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Ruée vers l'or, pluie diluvienne et ballon rond : tour d'horizon du 9ème art

Ruée vers l'or, pluie diluvienne et ballon rond : tour d'horizon du 9ème art

RCF Rennes, le 23 mai 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023
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De l’aventure de capes et d’épées, un cache-cache sur l’île de Bréhat, la première star du ballon rond. Tour d'horizon des sorties du 9ème art avec également une enquête dans le Paris de la Belle Epoque, des déambulations à Bruxelles sous la pluie ou encore un récit de survie auprès de chercheurs d’or dans le Klondike.

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Cinq Avril, T1 L'héritier de Da Vinci de Bussi, Duval et Monin chez Dupuis 35

5 avril 1510. Une noble mystérieuse dépose aux portes du château du Clos Lucé un nouveau-né portant pour seul bagage un étrange collier d'or. Baptisé « Cinq Avril » par les cuisinières qui le recueillent et pris sous l'aile éducatrice d'un autre résident du château - un certain Léonard de Vinci -, l'enfant grandit en énergie et en savoir, initié à de nombreux secrets. À la mort de son mentor, le jeune homme découvre une lettre posthume lui expliquant qu'il porte en lui le pouvoir de changer le cours de l'Histoire, et de sauver des millions de vies humaines pour les siècles à venir, s'il perce le secret de sa naissance... Traqué dès lors par le cardinal Sordi - un religieux brûlant de détruire l'héritage « impie » de Léonard - Avril doit fuir vers la Bretagne en quête de ses origines, guidé par les maigres indices laissés à sa disposition.

Cinq Avril (Bussi, Duval, Monin - Dupuis)

On se retrouve ici avec un début de série à grand spectacle, mêlant histoire sous couvert de Renaissance et d’indépendance de la Bretagne. Un récit qui fait la part belle aux rebondissements, avec une pointe d’humour et bien sûr de nombreuses pointes d’épées. Aux dessins, les deux scénaristes peuvent compter sur Noë Monin qui leur apporte son trait plein de vie et d'énergie. Un dessin semi-réaliste à tendance gros yeux qui met en valeur des personnages hauts en couleurs et très expressifs. La mise en scène est dynamique et embellie par les couleurs toujours très réussies de Sedyas.

Cinq Avril (Bussi, Duval, Monin - Dupuis)


Cache-cache mortel à Bréhat de Weber et Nicoby chez Vents d'Ouest 3

Cache-cache mortel à Bréhat (Weber, Nicoby - Vents d'Ouest)

Luigi et sa femme décident de s’offrir enfin un peu de repos sur l’île de Bréhat : 850 habitants et la douceur de l’air marin. Avec un peu de chance, ils pourraient même croiser quelques vedettes puisque ce petit bout de terre est prisé par les artistes ! Mais à peine arrivés, la découverte d’un cadavre dans la piscine de leur voisin, M. Lannoy, jette un froid sur les vacances. La commissaire dépêchée sur place pour résoudre l’énigme compte bien élucider ce crime déguisé en noyade accidentelle ! Sachant que « ici les gens tiennent à leur tranquillité » viendra-t-elle à bout des superstitions et légendes qui entourent cette disparition ? Que s’est-il vraiment passé il y a 20 ans sur cette île paradisiaque et qu’a vu le petit Nathan, le premier à avoir donné l’alerte en apercevant un monsieur « flotter » dans la piscine ? 

Une petite bande dessinée policière sympathique dans l’esprit des enquêtes d’Agatha Christie. Ce cache-cache mortel à Bréhat suit tranquillement le petit guide touristique de la charmante île mais aussi le parfait petit guide de l’enquête policière. Rien de vraiment extraordinaire, le tout est assez attendu sauf heureusement le rebondissement final plutôt émouvant mais la galerie de personnages est bien réussie, la commissaire en tête. Le travail soigné de Nicoby aux pinceaux avec son trait semi-réaliste à tendance caricaturale laisse le lecteur suivre agréablement cette bande dessinée. Et puis finalement, cette lecture, vous aura peut-être donné envie de poser vos bagages pour quelques jours sur cette très belle île et les auteurs auront alors doublement rempli leur contrat.

