"Trafics" Jean-Jacques Couasnon
Jean-Jacques Couasnon
" Trafics " (La Clé du chemin)
Le livre traite de l'intensité du commerce méditerranéen au XIXe siècle : soie, épices, tapis… Qu'avaient de magique ces tapis venus d'Orient ? Que vient faire dans la légende le trafic juteux de ces précieux articles venant de Smyrne en transit par Marseille ? Et ces bateaux chargés d'opium n'intéresseraient-ils pas quelques malfrats discrètement et astucieusement organisés.
"Trafics" Jean-Jacques CouasnonChronique de Jacques Plaine
Jean-Jacques Couasnon – Trafics – La Clé du chemin – 20 €
Après « Histoires de familles » et « Filatures », Jean-Jacques Couasnon publie ici son troisième roman.
Trafic, trafics… et si le premier trafic remontait à la nuit des temps ? Quand bien avant Astérix, un homme à la langue plus gourmande que bien pendue prit idée de saler sa soupe ? De la saler et de la poivrer, puis de poivre vert en poivre noir, de piment en paprika, de gingembre en cannelle, prendra l’envie – en caravelle ou en caravane - d’aller au bout du monde, à la course aux épices.
Aujourd’hui nous ne sommes pas à Malabar ou Calicut, avec Marco Polo ou Vasco de Gama, mais à Montfaucon et à Saint-Etienne avec le commissaire Toussaint et son copain Basile. Nous ne sommes plus au temps des caravelles ni des caravanes mais au temps des voitures à bras et à cheval. Et si, dans la gendarmerie, le temps des téléphones ne verra le jour que le 5 juillet 1919, le brigadier de Saint Didier en Velay n’en téléphonera pas moins ce 19 avril 1897 à la gendarmerie de Saint-Etienne pour annoncer la nouvelle : « un gars un peu mort, pas tout à fait vivant » vient d’être découvert sur la route de Saint-Just-Malmont.
Un conducteur de voiture à cheval qui n’aurait jamais dû se trouver là. Un brave type sur le point d’épouser Louise, sa voisine de palier musicienne à ses heures, et qu’il aura bien du mal à reconnaître quand elle lui rendra visite à l’Hôtel-Dieu. Car ce brave type a reçu sur la tête ce qu’on appelle par ici « un coup de mandoline » - en avant la musique - un coup, qui aux dires du commissaire Toussaint, aurait dû lui faire perdre la vie plus que la boule.
Et ce presque mort ne se souvient plus de rien, même pas de sa Louise ni de ce que transportait son chariot. Des caisses ? Oui ! A double fond ? Deux fois oui ! Mais avec quoi dedans ? Des armes ? Des tapis d’Orient ? De l’opium d’Anatolie ? Va savoir mon capitaine.
Dans une ville dont les rues et les trottoirs sont envahis par des veuves dont beaucoup sont joyeuses avant l’heure - l’une d’elles ignore même qui est le père de ses enfants - le commissaire Toussaint, lui-même amouraché d’une de ces belles - libraire rue Michelet et accro du « Cénacle des pingouins » - va partir à la découverte d’un certain Candide. De Candide Chambard, un moins que rien qui a installé sa maîtresse dans un appartement acheté avec la dot de sa femme ; de Gertrude qui aussi désespérée de lui que l’est sa belle-sœur qui vient d’intimer à son associé de frère l’ordre de s’en séparer - « ou tu t’en débarrasses, ou je divorce » - vient de le larguer au profit du premier de ses sbires.
Un moins que rien ce Candide, qui le 19 avril 1897 et avec sa charrette, aurait dû se trouver sur la route de Saint-Just-Malmont.


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