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« Quais du Polar, c’est le festival de Cannes des auteurs », estime la romancière Pétronille Rostagnat

« Quais du Polar, c’est le festival de Cannes des auteurs », estime la romancière Pétronille Rostagnat

Un article rédigé par Anaïs Sorce - RCF Lyon, le 1 avril 2026 - Modifié le 2 avril 2026
L'invité de M Comme Midi · RCF LyonPétronille Rostagnat présente son nouveau livre à Quais du Polar

Le roman policier a rendez-vous à Lyon. La nouvelle édition du festival international Quais du Polar s'ouvre vendredi et pour tout le week-end sur la thématique « Chercheurs d'histoire, science et fiction ». Parmi les auteurs présents : Pétronille Rostagnat, devenue l'une des plumes incontournables du polar français. Son dernier roman, La mort en miroir, est sorti le 19 mars 2026 chez Belladonne. Rencontre.

Grande fan de polar, Pétronille Rostagnat est devenue l'une des plumes françaises incontournables - © RCF LyonGrande fan de polar, Pétronille Rostagnat est devenue l'une des plumes françaises incontournables - © RCF Lyon

RCF Lyon : Vous avez fait des études de commerce et travaillé une dizaine d'années dans le marketing. Comment vous en êtes arrivée à l'écriture ?
Pétronille Rostagnat : J'ai travaillé pour différents groupes à l'étranger et à un moment, j'ai eu envie de changement. Je me suis retrouvée sans poste, jeune maman, à 32 ans et, j'étais devenue une grande lectrice de polars. J'adorais ce genre mais je trouvais qu’il y avait beaucoup de héros masculins assez torturés. Je me suis dit : « est-ce que tu n'écrirais pas ton propre polar avec une femme bien dans ses baskets, mariée avec le même homme depuis des années et qui arrive à jumeler sa vie de femme, sa vie de commandante » ? Et je me suis lancée, sans savoir où j'allais. Le premier livre a bien marché, j'ai adoré écrire, ça a été une révélation et après j'ai tout arrêté pour me lancer 100% dans l'écriture. J'en vis aujourd'hui, j'en ai fait mon métier.

RCF Lyon : Cette héroïne, c'est Alexane Laroche, policière récurrente de votre univers, née dans votre premier roman, La Fée Noire, en 2015. Quelle place occupent les femmes dans vos histoires ?
P.R. : Il y a énormément de femmes dans mes livres. J’ai écrit dix romans et il y en a huit avec des femmes. Alexane a cinq romans à elle toute seule parce que c'est une femme qui avait beaucoup de choses à raconter. Et puis j'ai eu envie d'autre chose, j'ai créé une autre femme, Pauline Carrel, avocate pénaliste à l'opposé d’Alexane. Étant moi-même femme, j'ai trouvé plus facile d'avoir un personnage récurrent féminin, j'étais plus légitime en termes de psychologie. Je mets beaucoup de moi dans ces héroïnes et je me trouvais plus crédible. Après, il a fallu que je change un peu donc quelques hommes sont apparus mais c'est vrai que la place de la femme reste vraiment très importante pour moi.

« Je n'ai jamais l'impression d'écrire la même chose »

RCF Lyon : S'en suivent plusieurs thrillers salués par le public comme On a tous une bonne raison de tuer vendu à plus de 30 000 exemplaires. En 2024, plus de 6 500 nouveautés sont sorties en polar. Cinquante ans après la mort d'Agatha Christie, plus d'un livre vendu sur deux en 2024 est un polar. Qu’est-ce qui fait la différence ?
P.R. : Il faut déjà se faire connaître, parce que la concurrence est rude. C'est un métier de patience, il faut se faire son lectorat, ne pas le décevoir, il faut se challenger tous les ans, se donner des objectifs. Après, on n'est pas tout seul. On a une force de frappe de maison d'édition qui vous aide à améliorer votre texte. Vous avez toute une équipe de commerciaux pour la distribution. Les libraires sont indispensables et puis, bien sûr, les lecteurs. Il faut ne rien lâcher, croire en son étoile, s'amuser. Il faut ne pas avoir peur de la critique et proposer des histoires originales pour marquer les esprits. 

