Valérie de Marnhac |Spielberg et Duprieux face au mystère humain
Steven Spielberg d'un côté, Quentin Duprieux de l'autre. Un blockbuster de science-fiction à plus de millions de dollars face à un film d'animation français réalisé avec un budget minuscule. Tout oppose "Disclosure Day" et "Le Vertige". Pöurtant, derrière leurs univers radicalement différents, les deux réalisateurs s'interrogent sur notre rapport au monde, à la vérité et à notre place dans l'univers. Deux films très attendus qui sortent cette semaine sur les écrans.
Affiche du film "Le Vertige" de Quentin Duprieux ©DRNon pas un mais deux films cette semaine ! À priori aux antipodes l’un de l’autre, et qui pourtant, tous les deux, questionnent notre condition d’humains et notre place dans l’univers.
L’un est un film de science-fiction et un thriller, l’autre une comédie et un film d’animation. L’un a coûté 115 millions de dollars, l’autre moins de 700 000 euros. L’un est américain, l’autre est français. L’un dure 2h25, l’autre 1h7 min. L’un a été présenté lors d’un grand show à Las Vegas, l’autre à la Quinzaine des cinéastes à Cannes. L’un des réalisateurs a commencé avec une caméra Bolex 16mm, l’autre avec un camescope. Et les deux cinéastes, malgré leurs 30 ans d’écart, ont gardé la même âme d’enfant, celle de deux artisans-bricoleurs pour qui le septième art doit chercher avant tout à divertir, amuser et étonner le public.
Alors, si vous avez un peu suivi l’actualité cinématographique ces dernières semaines, vous avez sûrement deviné de quels films je parle. C’est évidemment l’événement "Disclosure Day", le dernier film de Steven Spielberg et "Le Vertige" de Quentin Dupieux.
Spielberg retrouve les étoiles
Ancienneté oblige, commençons par le vétéran, Steven Spielberg, qui revient ici à ses premières amours, 50 ans tout juste après "Rencontres du troisième type", où déjà il confrontait le scientifique joué par François Truffaut à l’existence d’extra-terrestres. Quelques années plus tard, "E.T" débarquait sur nos écrans, avec son cœur fluorescent, son doigt levé vers le ciel, et sa réplique devenue culte : « Téléphone maison ».
En fait, dans ces films, l’Américain questionne autant notre époque que le cosmos et l’infini. Dans "Disclosure Day", les aliens sont arrivés sur Terre depuis longtemps, mais devenus un secret d’Etat. Or, quelques individus éclairés cherchent à le dévoiler, tels des lanceurs d’alerte contemporains. Le film nous parle de vérité et de révélation (c’est le sens littéral du titre : Disclosure Day, c’est Le Jour de l’annonce) et il se termine par le mot « Listen/Écoutez ». Le film est d’ailleurs truffé de références bibliques (on est bien aux Etats-Unis !).
On est bien aussi chez Spielberg : le scénario est un feu d’artifice, rythmé de courses-poursuites et de rebondissements. Mais les scènes les plus spectaculaires et les plus réussies sont aussi les plus poétiques, dans des face-à-face entre l’Homme et l’animal, comme si le retour à la nature devenait la seule issue possible à l’emballement du monde.
"Le Vertige", l'absurde en animation
Changement de décor avec "Le Vertige" de Quentin Dupieux.
L’idée de départ était plus expérimentale qu’autre chose. L’envie de Quentin Dupieux de revenir à l’animation numérique des premiers temps, l’époque des jeux vidéo sur consoles Playstation, avec leurs personnages aux contours sommaires.
Le plus déconcertant, c’est d’être embarqué dans cette histoire improbable et simpliste, uniquement grâce au décalage créé entre ces voix de comédiens connus (et talentueux !), un ton à la Dupieux, farfelu et burlesque, et le dessin volontairement grossier. Le tout instille in fine une sensation nouvelle et un brin rafraîchissant sur la capacité du septième art à se réinventer.


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




