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Réconciliation ou conversion ? La porte de l’Église est toujours ouverte.

Réconciliation ou conversion ? La porte de l’Église est toujours ouverte.

Un article rédigé par Myriam Dutilleul / Jean-Luc Léglise - RCF Lorraine Meuse, le 29 janvier 2026 - Modifié le 13 février 2026

En plein milieu de la semaine d’unité des chrétiens, se déroulait aussi à Paris le colloque sur « la réconciliation dans l’Église, des chemins de conversion ». La mission de l’Église quant à la réconciliation a été revue, car ce terme a été malmené dans ce monde fracturé. 

réconciliation ou conversionréconciliation ou conversion

Des liturges, théologiens, philosophes et chercheurs, avec la participation active des laïcs, ont revisité ensemble les différentes significations de la réconciliation, et ce qu’elles impliquent. Michael Jost, théologien protestant, a donné son éclairage sur « lier et délier » dans la Bible : ce sont les actes qui sont visés, et non les personnes. Cette autre voix était invitée à s’exprimer pour élargir le regard et mieux interpréter la Parole. La pluralité des voix est une richesse dans la recherche d’unité.
Le colloque avait une spécificité sur le contexte post-CIASE, comme une question théologique. Comment aborder la réconciliation, lorsque son lieu même a été abîmé ? Dans l’église, dès le début du colloque, un témoignage d’une confession d’une victime a montré le changement de visage de l’Eglise. Ce sont les paroles des personnes blessées qui sont premières, pour revoir le champ des possibles. 

« La réconciliation s’opère au pied de la croix »

Saint Dominique

Dans la vie spirituelle, le passage par la réconciliation avec Dieu, avec soi et avec les autres, est incontournable. Les saints vivaient ces étapes régulièrement. « C’est devant la croix que la réconciliation s’opère » conclut le père Gilles Drouin, devant cette peinture de Fra Angelico. L’art a également des ressources pour dire l’indicible et se retrouver dans l’Église.
Le professeur Patrick Prétot, liturge de renom, nous dit que « l’Église n’a pas la charge de la réconciliation, mais a la charge de la parole de la réconciliation ».  Cela change tout. Les témoignages de personnes abusées pendant la confession imposent une autre question, celle du respect écoutant/écouté, d’une relation qui doit être ajustée. « L’Église se manifeste comme une église pénitente qui prie avec maladresse » nous dit Marco Gallo. Elle demande l’aide de Dieu. L’Église est pécheresse, elle est sainte par Celui qui l’a fondée au pied de la Croix. C’est du cœur ouvert, blessé, que jaillit la dynamique de la vie. Les sacrements ont pris naissance du corps blessé de Jésus, sur la croix. Ils portent et apportent la Vie, jusqu’au bout.
Le Concile Vatican II insistait beaucoup plus sur le côté de l’Église pécheresse, que sur celui de l’Église Sainte que nous confessons. Le philosophe nous rappelle que lorsque les mots ont perdu de leur signification, le corps reste là, est souffrant mais présent. Ce qui vaut autant pour la personne blessée (en péché ou ayant subi un abus), que pour le corps ecclésial. Une partie du corps est blessée, mais elle est un témoignage pour le monde.