Cache-cache mortel à Bréhat (Weber, Nicoby - Vents d'Ouest)


George Best, Twist and Shout de Duluc, Kris et Calvez chez Delcourt 35

George Best, Twist and Shout (Duluc, Kris et Calvez - Delcourt)

Best est au foot ce que les Beatles furent à la pop : l'incarnation du génie et de la folie des 60's. Lors de ses funérailles, on a pu lire : "Maradona good ; Pelé better ; George Best."

A 17 ans, le prodige intègre Manchester United. Son coéquipier Bobby Charlton n'a plus esquissé un sourire depuis l'accident d'avion qui coûta la vie à 8 de ses partenaires au retour d'un match de coupe d'Europe. Ces deux-là, le fêtard et le bosseur, sont incapables de se comprendre dans la vie mais se retrouvent sur un terrain de football et vont écrire ensemble les grandes heures de Manchester.

Sur plus de 80 pages, toute la vie de George Best est évoquée : sa jeunesse à Belfast, ses premiers matchs à Manchester où se révèlent au monde entier son génie footballistique, ses succès mais aussi ses déboires et ses frasques avec ses provocations dont il aimait jouer. Jusqu’à sa fin en 2005 des suites de nombreuses maladies, résultant de ses excès. Le scénariste Kris en adaptant le livre de Vincent Duluc parvient à faire le tour de la légende tout en nous donnant envie de revivre les matchs de l’époque. Aux dessins, Florent Calvez, avec son trait réaliste et malgré des couleurs peut-être un poil ternes, nous replonge avec application dans les matchs et ses à côtés : les amours et les frasques de ce joueur hors norme

George Best, Twist and Shout (Duluc, Kris et Calvez - Delcourt)


Automne, en baie de Somme de Pelaez et Chabert chez Grand Angle 4

1896. Le corps d’un riche industriel est découvert à bord d’une goélette échouée dans la baie de Somme. Pour une affaire de cette importance, on envoie le meilleur policier de Paris, Amaury Broyan. Très vite, l’inspecteur soupçonne la veuve, héritière de l’immense empire. L’enquête révèle alors que l’industriel avait également une maîtresse, Axelle Valencourt, un modèle ayant posé pour de nombreux artistes et notamment Alfons Mucha.
Des quartiers cossus de Paris aux cabarets de la Butte Montmartre, l’inspecteur se retrouve plongé dans une affaire complexe et périlleuse, dans laquelle chaque personnage, y compris l’inspecteur, va révéler sa part d’ombre.

Automne, en baie de Somme (Pelaez et Chabert - Grand Angle)

Sur 64 pages, le scénariste nous offre une belle intrigue et l’on suit avec grand plaisir, Amaury Broyan sur une double enquête - celle du meurtre du riche industriel et celle sur la mort de sa fille - enquête qui nous fait visiter Paris et ses ateliers d’artistes et permet au dessinateur Alexis Chabert de se faire plaisir. Le dessinateur des séries Rogon le feu ou encore Bourbon Street est un parisien pur jus, il avait envie de mettre en scène ce Paris du changement de siècle et revenir aux couleurs directes et du fait main et délaisser pour quelques temps l’outil informatique. De ce point de vue, cet album est une vraie réussite. Acrylique, gouache, encres de couleur, les dessins de Chabert sont un régal pour les yeux. Il donne de véritables ambiances et dominantes pour certaines séquences et offre au lecteur de nombreuses planches et doubles planches somptueuses qui restent en tête. Un inspecteur abîmé par la perte de sa fille, une riche épouse délaissée, une maîtresse muse des plus grands peintres, un notable assassiné. Ce polar est ambitieux mais maîtrisé et nous gratifie d’un Paris de la belle époque d’un esthétisme de grande qualité qui rend hommage aux toiles des grands maîtres de la période. Une belle réussite !

