Amélie Deloche : « Il est possible d'avoir une influence plus éthique sur les réseaux »
De la publicité à la télévision aux réseaux sociaux, les mécanismes restent les mêmes : capter l’attention et susciter le désir d’acheter. Mais quels impacts ont ces influences sur nos vies, et surtout sur l’environnement ? Engagée sur ces enjeux, Amélie Deloche décrypte les dérives et les leviers pour une influence plus responsable, notamment à travers le « Guide de l’influence responsable » publié avec l’ADEME et son initiative « Paye ton influence ». Entretien.
Amélie Deloche © RCF LyonRCF LYON : Depuis quand est-ce que les enjeux écologiques sont importants pour vous ?
Amélie Deloche : J'ai d'abord développé une sensibilité sur les questions environnementales par mes parents, qui sont très engagés sur ces questions-là. En 2017, j'ai lu un livre qui s'appelle "Comment tout peut s'effondrer" de Pablo Servigne qui parle de la collapsologie, de la théorie de l'effondrement de la société actuelle, à cause des bouleversements environnementaux. Ce livre m'a laissée pessimiste. C'est là où je me suis rendue compte à quel point les enjeux environnementaux étaient un sujet extrêmement important et que ça allait me toucher dans ma vie à moyen et long terme. Du coup, je devais intégrer cette donnée-là, la question du réchauffement climatique et de tous les bouleversements en lien avec ça, dans mes choix de vie concrètement. C'est de là qu'est partie ma volonté de m'engager sur les questions environnementales et ensuite d'en faire mon métier.
RCF LYON : Pour alerter sur tous ces risques et ces enjeux, vous avez co-créé "Paye ton influence" et vous avez publié avec l'ADEME le "Guide de l'influence responsable". Dans ce guide, vous parlez d'une véritable culture du désir dans ce que nous proposent les influenceurs...
Amélie Deloche : Exactement. Les imaginaires qu'on trouve dans l'influence marketing, qui sont liés à l'abondance, à la surconsommation, au fait d'être heureux à travers le fait de posséder, sont exactement les mêmes imaginaires qu'on retrouve dans la publicité depuis les années 50. Mais ce qui est particulier avec les créateurs, c'est qu'on crée une relation particulière avec eux parce qu'on les suit au quotidien, ils deviennent vraiment des personnalités qui font partie de notre vie. On connaît ce qu'ils aiment, on connaît leur vie, on connaît leurs amours, etc. [...] L'idée, ce n'est pas de dire que tous les influenceurs doivent devenir des activistes sur les questions environnementales et sociétales. Mais c'est de leur dire qu'il y a des choses qui sont possibles graduellement pour avoir une influence un peu plus éthique.
Par exemple, le fait d'éviter de se montrer, de glamouriser le fait de prendre l'avion, éviter de montrer tous les achats qu'on fait parce que ça normalise le fait de beaucoup acheter, la surconsommation, l'abondance, etc. Faire un peu plus attention aux annonceurs, aux marques avec lesquelles on travaille, car ce sont des entreprises qui ont de la visibilité ensuite, et qui peuvent potentiellement développer un capital sympathie grâce à cette collaboration avec l'audience de l'influenceur.
RCF LYON : L'influence sur les réseaux reste un phénomène encore récent. Cela donne de l'espoir pour une influence plus responsable ?
Amélie Deloche : Oui, je pense qu'il y a encore de l'espoir ! Déjà en France, on est quand même sur un secteur de l'influence qui est beaucoup plus éthique que dans d'autres pays. Il y a pas mal de choses qui se sont mises en place en termes de lois, mais aussi d'autorégulation, avec des acteurs du secteur qui sont vraiment engagés pour faire en sorte que les pratiques soient plus éthiques, que ce soit sur les enjeux environnementaux et sociétaux [...]. Sur les questions environnementales, c'est toujours plus compliqué parce que les influenceurs n'ont pas forcément intérêt à refuser toutes les collaborations avec les plus grosses marques. On a une nouvelle génération d'influenceurs engagés, qui ont des communautés de plus en plus grandes et qui pourront être, dans quelques années, des figures extrêmement populaires de l'influence et potentiellement remplacer un peu les influenceurs classiques qu'on a aujourd'hui.


Rencontre avec les acteurs et actrices de l'écologie dans la région lyonnaise. Chaque samedi à 10h (rediffusion le dimanche à 17h30), Thierry Weber reçoit celles et ceux qui agissent pour protéger notre « maison pour tous ».
Une émission produite pour RCF Lyon, également diffusée sur RCF Pays de l'Ain.
