"Un jour avec mon père" : le premier film nigérian primé à Cannes et aux BAFTA
Premier long métrage d’Akinola Davies Jr., Un jour avec mon père reconstitue en 24 heures intenses à Lagos en 1993, les ultimes instants d’un père avec ses deux fils au cœur de la crise électorale nigériane. Semi-autobiographique, tourné en 16 mm au grain nostalgique. Ce récit onirique mêlant grande Histoire et souvenirs d’enfance a conquis Cannes (mention Caméra d’or) et le BAFTA du meilleur premier film.
Un jour avec mon père ©DRC’est un très beau premier long métrage, qui a obtenu une mention de la part du Jury de la Caméra d’or à Cannes l’année dernière. Il était aussi le premier film nigérian en compétition de toute l’histoire du Festival.
Au cœur de l’histoire nigériane, le récit d’une jeunesse
Il a été écrit à quatre mains par Akinola Davies et son frère aîné, Wale, en se basant sur les souvenirs de leur père décédé alors qu’ils étaient de tout jeunes enfants. Une absence qui a marqué leur jeunesse passée au Nigéria et qui leur a inspiré ce récit.
Un mélange d’onirisme et de réalisme politique, puisque l’histoire se déroule à un moment clé de la vie du pays : le 12 juin 1993. C’est le jour où ont eu lieu les premières élections démocratiques organisées par le général Ibrahim Babangida, qui était à la tête de la junte militaire au pouvoir. C’est aussi le jour choisi par Folarin, le père de Rémi et Akin, pour emmener ses deux fils à Lagos, et tenter de récupérer les salaires que son patron lui doit.
Un récit ponctué de parenthèses énigmatiques
Durant ces 24 heures, se mêlent la grande et la petite histoire, vues à travers le regard de ces deux garçons. D’abord la découverte d’un homme qu’ils connaissent peu. Une très belle figure paternelle jouée par l’acteur britannique Sope Dirisu. Il incarne un mélange d’autorité, de charisme. Il est un éducateur soucieux de transmettre des valeurs de fraternité, de respect de l’autre, capable de douceur et de sensibilité, alors que la menace gronde autour d’eux. Elle est représentée par des militaires omniprésents et au regard terrifiant.
C’est donc un récit d’enfance où la mise en scène illustre bien cette frontière floue qui existe entre leurs souvenirs effacés, et un imaginaire nourri de rêves et de réalité. Cela donne de très belles séquences montées en flash rapide et qui reviennent en boucle, à la fois mystérieuses et inquiétantes : des oiseaux qui tournoient dans le ciel, un sac de tissu bleu offert dont on ne comprendra l’usage qu’à la toute fin, leur père qui saigne du nez… Ce sont autant d’indices qui nous guident et nous permettent à la fin de reconstituer le déroulement des faits.
Un choix d'esthétique cinématographique
L’essentiel des films sont, aujourd’hui, tournés en numérique. Le 16mm et l’argentique ont la particularité de donner un grain spécial à l’image, proche des images d’archives de l’époque que le réalisateur a intégré au film. Les couleurs sont jaunies, un peu à la manière des vieilles photographies, pour créer une atmosphère hors du temps et empreinte de nostalgique.
Le réalisateur et son frère qui vivent et travaillent en Grande-Bretagne ont tenu à revenir dans leur pays d’origine pour ce projet réalisé entièrement sur place. L’occasion pour eux aussi de valoriser les atouts industriels du Nigeria, deuxième pays derrière l’Inde en nombre de films tournés par an. Ce qui lui vaut l’appellation de « Nollywood », en référence à « Bollywood », contraction de Nigeria et Hollywood.
Un Jour avec mon père d’Akinola Davies a obtenu le BAFTA de « meilleur premier film », l’équivalent britannique des Oscars.


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




