Une histoire politique du cheval
Et si le pouvoir s’était construit sur le dos du cheval ? Il a fallu des millénaires avant que l'Homme apprivoise le cheval, l'un des derniers animaux à être domestiqués. Puis, avec la sédentarisation et les guerres, l'animal s'est révélé "immédiatement utile".
Peu à peu, "des élites guerrières, donc cavalières donc aristocratiques se sont constituées" ©FreepikOn dit du cheval qu’il est le meilleur ami de l’Homme. Et s'il avait été, dans l'histoire de l'humanité, un lien d'ordre politique ? Raconter l’histoire du cheval comme un moyen de conquête du pouvoir, cela semble évident et pourtant, "jamais, on n’a isolé le sujet", remarque Nicolas Chaudun, écrivain, éditeur et critique d’art, il est l’auteur de "La Cavalcade des princes - Cheval et pouvoir" (éd. Actes Sud, 2026). "Jamais, on n’a pris le temps de raconter cette histoire-là. On s’est contenté de l’égrainer par touches." Or, si l’on s’intéresse à l’histoire des jeux de pouvoir depuis la selle du cheval, il y a beaucoup à dire. Il y a même "une histoire équestre de l’art de gouverner".
Le cheval dans l'histoire de la domestication
Le cheval est arrivé tard dans l’histoire de la domestication animale. Pourtant, il fait semble-t-il l’objet d’une fascination dès les temps les plus reculés de notre histoire. Ainsi, les 28% du bestiaire paléolithique sont des représentations de chevaux.
Sur les fresques de la grotte Chauvet mais aussi de Lascaux, le cheval "occupe un emplacement central". Et, chose étonnante, les représentations équestres s'y trouvent, "dans 75%, 80% des cas, là où l’écho est le plus fort", dans ces espaces très difficiles d’accès où l’on ne se repérait qu’au son.
Le cheval a été domestiqué après l’auroch, le mouflon et le chien. "C’est l’un des animaux que l’Homme a apprivoisés le plus tard, précise Nicolas Chaudun, parce que longtemps, l’Homme s’est contenté de le consommer, de le chasser en troupeau." Sa viande était riche en protéines. On pense que c’est 5.500 av. J.-C. que l’on s’est mis à le parquer pour le manger.
"Le pouvoir s’est construit sur le dos du cheval"
Quand on a cessé de manger le cheval, "il s’est révélé immédiatement utile". Pour cultiver la terre, surveiller un troupeau. L’apparition de la roue à rayons, vers 3.000, 3.200 av. J.-C., a permis de faire de longues distances et a rendu le cheval précieux. "Le cheval, c’est le moteur des migrations, c’est le moteur des peuples nomades."
Avec la sédentarisation, la guerre est apparue. Et "des élites guerrières, donc cavalières donc aristocratiques se sont constituées". Ce sont les débuts du pouvoir politique du cheval. "Le pouvoir s’est construit sur le dos du cheval", écrit Nicolas Chaudun.


L’actualité s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, auteur du blog Les Racines du présent, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir.