Souvent, on me dit, « vous écrivez tous la même chose ». Non ! On a chacun notre style, notre façon d'écrire. Je vous lance le défi de donner un début d’histoire, vous mettez dix auteurs autour de la table, chacun part avec son imaginaire différent. Je n'ai jamais l'impression d'écrire la même chose

Ce qui intéresse le lecteur, c'est qu’on ne lui impose pas une histoire, on l'invite à enquêter avec nous. Et il a envie d'essayer de nous décoder. De temps en temps, il y arrive, et ça l'amuse, et de temps en temps, il n'y arrive pas du tout, on lui a retourné le cerveau, et c'est ce qu'il demande.

RCF Lyon : Mais pour y arriver, il faut déjà capter le lecteur dès les étals des librairies. Comment lui faire acheter votre livre plutôt que celui de votre voisin ?
P.R. : Il y a un côté marketing, la position du livre dans le rayon, ça peut paraître très basique, mais ça joue énormément. La première rencontre avec un livre, c'est la couverture : il faut un titre qui donne envie sans trop en dire, une image qui interpelle. Le résumé du roman doit donner l'intrigue sans tout dévoiler. Après, il y a tout le reste : la com, notre nom, notre histoire avec nos lecteurs. J’ai un prénom qui interpelle. De temps en temps, on me demande si c'est un pseudo. Je trouve que ça fait plutôt lectorat jeunesse donc je ne pense pas que j'aurais pris Pétronille pour écrire du polar mais j'en suis fière ! Et je pense que ça aide aussi à accrocher les lecteurs.

« Un détail dans une enquête suffit pour un super pitch de roman » 

RCF Lyon : Vous avez été éditée par Marabout puis Harper Collins. Cette année, vous rejoignez la maison Belladone pour votre dernier thriller. Pourquoi changer d'éditeur ? 
P.R. : Dès que j'ai changé de maison d'édition, c'est qu'il y avait une raison valable, une envie de me challenger, peut-être de challenger aussi l'éditeur en face. Comme quand on change de job, ça permet de monter des petites marches parce qu'on est plus connu donc l'éditeur va mettre plus de moyens pour vous porter. Changer de maison d'édition permet aussi d'avoir un nouveau regard sur son écriture pour se surpasser. J'ai besoin d'avoir de nouveaux projets, ça va dans ma dynamique.

RCF Lyon : Vous avez commencé à écrire en 2015. Onze ans plus tard, vous avez sorti une dizaine de romans. Comment trouvez-vous l'inspiration pour vous renouveler ?
P.R. : C'est très important de ne pas écrire la même chose. J'aime surprendre mon lecteur parce que moi, j’ai besoin de me surprendre tous les ans. J'écoute énormément de podcasts parce que je ne suis pas flic, pas avocate et c'est des univers que j'aborde énormément dans mes romans. Et souvent, mes romans partent d'histoires vraies qui m'ont interpellée. Il suffit d'un petit détail dans une enquête pour faire un super pitch pour un roman.  
Ce dixième roman est un peu différent, je le qualifierais plutôt de thriller psychologique. Là, ce qui va plutôt m'intéresser ce sont les personnages. C'est l’histoire de Bertrand Timonier, médecin légiste, qui a un accident de la route. Il se réveille à l'hôpital et il a complètement oublié sa vie. La seule chose qui lui reste, c'est son métier de médecin légiste. Il reprend le travail et quand il ouvre une housse mortuaire, le cadavre est… son double. C'est parti d'une histoire vraie, celle d'un homme qui s’est réveillé un matin sur un banc de Paris après avoir reçu un coup sur la tête et oublié 30 ans de sa vie. En écoutant ce témoignage, je me suis dit, « mais quel bon début de polar » ! La mémoire dans un polar nous permet de faire des twists, de surprendre notre lecteur, de partir dans des chemins de traverse et ça ouvre un champ des possibles énorme.

