Sous les pavés, quinze siècles d’histoire : les révélations de la collégiale Saint-Martin
Longtemps restée invisible et méconnue, la collégiale Saint-Martin d’Angers révèle aujourd’hui son importance majeure : celle d’un édifice d’origine carolingienne parmi les mieux conservés de France. Vingt ans après sa réouverture, les fouilles archéologiques menées entre 1988 et 2005 ont mis au jour un site exceptionnel où se superposent quinze siècles d’histoire, de la voie romaine à l’église médiévale.
Intérieur de la Collégiale Saint-Martin d'Angers - Crédits photos: BBechardDifficile à imaginer aujourd’hui : la collégiale Saint-Martin n’a pas toujours eu l’allure majestueuse qu’on lui connaît. À la fin des années 1980, elle était morcelée, dissimulée derrière des constructions plus récentes, presque oubliée du paysage urbain angevin.
« Quand on est arrivé, on entrait sous le porche d’une maison du XIXe siècle, dans une cour à ciel ouvert. L’église était totalement invisible depuis la rue », se souvient l’archéologue Jean-Yves Hunot, attaché à la Conservation départementale du patrimoine de Maine-et-Loire et interrogé dans ce premier des deux épisodes consacrés à la collégiale Saint-Martin de l'émission "L'Anjou en héritage" sur RCF Anjou.
La nef était occupée par un jardin abandonné, tandis que le chœur et le transept formaient une ancienne chapelle d’établissement scolaire. Deux espaces sans lien, défigurés par des aménagements tardifs.
Un site déjà connu… mais encore mystérieux
Malgré cet état, le monument n’était pas inconnu des spécialistes. Dès le XIXe siècle, Prosper Mérimée avait identifié son intérêt patrimonial.
« La collégiale Saint-Martin n’est pas un monument inconnu. Elle avait été repérée et étudiée, mais restait au cœur de débats scientifiques », explique l’archéologue.
Au centre des interrogations : sa datation. Édifice carolingien ou roman ? La question divisait les historiens depuis des décennies.
Carolingienne ou romane : une énigme désormais tranchée
Il a fallu des années de débats et surtout des fouilles approfondies pour trancher cette question longtemps restée en suspens. Pour Jean-Yves Hunot, la réponse ne fait désormais plus de doute. « On peut aujourd’hui y répondre grâce aux fouilles menées dans le cadre de la restauration », explique l’archéologue. En analysant les niveaux de sol, les maçonneries et les structures enfouies, les chercheurs ont pu remonter aux états les plus anciens de l’édifice. Verdict : le cœur de la collégiale appartient bien à la période carolingienne.
Mais l’histoire du monument ne s’arrête pas là. « Les travaux ont aussi permis de comprendre les transformations successives du bâtiment », précise-t-il, notamment au XIe siècle, lorsque l’édifice est remanié dans un style roman. Loin d’être figée, la collégiale apparaît ainsi comme un monument évolutif, où se superposent plusieurs siècles d’histoire, expliquant les hésitations des historiens avant les fouilles.

Vingt ans de fouilles pour remonter le temps
Les campagnes archéologiques engagées à partir de 1988 vont profondément renouveler la connaissance du site. Initialement menées pour accompagner la restauration, elles révèlent une stratification exceptionnelle.
« On ne fouille pas pour trouver des objets, mais pour comprendre l’évolution des sociétés », insiste Jean-Yves Hunot.
Sous l’édifice religieux apparaissent les traces d’une voie romaine du Ier siècle, bordée d’habitations en bois et en pierre. Puis, après une période d’abandon, le site devient une vaste nécropole à partir du Ve siècle.

Une nécropole monumentale sous l’église
C’est l’une des découvertes majeures : près de 200 sarcophages ont été mis au jour sous et autour de la collégiale.
« On est sur une grande nécropole urbaine. Il faut imaginer une concentration de tombes sur plusieurs siècles », précise l’archéologue.
Ces sépultures, très serrées autour du sanctuaire, témoignent de la volonté d’être enterré au plus près d’un lieu sacré. Plus on s’en éloigne, plus les tombes deviennent simples.
Contrairement aux idées reçues, peu d’objets ont été retrouvés.
« On peut compter sur les doigts d’une main les tombes avec du mobilier funéraire », souligne Jean-Yves Hunot.
Nous ne sommes pas dans une logique de trésor, mais dans une culture chrétienne sobre.

Aux origines de l’Anjou chrétien
C’est au cœur de cette nécropole qu’est fondée, probablement au Ve siècle, la première église Saint-Martin. Elle sera ensuite transformée et structurée en collégiale au XIe siècle, accueillant un collège de chanoines.
« Une collégiale, c’est un groupe de prêtres qui vivent en communauté sans être cloîtrés, contrairement aux moines », rappelle l’archéologue.
Le site devient alors un centre religieux majeur, indépendant des grandes abbayes voisines.
Un monument clé pour comprendre l’histoire d’Angers
Aujourd’hui restaurée et ouverte au public depuis 2005, la collégiale Saint-Martin apparaît comme un véritable livre de pierre.
Sous ses dalles, quinze siècles d’histoire racontent la transformation d’Angers : de la ville romaine à la cité chrétienne, en passant par les mutations du haut Moyen Âge.
« Chaque couche du sol correspond à une époque, à une société différente. C’est ce qui fait toute la richesse du site », conclut Jean-Yves Hunot.
En 2026, alors qu’elle célèbre les 20 ans de sa réouverture, la collégiale rappelle qu’elle est bien plus qu’un monument : une mémoire vivante de la ville.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
