Valérie de Marnhac | Découverte de L’Oeuvre Invisible
Cette semaine, direction le cinéma fantomatique d’Alexandre Trannoy, un réalisateur passé à travers les mailles de l’histoire. Dans L’Œuvre invisible, un documentaire enquête sur ce rêveur maudit, qui a tourné aux côtés de grandes stars sans jamais finir un seul film.
©Delattre FilmsÀ la recherche d’un cinéaste fantôme
Cette semaine, c’est un documentaire qui s’intitule L’Œuvre invisible et explore la vie très mystérieuse d’un réalisateur totalement inconnu, qui a pourtant filmé quelques-unes des plus grandes stars du cinéma français. Ce n’est pas un biopic mais une véritable enquête, menée pendant plus de dix ans, à la poursuite d’un fantôme.
Ce cinéaste à l’histoire incroyable s’appelle Alexandre Trannoy, un homme qui n’a laissé quasiment aucune trace, sauf dans la mémoire de ceux qui l’ont connu et qu’il a fait travailler.
Trannoy a multiplié les projets pendant 30 ans, des années 1950 jusqu’à sa disparition en 1980. Il a commencé plusieurs films sans jamais les terminer. Le seul qu’il ait mené à bout est son premier, L’Homme de l’Aube, a tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1954, sur la route du Festival de Cannes où il devait être présenté.
Celui qui part à la recherche de cette énigme et assure la voix off du documentaire, c’est Avril Tembouret, qui co-signe le film avec Vladimir Rodionova
Une enquête cinématographique empreinte de nostalgie
Dans la bande annonce, on reconnaît plusieurs voix familières : la première, c’est celle de Jean Rochefort. Les deux hommes se sont rencontrés très jeunes ; Trannoy fut d’ailleurs un peu son mentor à ses débuts. Ces souvenirs, empreints de tendresse et de nostalgie, font revivre une époque révolue — celle d’un cinéma libre, poétique et burlesque, tellement éloigné de l’industrie cinématographique d’aujourd’hui. Parmi les autres interviewés, figurent Anouk Aimée, Claude Lelouch ou encore Jacques Perrin. Beaucoup de disparus, ce qui rend le film doublement émouvant.
Ce qui captive, c’est le suspense et la forme de quête existentielle que les réalisateurs ont su créer pour redonner vie à cet homme oublié par l’histoire. L’Œuvre invisible est aussi une réflexion sur le cinéma lui-même : sur ce qu’il nous lègue au-delà des films, sur cette illusion d’immortalité que crée l’image en mouvement. Ici, il ne s’agit pas seulement de l’œuvre d’Alexandre Trannoy qui est invisible, mais bien d’une part invisible des êtres.
Sans révéler les découvertes faites au fil de l’enquête, on retient avant tout un visage : preuve, s’il en fallait, de l’existence bien réelle de ce réalisateur insaisissable. Les auteurs laissent cependant ouvertes toutes les interprétations : artiste maudit, exalté, perfectionniste ? Les pistes sont nombreuses dans ce documentaire original et captivant, d’une durée d’1h10, à découvrir dans une vingtaine de villes françaises : Toulouse, Pessac, Saint-Gaudens, Orléans, Vierzon, Clermont-Ferrand, Fontenay-sous-Bois, Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Nice et quelques autres encore.


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