Automne, en baie de Somme (Pelaez et Chabert - Grand Angle)


Mortel Imprévu de Dominique Monféry chez Rue de Sèvres 4

Mortel Imprévu (Monféry - Rue de Sèvres)

Mariée à un riche mais violent médecin de Londres, Edith décide de partir en secret vers la lointaine Amérique pour une nouvelle vie, et y fera la rencontre de Hans, un charpentier dont elle tombe rapidement amoureuse. Poussée par ses sentiments, elle décide de suivre ce dernier dans sa ruée vers l’or, dans le grand nord canadien. Sur place, ils établiront un camp avec trois hommes rencontrés durant leur voyage. Malgré ses personnalités éclectiques, le groupe d’apparence soudé entreprend d’affronter le rude hiver, son froid glacial et les loups affamés rôdant aux alentours. Mais l’isolement et l’avidité peuvent aussi pousser bien des hommes dans leurs plus sombres et prifimitifs retranchements...

Lorsque la mort s’invite dans le campement, le cauchemar ne fait que commencer pour Edith qui va mettre en péril sa vie et celle de Hans pour garder intact ses convictions et ses valeurs humanistes. Si la partition scénaristique est réussie, c’est en partie grâce à une pagination conséquente de près d’une centaine de planches qui permet à son auteur une narration intelligente et une mise en scène efficace qui campe rapidement le décor et ses personnages. Le récit est fluide et intrigant avec ce basculement au premier quart de l’album qui voit passer l’ouvrage, de la chronique d’une vie, à un huis clos psychologique avant de se terminer en récit de survie. Et le suspense reste présent tout au long de l’ouvrage dont l’issue reste incertaine jusqu’au bout. Si le scénario est réussi, la partition graphique n’est pas en reste. C’est beau, intense. L’auteur nous fait vivre des tableaux à dominantes de couleurs comme des lavis pour ses différentes séquences. Bien évidemment, les scènes du grand Nord sont impressionnantes. Un grand nord sauvage, violent et glacial.

Mortel Imprévu (Monféry - Rue de Sèvres)


Nettoyage à sec de Joris Mertens chez Rue de Sèvres 4

François n'a pas la vie qu'il veut.
Il vit seul, dans une ville où il pleut sans cesse, et travaille depuis des années comme chauffeur dans une blanchisserie sans obtenir la moindre augmentation. Ses loisirs se résument à jouer les mêmes numéros au loto chaque semaine depuis 17 ans sans résultat. Et voilà qu'on lui met sur les bras, un jeune employé à former, loin d'être dégourdi !

Nettoyage à sec (Mertens - Rue de Sèvres)

Au-delà de l’histoire elle-même, on est d’emblé pris par l’ambiance installée par l’auteur belge qui nous offre un travail graphique de premier plan, très cinématographique avec son jeu de lumières magnifiques. A l’image de la couverture de l’album et ses reflets de réverbères et autres lumières de boutiques sur les pavés qui ne cessent de nous envoûter. A l’aide de son trait crayonné mais détaillé et expressif, Joris Mertens nous plonge dans les rues bouchonnées de sa ville, dans ses cafés et bistrots qui n’attendent qu’une chose : que la pluie cesse ! Pluie qui joue un rôle primordial tout au long de cette histoire auquel le titre de l’album répond intelligemment. Une pluie à la base de nombreuses séquences visuelles magnifiques donc mais qui permet aussi des situations humoristiques bienvenues, comme lorsque François oublie continuellement son parapluie tout au long de l’album (faisant de ces séquences un running gag sympathique) ou lors des différentes conversations avec ses amis de comptoir. La pluie qui aura également le fin mot de cette histoire car le dernier tiers de ce Nettoyage à sec se termine sous une pluie diluvienne, des ruisseaux en crus et se drape des oripeaux du polar.  [...] Avec ces cadrages très verticaux, on pense à des panoramiques sur grand écran.  Un ouvrage donc très cinématographique, avec un rythme de narration maîtrisé et une mise en page de haute volée mais l’auteur n’en oublie pas moins son histoire et ses personnages, avec ce récit tour à tour mélancolique, émouvant, drôle et fatidique. 

Nettoyage à sec (Mertens - Rue de Sèvres)


Programmation musicale :
Twist and shout, The Beatles 

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