"Roues Libres" François-Guillaume Lorrain
François-Guillaume Lorrain – Roues libres – Les éditions du Cerf
François-Guillaume Lorrain, agrégé de Lettres, est rédacteur en chef des pages Histoire au Point. Après onze romans et sept essais, « Roues libres » est son troisième livre inspiré par le sport.
François-Guillaume Lorrain – Roues libres 

La chronique de Jacques Plaine
François-Guillaume Lorrain – Roues libres – Les éditions du Cerf– 19,90 €
François-Guillaume Lorrain, agrégé de Lettres, est rédacteur en chef des pages Histoire au Point. Après onze romans et sept essais, « Roues libres » est son troisième livre inspiré par le sport.
Après avoir mis les protège-tibias et les crampons dans « l’Equipier », les pointes dans « Le Garçon qui courait », François-Guillaume Lorrain enfile aujourd’hui maillot et cuissard pour se fondre dans le peloton du Tour de France. Une descente aux enfers, ou une montée au paradis - il hésite - où tour à tour ou de Tour en Tour, il deviendra grimpeur, sprinteur, rouleur, baroudeur, puncheur ou attaquant.
Avec les gestes et le mental qui va avec, le voilà dans la peau de ces fous de la pédale et du guidon comme si, sa vie durant et au sein du peloton, il avait partagé les joies et les tourments de ces chevaliers de la petite reine ou de ces forçats de la route.
Un jour, en trois tours de roue, le voilà giclant du peloton à cent kilomètres de l’arrivée, la pancarte de meilleur du peloton dans le dos, « pour un suicide », prédisent les uns, « un coup de génie » constateront les autres un peu plus tard et le lendemain, « chasse-patate » entre un peloton - mal luné, rabat-joie et réfractaire à tout démarrage - et une poignée de fugitifs aux jambes de feu mais rapidement ramenés au bercail, à la raison et au lasso. « La chasse est ouverte mais les lapins chassés sont vite ramenés par le peau du cou. »
Un peu plus loin, changement de vélo, de roue et de boyau, le voilà promu roi de l’emballage, emmené «dans un fauteuil » par ses poissons-pilotes pour ce qu’il appelle « le grand bal des ardents » et qu’un ultime coup de reins jettera sur la ligne avec son vélo « comme on s’en va mourir en poussant son dernier soupir.» L’étape suivante, adieu le super champion, bonjour le suceur de roue, salut au « petit bourgeois qui compte ses coups de pédale » et qui restera pour tous et pour toujours l’inconnu des podiums, de l’ivresse, des miss et des honneurs. Tournons une page et le revoilà pédalant dans l’éther, volant dans les cols, faisant rugir le 11 dents « j’étais Bonaparte à Arcole ! » puis patatras, fini la socquette légère, on le retrouve pédalant avec les oreilles : « mon corps vient de me lâcher, je n’en ai pas de rechange. »
Leader, lieutenant, capitaine de route, simple équipier, domestique, il aura tout vu, tout connu, tout vécu, les bordures et l’éventail, l’autobus et le gruppetto, la tête de course et la voiture-balai, « le peloton qui se réveille de sa sieste » et celui qui pédale dans la semoule mais aussi les jours où jouer des coudes n’est plus indispensable et où loin derrière – en queue de peloton - on refait «le monde à défaut de faire la course. »


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