Sébastien BERLENDIS - 24 fois l'Amérique
Sébastien Berlendis
" 24 fois l'Amérique " (Actes Sud)
« Dans l'appartement de Norestrand Avenue, ma tête tourne aussi fort et aussi vite que les pales du ventilateur. Le calme reprend ses droits lorsque la décision de revoir Marianne s'impose avec netteté. Rien ne me retient à New York, rien ne me presse non plus, je veux prendre le temps de traverser les États qui nous séparent… Les dernières lettres de Marianne datent d'il y a trois ans ; sur chacune d'entre elles Marianne avait l'habitude de dessiner un paysage de rives et de dunes, celles de l'Indiana au bord du lac Michigan. »
Sébastien BERLENDIS - 24 fois l'Amérique

Chronique de Jacques Plaine
SÉBASTIEN BERLENDIS
24 fois l’Amérique
Éditions Actes Sud
Né à Avignon, vivant entre Saône et Rhône, Sébastien
Berlendis, écrivain, photographe, venu à l’écriture par
l’image, est professeur de philosophie. « 24 fois l’Amérique » est son huitième roman.
Ce pourrait être lui, ce pourrait être un autre, sauf que
lorsqu’au cœur de Brooklyn sa tête se met à tourner « aussi
fort et aussi vite que les pales du ventilateur » et qu’il saute
dans sa petite Nissan de location pour aller, sur les rives du
lac Michigan, à la rencontre d’une femme qu’il n’a pas revue
depuis dix ans, on se dit que ce ne peut qu’être celui qui, de
livre en livre, promène son passé du Val d’Aoste aux lacs
bleu violet de l’Italie du Nord, des brumes des lacs berlinois
au souffle chaud des montagnes des Maures, du fin bout
des Apennins aux plages de la côte Ligure. Et aujourd’hui
aux rives légendaires du lac Michigan.
« Les dernières lettres de Marianne datent d’il y a trois ans
[…] rien ne me retient à New York […] la décision de revoir
Marianne s’impose avec netteté ». Et le voilà, son Rolleiflex
à la main, sur les routes de la rivière Chagrin. « Un
panneau indique Chagrin Lagoons, et la beauté du nom
m’oblige à prendre cette direction ».
Pennsylvanie, Ohio, Michigan… « Qu’espéré-je en
revisitant des lieux déjà arpentés. Retrouver leur puissance énigmatique, les réinventer, nourrir ma mélancolie ? » Partout, dans l’intimité des salles obscures des palais du cinéma, envoûté par les disc-jockeys de quelques City Clubs, dans le silence des rives sauvages de la Rivière Grande, le fourmillement des baigneurs des Grands Lacs, ou du haut de la grande
roue de Detroit ou de celle de Chicago, il va à la rencontre d’un passé toujours présent, du souvenir enchanté de celle pour laquelle il a traversé l’Atlantique. « J’invente l’apparition de Marianne, j’accélère pour mettre mes pas dans ceux d’une silhouette longue et brune… »
Et puis un jour, alors qu’il sort d’une librairie, « et dans un bar ami coincé entre deux échafaudages » il va rencontrer Linn.
« Un ravissement où se mêlent, derrière une longue frange noire et des yeux bleus, la joie du présent et la mélancolie comme si elle pressentait, et nous le pressentons tous les deux – mon visage, j’en suis certain, n’exprime pas autre chose -, que ces quelques heures n’auront pas de suite ».
À moins que… À moins que la décision de revoir Linn ne s’impose un jour - dans dix ans pourquoi pas - avec la même netteté que celle, hier, de revoir Marianne.


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