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"Que notre joie demeure": un film hommage au père Jacques Hamel

"Que notre joie demeure": un film hommage au père Jacques Hamel

Un article rédigé par Marie-Alix Roqueplo - RCF Côtes d'Armor, le 28 mars 2024  -  Modifié le 30 mars 2024
Le Magazine culturel "Que notre joie demeure": un film hommage au père Jacques Hamel

Réalisatrice indépendante, Cheyenne-Marie Carron s'était promis de faire un long-métrage sur le prêtre assassiné en juillet 2016 devant trois religieuses et un couple de paroissiens en l'église de Saint-Etienne de Rouvray : Que notre joie demeure sera à l'affiche le 30 mars au cinéma l'Hermine à Sarzeau dans le Morbihan. Entretien.

Cheyenne-Marie Carron réalise son 16e film en hommage au père Jacques Hamel Cheyenne-Marie Carron réalise son 16e film en hommage au père Jacques Hamel

Huit ans après l’attentat terroriste qui a coûté la vie au père Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, le long-métrage "Que notre joie demeure" réalisé par Cheyenne-Marie Carron sera projeté samedi 30 mars 2024 au cinéma l'Hermine à Sarzeau dans le Morbihan. Entretien avec cette réalisatrice ultra indépendante, la foi chevillée au coeur.

Vous avez voulu faire un film en hommage au père Jacques Hamel, pourquoi ?

Le lendemain de l'assassinat du père Hamel, je suis partie à Saint-Étienne-du-Rouvray (je vivais à Paris à l'époque). J'étais très atteinte. Tuer un prêtre âgé à coups de couteaux, c'est comme si on vous atteignait en plein cœur. Moi ça m'a touché un peu comme lorsqu'on tue un enfant, ça m'a fait le même effet. Je voulais prier aux côtés de l'église de ce prêtre, être là-bas dans cette ville que je ne connaissais pas et je me suis promis ce jour-là qu'un jour je ferai un film en hommage à ce prêtre.

Tuer un prêtre âgé à coups de couteaux, c'est comme si on vous atteignait en plein cœur.

Dans le film, vous insistez sur la simplicité heureuse de ce prêtre...

J'ai beaucoup lu, fouillé autour du père et puis j'ai rencontré sa famille. C'était vraiment quelqu'un de très tourné vers les autres...J'ai tourné une grande partie du film au presbytère dans lequel il vivait grâce à l'évêque de Rouen, Monseigneur Lebrun (qui m'a donné cet accord). Sa maison, c'était un lieu presque de pauvreté matérielle, c'était quelqu'un d'extrêmement modeste et à la fois avec un cœur d'enfant, d'émerveillement face à la vie. Il avait très peu de moyens et ça ne l'empêchait pas d'accueillir les autres chez lui.

Et puis à la moitié du film apparaît en parallèle le jeune homme de 20 ans, Adel Kermiche, qui deviendra son assassin.

Un jeune homme déjà tourné vers la mort. Ce jeune Adel Kermiche radicalisé, qui vit dans un obscurantisme mais aussi  dans une volonté tout à fait maladroite de rétablir des injustices qu'il ressentait au plus profond de lui-même. C'est important de le dire, au risque d'effrayer quelques-uns, mais cela permet de mettre un visage un petit peu humain sur ce bourreau.

Il fait partie de notre humanité cet Adèle Kermiche, même s'il en est sorti par son acte de terreur. 

Quand vous apprenez la mort brutale du père Hamel, vous êtes d'abord très en colère. Et pourtant ce n'est pas ce sentiment qui guide le film?

Il n'aurait surtout pas fallu que je fasse un film de colère parce que je faisais quand même un film en hommage à mon héros : le père Hamel. Il fallait que cette oeuvre soit à l'image du personnage. Donc Dieu merci, je n'ai pas fait de film l'année qui a suivi l'attentat parce que oui, j'avais la haine. Comme à chaque fois qu'il y a un nouvel attentat même si je comprends un petit peu mieux les motivations ou les revendications... Mais l'obscurantisme religieux, c'est du fanatisme, on ne peut pas vraiment comprendre. Faire couler du sang d'innocent de cette manière, ça me met dans une grande colère. Vous savez je suis d'origine kabyle, j'ai été adoptée par des parents ardéchois et savoyards, des chrétiens de gauche. Des gens exceptionnels. Je pense que le vrai chemin ce n'est pas du tout de tendre l'autre joue, mais à la fin la lumière doit quand-même gagner.

"Que notre joie demeure": qu'avez-vous voulu dire avec ce titre?

Ce prêtre est mort dans des conditions terrifiantes. Mais son message reste et cet homme entre dans notre Histoire chrétienne. Ce n'est pas un saint parce qu'il est mort sur l'autel de son église, mais parce que de son vivant il s'est tourné vers les autres. Et c'est ça la beauté du christianisme. Pour moi c'est le camp des bâtisseurs. C'est le camp de ceux qui ne se lamentent pas, qui voient ce qui est positif dans la vie et qui sont capables de tendre la main à l'autre.  Attention le père Hamel n'était pas un gentil naïf... Tout au long de son histoire, il perçoit des signes du danger qui le menace. Souvenez-vous de ce cauchemar prémonitoire, qui est vrai, et qu'il a fait quelques jours avant sa mort. Il rêve de deux jeunes qui l'attaquent et lui ne peut pas se défendre. Il avait conscience de ce danger mais il n'a pas fui ni quitté son lieu de vie. Il s'en remet à Dieu, il choisit d'être en confiance dans la vie.

Et c'est ça la beauté du christianisme. Pour moi c'est le camp des bâtisseurs.

Avant de regarder ce film, on peut avoir peur de la scène finale, et pourtant vous avez choisi de ne pas être explicite, pourquoi?

Je n'ai pas eu l'accord pour tourner le film dans l'église du père Hamel, je l'ai fait dans une autre église près de Rouen. J'avais quelques impératifs avant de tourner la scène de l'assassinat. Je ne me voyais pas faire quelque chose de gore ou de d'obscène : je ne voulais pas tuer le prêtre une deuxième fois, même symboliquement. Donc j'ai suggéré les choses et puis il s'est passé un petit miracle quand je tournais la scène. Je lève la tête et je vois un vitrail magnifique sur lequel un religieux prend un coup de couteau. Cela m'a aidé à filmer cette mise à mort..  Il y a des personnes qui m'ont reproché de n'avoir ni montré les coups de couteau ni le sang jaillir mais, vis-à-vis de la famille, cela m'était impossible. Il faut savoir suggérer. 

Je ne me voyais pas faire quelque chose de gore ou d'obscène : je ne voulais pas tuer le prêtre une deuxième fois, même symboliquement

"Que notre joie demeure", un film à voir au cinéma l'Hermine à Sarzeau samedi 30 mars à partir de 15h.
7,50 euros le billet.
Si vous voulez aider à la diffusion de ce film dans vos cinémas, écrivez à cheyenne.carron@gmail.com

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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