réponse sécuritaire de manière globale", explique selon Cécile Duflot le durcissement du combat écologiste aujourd’hui.

 

Ce qui est sûr, c’est que la violence militante souvent dans l’histoire, elle s’est retournée à l’intérieur des propres mouvements

 

Justifier la violence au nom de l’écologie ?

Des militants écologistes qualifiés d'écoterroristes et "fichés S"... Le 31 octobre 2022, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, dénonçait le "potentiel violent énorme" de certains militants. "Un certain nombre, disait-il, sont fichés S au même titre que des terroristes islamistes…" Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, évoquait lui aussi, en novembre 2022, "des gens qui veulent par la violence, par la terreur et donc par le terrorisme, empêcher l’état de droit de fonctionner". Souvent employé par les politiques, le terme "écoterrorisme" est chez bien des militants, dont Cécile Duflot, jugé excessif. "Il n’y a aucun écologiste qui revendique aujourd’hui d’assassiner des gens !"

La question est toutefois posée de l’usage de la violence en démocratie pour faire avancer une cause. L’histoire a montré que pour faire avancer une cause, rien de tel que des mouvements de "désobéissance civile" mais "massifs et non violents", souligne Cécile Duflot. "Je pense que quand on est dans cette logique d’attaque d’un ordre établi avec la revendication d’actions brutalement violentes, on a du mal à engager une grande dynamique, analyse la directrice d’Oxfam France. Ce qui est sûr, c’est que la violence militante souvent dans l’histoire, elle s’est retournée à l’intérieur des propres mouvements." Pourquoi donc utiliser la violence au nom de l’écologie si risque il y a de desservir la cause ?

 

Pourquoi la radicalité séduit

La radicalité est "un mot à la mode" aujourd’hui, selon la sémiologue Mariette Darrigrand. "C’est un mot positif." Pourtant synonyme de dialogue impossible, la radicalité répond, dans notre époque "très complexe et très instable", à notre besoin de "repères". "Être radical c’est un degré de plus dans la manière de considérer notre monde et d’essayer de le penser."

Ainsi, tout porte à croire que pour toucher l’opinion publique il faudrait ne pas faire dans la nuance, et proposer des messages simples, voire simplistes. Comment la cause écologiste, par ailleurs complexe et multiple, peut-elle échapper à cela ? "Je suis une apôtre de la nuance, de la non-violence, confie Cécile Duflot, mais aussi du compromis. Parce que la vie en société mais même dans une toute petite société comme une famille, c’est du compromis."

 

Écologie : pour une complémentarité des moyens d'action

Il n’y a pas qu’une réponse à la crise écologique. Dans notre société où une multiplicité de voix se font entendre, il y a, pour Cécile Duflot, "certaines actions plus visibles, un peu choquantes" qui permettent de "percer une couche de déni, qui, face à la question climatique est très épaisse"… De même, on peut considérer que "c’est toujours intéressant d’être interrogé par des pensées plus radicales", estime Cécile Duflot.

Ce qui porte des fruits dans le combat écologique, pour Cécile Duflot, c’est précisément la diversité des moyens d’action. La militante rappelle que ce qui a permis d’obtenir gain de cause à Notre-Dame-des-Landes, l’action à la fois des zadistes, mais aussi des élus locaux, des agriculteurs… "Qu’est-ce qui est bien ou qu’est-ce qui n’est pas bien ? C’est difficile de le dire. Ce qui est intéressant c’est quand tout ça se lie, se laisse interroger et que personne ne pense qu’il détient un morceau de la vraie croix du combat écologiste contre les autres."

 

Cet article vous a plu ?
partager le lien ...

RCF vit grâce à vos dons

RCF est une radio associative et professionnelle.
Pour préserver la qualité de ses programmes et son indépendance, RCF compte sur la mobilisation  de tous ses auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

  • Ce don ne me coûte que 0.00 € après déduction fiscale

  • 80

    Ce don ne me coûte que 27.20 € après déduction fiscale

  • 100

    Ce don ne me coûte que 34.00 € après déduction fiscale

Faire un don