90 ans de solidarité à Rennes : l'association Saint Benoît Labre célèbre neuf décennies au service des plus précaires
À l'occasion de son 90e anniversaire, l'association Saint Benoît Labre, acteur historique de l'accueil d'urgence à Rennes, revient sur son parcours, de sa fondation par des bénévoles catholiques à sa professionnalisation actuelle. Entre défis fonciers et enjeux de dignité humaine, Dominique Le Tallec, son président nous présente le visage de cette institution.
CC Thanh Lysur UnsplashC’est une histoire qui commence en 1936, dans les hangars du journal Ouest-France. Un certain Monsieur Dubois, touché de voir des hommes sans-abri se réfugier la nuit dans les cabines des camions de livraison, décide d'agir. Plutôt que de les chasser, il s'entoure de bénévoles pour créer ce qui deviendra le foyer Saint Benoît Labre.
D’abord portée par un élan de bénévolat catholique, l'action s'est professionnalisée à partir des années 70 et 80 avec l'émergence des politiques publiques sociales.
Aujourd’hui, l’association est un pilier de la solidarité rennaise, accueillant chaque nuit entre 600 et 650 personnes : sans-abri, migrants, demandeurs d'asile ou jeunes issus de l'Aide sociale à l'enfance.
"Un toit, c’est un premier pas"
Malgré les décennies, la philosophie de l'association reste inchangée : l'hébergement est la condition sine qua non de toute reconstruction. Comme le souligne Dominique Le Tallec : "Notre leitmotiv, c'est de dire qu'il faut d'abord assurer un hébergement et, à partir de là, accompagner au mieux les personnes dans leur globalité : santé, travail, insertion professionnelle et citoyenne."
L’État est son principal financeur, et l'association peut toujours compter sur une cinquantaine de bénévoles actifs. Ces derniers apportent un complément essentiel à l’aide matérielle en animant des ateliers de français, de réparation de vélos ou même de chocolaterie. Ce lien humain est au cœur du projet.
Une précarité aux multiples visages
Le profil des personnes accueillies a grandement évolué. Si, après-guerre, l'association recevait beaucoup d'hommes "cassés" par le conflit ou des ouvriers agricoles, elle fait face aujourd'hui à des situations plus complexes. La santé physique et psychique, ainsi que la gestion des addictions, sont devenues des enjeux majeurs.
L’un des défis actuels est aussi de trouver du foncier pour ne pas repousser la pauvreté aux marges de la ville. "Un de nos combats, c'est de faire reconnaître la place des populations que l'on accueille dans la cité. Que les dispositifs soient bien intégrés pour participer à l'insertion des gens et à leur acceptation comme des citoyens ordinaires", explique Dominique Le Tallec.
Un mois de juin placé sous le signe de la rencontre
Pour marquer cet anniversaire, l'association organise plusieurs temps forts en juin à Rennes :
- Le 6 juin : Une journée publique sous chapiteau, Place Saint-Germain, pour rencontrer les bénévoles et les salariés.
- Le 9 juin : Un colloque avec le sociologue Serge Paugam, spécialiste de la pauvreté et du lien social.
- Le 17 juin : Un moment festif dédié aux résidents, cours de la Visitation.
À travers ces événements, l'association Saint Benoît Labre souhaite inverser le regard sur la pauvreté. Citant Serge Paugam, Dominique Le Tallec rappelle l'urgence de changer de paradigme : "Aujourd'hui, ce qui prévaut, c'est la dette des pauvres envers la société, et non plus la dette de la société envers les pauvres. Nous voulons faire reconnaître l'humanité de ces personnes."
Après 90 ans, l'engagement reste intact : ne jamais baisser les bras et continuer à faire du "toit" le point de départ d'une vie retrouvée.


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