Mahmoud Gamaleddyn, organiste : "La musique transcende les clivages"
Mahmoud Gamaleddyn, musicien franco-égyptien né au Caire, a consacré sa vie à la musique. De son Égypte natale à la région lyonnaise, son parcours l’a mené de l’accordéon à l'orgue, en passant par le piano et le clavecin. Il fait résonner son instrument dans un lieu inattendu, loin de l’image liturgique qu’on lui associe souvent : la mairie de Villeurbanne, la seule mairie en France qui dispose d'un orgue.
Mahmoud Gamaleddyn © RCF LyonC’est à l’âge de 13 ans, lors d’un cours de physique-chimie au sein du collège Saint-Marc d’Alexandrie et de sa chapelle, que le jeune Mahmoud Gamaleddyn découvre l’instrument qui allait rythmer sa vie : « La leçon portait sur le lien entre le tuyau et le son. Et donc, comme l’orgue est un instrument à tuyaux, avant, donc, c’était une illustration du cours de physique ». Le début d’une histoire d’amour qui dure encore aujourd’hui.
D’Alexandrie à Villeurbanne
Pourtant, c’est d’abord vers l’accordéon qu’il se dirige dans un premier temps : « J’avais un copain de quartier qui jouait des airs de tango sur son propre accordéon à l’époque, dans la rue comme ça. On était tous impressionnés, mais spécialement moi ». Mais après plusieurs années de pratique, l’absence de professeur d’accordéon à son arrivée au conservatoire d’Alexandrie l’oblige à changer d’instrument pour le piano.
Vous avez de la chance parce que la classe d’orgue n’a pas encore bouclé ses effectifs
Débute alors une relation quasiment filiale avec son enseignant de piano : « Nous avions une relation vraiment d’artiste à disciple, et non de prof à élève. Et cette relation-là, cette richesse artistique a été décisive dans ma vie de jeune pianiste ». Une vie qui va changer dès la fin du conservatoire. Pour se perfectionner, le jeune Mahmoud Gamaleyddyn s’envole vers la France, et atterrit à Lyon en 1984. C’est là qu’il retrouve cet instrument si spécial qu’il a découvert plus jeune : « Je monte à Fourvière, au conservatoire régional, et on me dit : " Vous avez de la chance parce que la classe d’orgue n’a pas encore bouclé ses effectifs puisque le concours d’entrée dans la classe a été reporté de quelques jours et vous pouvez en profiter si vous voulez" ».
Comme je suis de nature optimiste, j’ai postulé tout en n’y croyant pas trop, parce que j’étais à ma première année d’orgue
Malgré la réussite du concours, son avenir en France est remis en cause par un manque de moyens financiers, même si son père lui envoie régulièrement de l’argent. Il prévoit au mois de mai 85 de retourner en Égypte : « Au mois de mars, avril, je trouve une affiche au conservatoire de Fourvière qui stipule que la mairie de Villeurbanne recrute un organiste pour les mariages. Comme je suis de nature optimiste, j’ai postulé tout en n’y croyant pas trop, parce que j’étais à ma première année d’orgue ».
À sa plus grande surprise, il décroche le job. Mais là encore, un obstacle arrive sur son chemin : « J’avais juste un récépissé de la préfecture du Rhône qui dure deux mois. Après quoi, j’étais obligé de regagner mon pays pour avoir un visa de long séjour. Alors, quand j’ai exposé ça, le maire de l’époque, Charles Hernu, a écrit au préfet du Rhône pour lui demander une dérogation et une régularisation de ma situation ».
Quarante ans plus tard, le désormais franco-égyptien est toujours là, joue des notes de Bach pour les mariages, pour des concerts. Malgré l’apprentissage du clavecin, c’est bien devant un orgue qu’il se trouve le plus souvent. Un instrument qui a vu le jour à Alexandrie, comme une évidence.


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