RCF Lyon : Vous travaillez avec des forces de l'ordre, des avocats pour corriger certaines approximations ?
P.R. : Oui, bien sûr ! Je suis très perfectionniste parce qu’on est lus aussi par des personnes du métier. En écrivant, il y a beaucoup de portes qui s'ouvrent : j'ai pu faire des journées d'immersion dans des commissariats, aller visiter le 36, quai des Orfèvres, à l'époque, avec des gens de la BRI, j'ai rencontré des négociateurs du RAID, des magistrats, des procureurs… Ce sont des gens passionnants qui vous donnent tellement, toujours très contents de vous donner des points de détails. J'ai une amie flic et elle m'a énormément aidée à trouver un biais pour avancer dans mon avant-dernier roman.

« Il y a aussi énormément de femmes auteurs de polar »

RCF Lyon : Vous êtes une habituée de Quais du Polar. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce festival ?
P.R. : Je compare Quais du Polar au festival de Cannes pour les auteurs. C'est un rendez-vous incontournable, international pour nous. C'est vraiment un rendez-vous que j'adore. On est plus de 200 auteurs sur place, donc en tant que lectrice, j'ai plaisir à rencontrer des collègues que je lis. Il y a une énergie magnifique, on prend énormément d'amour. Et quand vous vous retrouvez seul derrière votre ordinateur, vous repensez à ces petits moments magiques et vous n'avez qu'une envie, c'est de continuer l'aventure.

RCF Lyon : Longtemps, les Américains ont dominé le secteur du polar. Depuis quelques années, ils ont été rejoints par les Islandais, les Finlandais, les Suédois. Quelle est la place des auteurs français dans cet univers ?
P.R. : Je trouve qu'on est vraiment très, très nombreux et j'en suis très contente ! On n'en parle pas beaucoup mais il y a aussi énormément de femmes auteurs de polar. Je fais partie des Louves du polar, un collectif d'auteurs féminins polar, on est plus de quarante et il y a encore des femmes qui ne font pas partie du collectif. Il y a beaucoup d'adaptations de nos romans en série, ce qui prouve qu'on a une place de choix. Il y a encore du travail, mais on y arrive. Maintenant, je ne lis que du polar français parce que je trouve qu’il y a beaucoup d'histoires différentes et je suis suffisamment nourrie par les auteurs français.

RCF Lyon : Née à Nice, vous avez habité à Lyon puis vous avez pas mal voyagé. Qu'est-ce qui vous plaît à Lyon?
P.R. : J’adore les grandes villes. Lyon, tout en restant immense, a une vie de quartier. On peut faire beaucoup de choses à pied. J'adore sortir de chez moi et avoir tous les magasins, les bars. Les gens se connaissent dans leur quartier. C'est ça que j'aime, avoir l'impression d'être noyée dans une masse mais être une personnalité quand même. J’adore cette architecture, ses couleurs, le Rhône, la Saône, qui donnent cette ouverture au monde. C'est la ville des Lumières, on sent le poids historique dans cette ville. C'est une évasion en permanence !

RCF Lyon : En 2022, vous recevez le prix Cognac avec J'aurais aimé te tuer. Puis Quand tu ouvriras les yeux est récompensé du grand prix Iris Noir Bruxelles. C'est un Graal pour vous ?
P.R. : C'est énorme un prix, c'est beaucoup d'émotion, c'est la reconnaissance de nos pairs, des lecteurs, du jury. En plus, la concurrence est rude ! Après, ça met une sacrée pression parce qu'on se sait attendu au tournant. J'ai toujours un livre en avance donc quand j'ai eu mon premier prix, le prix Cognac, l'autre manuscrit était déjà fini, j'avais moins de pression pour écrire. Ça m'a ouvert pas mal de portes parce que je suis regardée par des producteurs de séries, j'ai des options. J'espère qu'un jour, ça va aboutir en vraie série ! Et puis, bien sûr, les grandes maisons d'édition vous regardent, et vous commencez à vous faire un nom. C'est vraiment un Graal.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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