Abeilles dans les Hauts-de-France : « arrêtons de faire une fixation sur le frelon »
Comme ailleurs, les abeilles sont en déclin dans les Hauts-de-France, pour des raisons multifactorielles … dont certains mauvaises pratiques tant du côté des apiculteurs que des agriculteurs. Pour y voir plus clair, Raphaëlle Remande de La Voix du Nord et RCF Hauts-de-France ont organisé un débat avec Emmanuel Leveugle président de la commission environnement à la Chambre d'agriculture des Hauts-de-France et Mathieu Hébert apiculteur professionnel en Flandre et secrétaire de l'association Miel des Hauts-de-France, pour qui le frelon n’est pas la principale menace.
Emmanuel Leveugle, Anne Henry, Raphaëlle Remande et Mathieu Hebert Crédit Emilien Vandenbussche RCF Hauts de France3 millions d’euros pour lutter contre le frelon asiatique qui attaquent les abeilles domestiques. C’est le nouveau plan du gouvernement français lancé le 1er mai dernier. Ce plan doit permettre de soutenir les apiculteurs et les collectivités en les aidant à protéger les ruches et en piégeant les frelons.
Et il y a urgence. En 30 ans, 75% de la biomasse des insectes a disparu en Europe. C’est ce qu’on appelle l’effondrement silencieux. Cette disparition des insectes est une véritable menace pour l’Homme. Selon l’ONU, 84% des récoltes destinées à notre consommation de nourriture dépendent des insectes pollinisateurs. Parmi lesquels 90% sont des abeilles d’après le chiffre de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation et de l'environnement (ANSES) : le rôle de ces petites bêtes est donc essentiel.
Menaces multiples
Les causes de ce déclin sont multiples : “Il y a l'artificialisation des sols, la surexploitation de certaines ressources, la perte de bois ainsi que la pollution, qu’elle soit de l’air, de l’eau, du sol ou lumineuse”, expose Emmanuel Leveugle, président de la commission environnement à la Chambre d'agriculture des Hauts-de-France. “Mais il y a aussi l'introduction d'envahisseurs exotiques comme le frelon”, continue l’ancien apiculteur amateur près de Cambrai.
Un fléau qu’a rencontré Jean Pierre, agriculteur et apiculteur amateur dans la métropole lilloise : ”J'ai perdu trois ruches, trois essaims à cause du frelon asiatique”. Il pointe un manque de prise de conscience sur le sujet : “Ça n'a pas été pris au sérieux sauf que ça s'est développé de façon vraiment exponentielle”.
Lutte contre le varroa
Le constat n’est pas aussi alarmant chez tous les apiculteurs de la région Hauts-de-France. “Le frelon asiatique est présent depuis peu dans le nord de la France. Donc on manque de recul pour observer son état, sa population et les dégâts qu'il cause”, explique Mathieu Hébert, apiculteur professionnel à Hoymille.
Il regrette que l’on fasse “une fixation sur le frelon” et que l’on “oublie le reste”. Pour lui, à l’heure actuelle, “le plus grand prédateur, c'est un acarien qui s'appelle le Varroa. Il provoque beaucoup de maladies dans les colonies et cette menace n'est pas toujours bien prise en compte”, argumente celui qui est également le secrétaire de l'association Miel des Hauts-de-France et dénonce ainsi les mauvaises pratiques de certains apiculteurs.
Autre facteur du déclin des abeilles : les pesticides. Un responsable d’autant plus prégnant que les Hauts-de-France sont une région d’agriculture intensive. Et les apiculteurs craignent le retour de l’acétamipride – stoppée depuis 2018 - avec le projet de loi Duplomb 2. “L'acétamipride cause par exemple des problèmes d'orientation sur les abeilles », abonde Mathieu Hébert, « on voit que les pratiques agricoles évoluent mais le retour de ce fameux projet loi Duplomb 2 interpelle”.
Un sujet complexe qui nécessite - selon de nos deux experts – un renforcement de la formation des apiculteurs et une évolution des pratiques agricoles.


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Une fois par mois l'émission et co-produite et co-diffusée en partenariat avec La Voix du Nord.

