Mort avec panache durant la guerre des Boers, Georges de Villebois-Mareuil, ce héros oublié du Haut-Anjou
Au détour d’une route du Haut-Anjou, à Grez-en - Bouère, une statue intrigue les passants. Derrière ce buste figé dans le bronze se cache pourtant un destin hors norme : celui de Georges de Villebois-Mareuil, officier français devenu général des Boers en Afrique du Sud, où il trouva la mort en 1900. Une figure oubliée que Christian Galvez s’attache aujourd’hui à faire revivre à travers une biographie qu’il lui consacre.
Buste de Georges de Villebois-Mareuil à Grez-en-Bouère (53)À première vue, le monument pourrait passer pour un banal hommage aux morts de la Grande Guerre. Pourtant, à, ce buste ne commémore pas une mémoire collective mais bien un destin individuel.
Beaucoup s’y trompent encore. « Moi aussi, la première fois que je suis passé par ici, j’ai dit qu’il y avait un monument aux morts », raconte Christian Galvez. Avant de découvrir un nom gravé dans la pierre : Villebois-Mareuil.
Une découverte qui marque le début d’une enquête. « Je me suis arrêté, j’ai constaté qu’il y avait ce nom et deux dates… et ça m’a intrigué », poursuit l’auteur. De cette curiosité naîtra un ouvrage publié en 2025, à l’occasion du 125e anniversaire de la mort du militaire.
Un enfant du pays aux racines multiples
Né à Nantes en 1847, Georges de Villebois-Mareuil reste profondément attaché à cette terre du Haut-Anjou, où vit une partie de sa famille. Sa grand-mère, originaire de la région, y possède une propriété où il séjourne régulièrement.
« Il venait ici en vacances, c’était un enfant du pays », souligne Christian Galvez.
Issu d’un milieu profondément chrétien, formé dans des établissements religieux, il hérite aussi d’une tradition familiale tournée vers les armes. Une vocation presque imposée : « Dans sa famille, tout le monde a porté l’épée, il parle même de crime de lèse-hérédité s’il ne s’y soumet pas », précise l’historien.
Un officier brillant… mais indocile
Formé à Saint-Cyr, Villebois-Mareuil entame une carrière militaire prometteuse. Courageux sur le terrain, proche de ses hommes, il se distingue notamment lors de la guerre de 1870.
« Il est à la tête de ses soldats, il crie “en avant”, il traverse sous le feu et réussit à faire passer ses hommes », raconte Christian Galvez.
Mais malgré ses états de service, l’homme s’ennuie dans une armée qu’il juge dévoyée. L’affaire Dreyfus, les rivalités internes, l’éloignent peu à peu de l’institution.
« Il ne se retrouvait plus dans cette armée, il trouvait qu’elle n’était plus ce qu’elle devait être », explique l’auteur.
Refusant de « pantoufler », il prend une décision radicale : démissionner.

L’appel de l’aventure sud-africaine
En 1899, à plus de 40 ans, il quitte la France pour rejoindre la guerre des Boers en Afrique du Sud. Un choix autant idéologique que personnel.
« Il était soldat pour se battre… il ne concevait pas une vie militaire sans combat », insiste Christian Galvez.
Dans ce conflit opposant les colons boers à l’Empire britannique, Villebois-Mareuil choisit le camp des plus faibles. « Il y a chez lui cette idée du pot de terre contre le pot de fer », analyse l’historien.
Rapidement, il met son expertise militaire au service des Boers, dont il devient conseiller, puis général d’une légion étrangère improvisée.
Une mort au combat, presque inévitable
Mais l’aventure tourne court. Mal préparée, mal renseignée, une offensive contre les forces britanniques se transforme en piège.
Face à des troupes largement supérieures, Villebois-Mareuil refuse de reculer. « Ils sont 78 face à 1500 hommes… il se bat jusqu’au bout », raconte Christian Galvez. Le 5 avril 1900, il tombe au combat. Fidèle à son idéal, jusqu’à la mort.
De héros national à figure oubliée
À l’annonce de sa disparition, la France lui rend un hommage massif. Des milliers de personnes assistent à des cérémonies en son honneur.
« À Paris, il y avait 10 000 personnes pour la messe, et ici 15 000 personnes », rappelle Christian Galvez.
Des rues portent son nom, des livres racontent son histoire. Puis, peu à peu, le souvenir s’efface.
« Il y a des personnages qui marquent une époque… puis qui tombent dans l’oubli », constate l’auteur.
Son engagement controversé, son passage par l’Action française, ou simplement l’évolution des mémoires collectives expliquent sans doute cette disparition progressive.
Un panache à la Cyrano
Reste une image, presque littéraire, celle d’un officier mû par l’honneur et le goût du panache. Certains voient en lui une inspiration possible du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand qui était le cousin de son épouse.
« Il y a une analogie… Villebois-Mareuil a écrit sur le panache, comme Cyrano », note Christian Galvez.
Une hypothèse incertaine, mais séduisante. Comme son destin.
À Grez-en-Bouère, la statue est toujours là sur ce bord de route, les camions passent, les regards glissent. Et au milieu du bruit, un homme continue de fixer l’horizon, comme s’il attendait encore qu’on se souvienne de lui.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