L’Eglise se met en chantier : une réforme est nécessaire.
Il convient d’utiliser un autre mot que celui d’abus, car il est un « trop ». Alors qu’un interdit est un outrage, ce terme devient plus cohérent, et est mieux accepté par les personnes blessées. Un outrage porte atteinte à la dignité et à l’intégrité des personnes, c’est « un déni d’humanité » nous dit Gilles Berceville. La question donc se pose lorsqu’une personne a subi un outrage lors d’une confession, de demander une autre médiation pour la réconciliation. Certains rites, et cela est bien légitime, sont évités. Le face-à-face doit être modifié. Le rituel, qui comprend pourtant d’autres possibilités, peut être mieux exploité.
Les chantiers ouverts sont tournés vers l’avenir : il y a possibilité de vivre cette crise, en contradiction avec le rite, avec la liberté et l’espérance à disposition. D’abord il y a des chemins nouveaux, communautaires et individuels. Le sacrement de réconciliation n’a plus l’exclusivité de la réconciliation, il y a d’autres médiations.
La réconciliation, par la Parole, est accessible. L’Église n’est pas mandatée pour exercer une juridiction sur les âmes : le pouvoir des clés n’est pas le pouvoir d’accorder la vie éternelle. Seul Dieu est concerné et le pardon est entièrement un de ses dons. Pour les personnes blessées, la parole de Dieu peut être un baume, elle révèle la dignité de l’homme, et aucune personne n’est oubliée. Toute personne peut être relevée dans l’Église. 
La réconciliation, la conversion ont une temporalité sur toute une vie. Donc on ne peut pas s’arrêter ou zoomer sur un moment, un face-à-face, mais l’élargissement se fait au bénéfice de toute la communauté, un sacrement demandé et reçu, profite au demandeur, mais aussi pour toute l’Église.

La réconcilliation

L’Eglise se reconnait pécheresse et se rend disponible pour toute personne : c’est Jésus-Christ la médiation par excellence.
Concrètement, la porte est toujours ouverte pour toute personne : « j’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer » nous écrit l’auteur du livre de l’Apocalypse (Ap 3, 8).
Dans ce monde fracturé, de nouvelles personnes, plus nombreuses encore cette année, font leur entrée dans l’Église. Les catéchumènes sont dans une attente, une heureuse espérance, en prenant le temps de l’initiation chrétienne. Deux ans ne sont pas de trop, pour que l’occasion d’une crise puisse se vivre, afin de pouvoir pleinement recevoir le soutien de la communauté nécessairement centrée sur le Christ, jusqu’à recevoir les sacrements et s’enraciner. Des temps viennent à point : d’abord celui du refus du mal, pour mieux recevoir au jour du baptême le pardon des péchés. La conversion « métanoïa », comme un retournement est à préférer au terme de pénitence, il s’inscrit dans le temps. C’est toute la vie qu’on réconcilie, tout le long encore de sa vie ensuite.
Les processus de guérison et de purification des mémoires ne sont pas achevés. Une célébration pénitentielle, pour une assemblée dont au moins un membre a vécu un outrage, propose une réparation pour la personne blessée, la réparation profite alors à toute la communauté. La prière pour la purification des mémoires peut être dite pendant la 2e semaine de carême, à partir de l’Évangile de la transfiguration, au lieu de la 3e semaine. Le visage défiguré reprend ses traits, et c’est à toute l’Église que profite la transfiguration.

La réconciliation



Dieu Père, par son fils sur la croix, espère la réconciliation du pécheur
C’est Jésus-Christ qui a pris la pire place pour l’épargner aux hommes. Personne n’est abandonné. Jésus-Christ est l’unique médiateur, par lequel Dieu renouvelle son alliance. Lorsque les chemins ont été détournés, des voix prophétiques s’essaient pour renouveler le cœur de l’Église. C’est tout au long de la vie que chacun, chacune, a la liberté de se mettre à l’écoute, de les étudier et de se laisser déplacer, pour mieux se réconcilier.
 

Le samedi 7 mars, c’est l’Evangile du Fils prodigue et du Père miséricordieux.
Parfois les relations avec les autres, avec Dieu et donc avec soi-même, sont abîmées. Le carême est une période propice pour revenir à l’essentiel et se poser la question de la réconciliation. 
 

Benoîte-Vaux

 

Comment se réconcilier avec soi-même, avec les autres, avec Dieu et avec l’Eglise ? 
Le sacrement de la réconciliation reste une invitation, un choix, à reconnaître que l’amour de Dieu nous permet de dépasser les conflits, de se réconcilier dans nos diverses relations.
Nous proposons donc une journée le 7 mars 2026, à Benoîte-Vaux, à 9h sur ce que veulent dire aujourd’hui les lieux de pénitence et de réconciliation, avec les approches historiques, rituelles et théologiques.

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