Victor Godard-Faultrier, l’homme qui a inventé l’archéologie angevine
Au XIXe siècle, alors qu’Angers se transforme à coups de grands travaux, un juriste devenu passionné d’archéologie impose une idée neuve: fouiller avant de bâtir. Directeur du musée d’antiquités, animateur infatigable de la commission archéologique, Victor Godard-Faultrier révèle les strates celtes, gallo-romaines et médiévales de la ville. Pour l’historien Jean-Pierre Bois, il est tout simplement celui « qui a fait naître l’archéologie dans la ville d’Angers ».
Buste en platre de Victor Godart-Faultrier par Paul-François Belouin conservé au Musée des beaux-arts d'AngersPour Jean-Pierre Bois, le constat est sans détour: « Avant lui, il n’y avait pas d’archéologie dans Angers. Et c’est lui qui l’a fait naître. » Victor Godard-Faultrier n’est pas seulement un érudit du XIXe siècle, il incarne un moment charnière où la ville commence à regarder sous ses propres pavés.
Né à Angers en 1810, formé au droit à Paris, il revient en Anjou promis à une carrière de petit juriste. Son premier poste chez un notaire à Segré ne le passionne guère. « Il ne s’intéresse pas beaucoup au travail de notaire. Ça, ça ne lui plaît pas », résume Jean-Pierre Bois. c’est ailleurs que se joue son avenir: dans les vestiges, les pierres, les traces du passé.
L’archéologie comme révélation
Au début du XIXe siècle, l’archéologie reste une discipline neuve. « On l’a découverte au XVIIIe siècle, mais lentement, pas de manière méthodique », rappelle l’historien. Les grands chantiers urbains deviennent alors des terrains d’exploration inespérés. « Avant, on bâtissait au-dessus. On empilait. Et puis là, on commence à fouiller. »
Godard-Faultrier comprend immédiatement l’enjeu. Dès 1838, il entre à la Société française d’archéologie et devient correspondant du ministère de l’Instruction publique. Il parcourt l’Anjou à cheval ou en diligence, accompagné du dessinateur anglais Peter Hawke. Ensemble, ils documentent bâtiments et vestiges. Le livre issu de ce voyage lui offre une première reconnaissance locale.
En 1841, il est nommé directeur du musée d’antiquités d’Angers. Une position stratégique. « C’est comme directeur du musée qu’il va s’imposer et imposer sa personnalité dans la ville d’Angers », explique Jean-Pierre Bois. En 1846, il fonde au sein de la Société d’Agriculture (ancienne Académie des Sciences, belles Lettres et arts d’Angers) une commission archéologique dotée de ses propres publications. À partir de là, aucun chantier ne lui échappe.
Les grands chantiers d’Angers
La construction de la gare Saint-Laud, l’aménagement de la place du Ralliement, l’ouverture de nouvelles voies urbaines: chaque transformation révèle des sépultures, des objets, des pans entiers d’histoire. « Le moindre caillou qu’on trouve dans Angers, on va le montrer à Godard-Faultrier», sourit Jean-Pierre Bois.
Les découvertes enrichissent massivement le musée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 54 articles inventoriés en 1860, 938 en 1868, puis 3 266 en 1884. « Tout ce qu’il a ramassé » se retrouve conservé dans les collections municipales. Pour l’historien, l’impact est immense: « La ville d’Angers elle-même, avec son archéologie, c’est Godard-Faultrier. »
Son travail ne se limite pas à la période gallo-romaine. Il embrasse les héritages celtes, médiévaux, modernes. « Il est presque le créateur de l’histoire celte, gallo-romaine, médiévale et même moderne d’Angers. » En 1873, le ministère lui confie la mission d’identifier les bâtiments du Maine-et-Loire à classer. Une étape décisive dans la naissance de la notion de patrimoine.
Un savant engagé
Infatigable auteur, Godard-Faultrier laisse « largement plus du millier » d’articles spécialisés. Il représente régulièrement Angers dans les congrès scientifiques nationaux. Mais son engagement dépasse la seule érudition. Membre actif de la Société Saint-Vincent-de-Paul, il participe aux visites auprès des plus pauvres.
Il meurt en 1895, à 85 ans, après avoir travaillé presque jusqu’au bout. Pour Jean-Pierre Bois, son héritage reste incomparable. Angers lui doit la conscience de ses racines enfouies et le réflexe, désormais évident, de regarder le passé avant de construire l’avenir.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
