Sofia Goubaïdoulina, compositrice mystique dans la tragédie de l'histoire
Compositrice majeure dans l’histoire de la musique contemporaine, Sofia Goubaïdoulina s’est éteinte le 13 mars 2025 à l’âge de 93 ans. Assez méconnue du grand public, elle a été parmi "les plus appréciées, les plus jouées, les plus sollicitées au monde". Nombreuses sont ses œuvres qui expriment une profonde spiritualité et une expérience de la transcendance.
"Chez Sofia Goubaïdoulina, tout est rigoureusement calculé. La symbolique numérique, les mathématiques, vont venir immerger la totalité de la composition." ©wikimedia commons"Quand je compose, je prie. Non, en fait, je parle à Dieu." Ce sont les mots de Sofia Goubaïdoulina, compositrice russe majeure dans l’histoire de la musique contemporaine qui s’est éteinte le 13 mars 2025 à l’âge de 93 ans.
Cette compositrice qui a été parmi "les plus appréciées, les plus jouées, les plus sollicitées au monde, n’en demeure pas moins assez largement méconnue du grand public", regrette Étienne Hendrickx.
Compositeur et maître de conférences en acoustique à l’université de Brest, Étienne Hendrickx a organisé, le 30 mai 2026, une journée pour faire connaître son œuvre, dans le cadre des Rencontres de La Tourette organisées dans le couvent des dominicains du Rhône. Pour lui, sa musique "est très accessible, très abordable, contemporaine mais pas radicale, elle atteint un très, très bon compromis entre tradition et modernité".
Qui est Sofia Goubaïdoulina ?
Née en 1931 à Tchistopol, en Russie, Sofia Goubaïdoulina a découvert la musique assez tôt. Vers l’âge de cinq ans elle a été fascinée par un accordéoniste. "Très, très jeune, elle s’est mise à composer, raconte Étienne Hendrickx. Tout de suite, elle a commencé à être dans l’expérimentation." Sur le piano offert par ses parents elle s’est mise à jouer "de manière inhabituelle. Elle pinçait les cordes dans la caisse de résonance, elle coinçait des objets entre les cordes."
La jeune femme a dû arrêter de suivre des cours de composition en 1948, lorsque le congrès de l’union des compositeurs soviétique a décrété qu’il fallait désormais "une musique simple, inspirée du folklore, optimiste, avec des jolies petites mélodies qui célèbre la joie de vivre en URSS", décrit Étienne Hendrickx. "C’est ce qu’on va appeler le réalisme socialiste."
Ce n’est que plus tard, avec l’arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, que Sofia Goubaïdoulina a pu renouer avec la composition. Et aussi grâce aux encouragements du compositeur Dmitri Chostakovitch. Celui-ci faisait partie du jury d’un examen de composition. "Il va la voir en privé et il va lui dire : Je veux que tu persistes dans la voie erronée qui est la tienne."
La musique mystique de Sofia Goubaïdoulina
"Sofia Goubaïdoulina avait un message spirituel à communiquer." Si Bach était avec Anton Webern, l’un de ses compositeurs de référence, c’est parce que sa musique représentait pour elle "la quintessence de l’union entre l’intellect, l’intuition et la profondeur mystique". La dimension mystique, sacrée, de sa musique, n’empêche pas une grande rigueur. "Chez elle, tout est rigoureusement calculé. La symbolique numérique, les mathématiques, vont venir immerger la totalité de la composition."
Nombreuses sont ses œuvres qui expriment une profonde spiritualité et une expérience de la transcendance, en particulier le Cantique du Soleil, en référence à saint François d’Assise. Sofia Goubaïdoulina n’a pas reçu d’éducation religieuse. Elle a reçu le baptême de l’Église orthodoxe en 1970, à presque 40 ans. Enfant, lors d’un séjour à la campagne elle avait découvert dans un grenier une icône du Christ, raconte Étienne Hendrickx. "Elle a été fascinée par cette icône, elle va faire le lien avec habitude qu’elle a prise naturellement de prier."


Mieux comprendre le monde, dans lequel nous sommes invités à vivre en chrétiens, grâce aux travaux des historiens, des sociologues et des artistes ainsi qu’à travers la réflexion philosophique. C'est ce que vous proposent Monserrata Vidal et Sarah Brunel.




