Stéphane Vincenza, une seconde vie dédiée au jazz
Nichés dans les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, deux lieux vivent au rythme du jazz. Chaque soir, à la Clef de Voûte ou aux Grandes Voûtes, des musiciens locaux et des invités se retrouvent et proposent au public une musique live et une expérience hors du temps. À l’origine de ces parenthèses musicales, Stéphane Vincenza, un pianiste autodidacte qui transmet avec générosité et liberté sa vision de la vie et une manière d’habiter la musique, tout simplement.
Stéphane Vincenza © RCF Lyon« Ce morceau est symbolique de mon épiphanie pour le jazz ». À l'écoute des premières notes d'Oscar Peterson, célèbre compositeur de jazz, Stéphane Vincenza ne cache pas son émotion. C'est à l'écoute du titre "Tricrotism" que le jeune Stéphane, âgé de 14 ans à l'époque, tombe amoureux de la musique : « J'ai été bouleversé instantanément, c'est assez indéfinissable mais ça m'a parlé, on évoque souvent le feeling pur, ça m'a parlé immédiatement. Et je me suis dit bon sang, mais c'est ça qu'il faut faire dans la vie ! ». Une envie qui se concrétisera que bien plus tard, suite à un accident qui va changer sa vie.
Rien dans l'humanité n'est plus fédérateur que la musique
Victime d'un accident de la route, Stéphane Vincenza passe quelques jours dans le coma, et prend la décision à son réveil de changer de vie : « Moi j'ai beaucoup de chance, parce qu'à moins de 25 ans, je me suis aperçu que je n'avais qu'une seule vie et qu'elle était super fragile ». Ses souvenirs de musique de jeunesse et de son synthé d'adolescent refont alors surface. Après quelques cours, il devient, à côté de son job de l'époque, un véritable acharné de travail et n'arrête pas de jouer : « Je suis à peu près le seul qui n'a pas fait de conservatoire quand j'étais petit, qui n'a pas vraiment eu de vrai cours de musique classique. Je m'y suis mis vraiment en autodidacte ». Rapidement, les notes de blues s'imposent à lui, comme une invitation à y dédier sa deuxième vie.
« Moi la musique qui me fait le plus taper le cœur, c'est le jazz américain des années 50, et la réalité de la vie des musiciens de cette époque-là c'est que c'étaient des gens qui jouaient tout le temps, tous les jours, plusieurs fois par jour ». Une vision de la musique et du jazz qui va le pousser, avec un ami musicien, à créer un lieu 100% dédié à sa passion. C'est au début des années 2000 qu'il crée la "Clef de Voûte" dans les pentes de la Croix-Rousse.
Une musique spirituelle et intense
« En France, il y a le fameux statut d'intermittent du spectacle, c'est quelqu'un qui se produit 43 fois par an face à un public pour être reconnu comme musicien, c'est-à-dire moins d'une fois par semaine [...] La dimension ultra-spirituelle et intense de ce qu'on partage, il faut cultiver ça, il faut pratiquer ça, donc il faut être le plus possible avec les musiciens, avec le public [...] . Sur scène, batteurs, trompettistes, pianistes, contrebassistes se relaient tous les soirs. Autour d'un verre, le public profite d'un moment suspendu, pas en spectateur, mais en acteur : « Rien dans l'humanité n'est plus fédérateur que la musique. Vous n'imaginez pas une célébration religieuse sans musique, des supporters dans un stade qui soutiennent une équipe se mettent à chanter ensemble. Pourquoi ? Parce qu'ils se sentent ensemble ».
Début 2026, face au succès de la Clef de Voûte, Stéphane Vincenza ouvre les Grandes Voûtes quelques mètres à côté du premier club. Des lieux qui ne bénéficient pas de subventions publiques. Ici, la rémunération des artistes et l'entretien des lieux se fait au chapeau, à la fin de la soirée : « L'idée de faire une participation libre c'est de ne fermer la porte à personne et d'avoir le public le plus hétérogène possible. Moi j'aime beaucoup ça, il y a beaucoup de jeunes, alors que le jazz passe souvent pour une musique de tête blanche. Ici, les têtes blanches sont sur scène » conclut en souriant le propriétaire des lieux. Une certaine idée de la musique et du partage, où l’exigence artistique se conjugue avec l’ouverture à tous.


Chaque semaine, Thierry Weber part à la rencontre d'un talent de la région lyonnaise, là où il ou elle exerce sa passion, son métier, son sport, son art. Un entretien portrait de 30 minutes, pour découvrir de nouveaux visages, de nouvelles voix et de nouveaux talents. Première diffusion le mardi à 6h, puis le mercredi à 19h et le samedi à 16h.
