Un autorail nommé désir depuis 40 ans dans le Livradois-Forez
Depuis 40 ans, l’association Agrivap continue de faire rouler l’autorail panoramique dans le parc du Livradois-Forez. Pour fêter cet anniversaire, une exposition itinérante a cheminé sur le parcours de Malaguet à Vertolaye. Une ligne de train partant de Courpière jusqu’à Darsac en passant par Ambert a été mise en service pendant tout le XXème siècle jusqu’en 1980. Mais l’attachement des habitants à ces monuments roulants n’a pas cessé après la fin de l’exploitation de la ligne par la SNCF. Un train touristique traverse encore les paysages du parc naturel régional, et sur le chemin les souvenirs et les émotions restent vivaces. C’est l’objectif de l’exposition créée par Thibaut Quenemer artiste concepteur et Thomas Goumarre, artiste-vidéaste.
Même les habitants qui n’ont pas connu la ligne en service avant 1980 restent attachés à la mémoire ferroviaire, ici devant une maison de garde-barrière © Thomas Goumarre et Thibaut Quenemer En quoi consiste le trajet anniversaire du 12 juillet ?
Thomas Goumarre : C'est vraiment l'occasion de célébrer à la fois le maintien de la ligne, C'est-à-dire que, oui, nous, on souhaite que la ligne soit maintenue dans le Livradois-Forez, parce que c'est quand même un héritage ferroviaire auquel on est attaché, mais aussi qu'en fait, ces monuments roulants, il faut les conserver, il faut les réactiver, il faut les maintenir. Et donc ça sera à la fois une célébration de l'autorail, mais aussi de l'infrastructure, le fait que, via l'activité touristique, on la maintient, on maintient cette ligne ouverte, et pourquoi pas plus tard aussi une réouverture de la ligne aux voyageurs, marchandises.
Pour s’inscrire : https://agrivap.fr/
Pourquoi c'est aussi important de maintenir la ligne et ces monuments roulants, comme vous dites ?
C'est important parce que, en fait, le ferroviaire, ça permet vraiment de désenclaver, de faciliter les déplacements, et vraiment, quand on fait l'historique de la ligne, on voit à quel point ça a été nécessaire d'avoir une ligne de chemin de fer, historiquement, et que ça a vraiment désenclavé la montagne. Ici, on est dans une vallée entre deux montagnes, et le train permet de sortir, d'aller dans d'autres villes, permet de favoriser l'économie des industries, et donc cette infrastructure, je pense que, ici, tout le monde y est attaché, et ça rassemble à la fois les anciens et les nouveaux arrivants dans le territoire. Moi, c'était ça qui m'intéressait, c'était comment, à travers une infrastructure, on peut réunir des liens d'attachement, on peut, en fait, donner forme à ces liens d'attachement, parce que souvent, quand on parle d'infrastructure ou de ferroviaire, on se réduit un peu à des aspects techniques ou à des aspects seulement de véhicules, d'ingénierie, etc., mais en fait, l'idée, à travers l'exposition et les anniversaires ferroviaires, c'est de montrer à quel point il y a des liens d'attachement des habitants sur cette ligne.

Qu’est-ce qui vous a passionné dans cette histoire du train dans le Livradois-Forez ?
J’ai fait les Beaux-Arts de Saint-Étienne et j'avais fait un travail sur les crassiers, les terrils, les montagnes de déchets miniers, qu'on appelle aussi des monuments involontaires, avec Adrienne Duarte, et le sentier des crassiers, c'est une promenade qui parle d'héritage post-industriel de la ville et comment on peut essayer, encore une fois, de raconter ces héritages, autrement que par la logique muséale centralisée, mais plutôt par des pratiques d'arpentage. Et là, c'est un peu dans cette même dynamique de comment on peut raconter un héritage ferroviaire qui a disparu il y a à peu près 40 ans.
Il y a pas mal de liens entre l'industrie des mines à Saint-Étienne et ici, la ligne ferroviaire, parce que les mines étaient reliées aussi aux industries, étaient reliées à des usines, je pense notamment à la papeterie de Giroux, dans la vallée de la Dore, qui est toujours là. Mon hypothèse c'est que l'artiste peut peut-être réunir des personnes très différentes autour de cette infrastructure. Et donc l'idée de faire ces balades commentées, c'est d'inviter à raconter à la première personne, par les habitants, par les anciens eux-mêmes, par les nouveaux arrivants, l'histoire de la ligne.
C’est pour ça qu'on a appelé ces balades en autorail des biographies ferroviaires, c'est comment on fait la biographie d'une ligne par le bas, par les habitants, plutôt que par des aspects seulement techniques ou historiques qu’on a l’habitude de voir.


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