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L’Orphée aux Enfers de Gérard de Lairesse

L’Orphée aux Enfers de Gérard de Lairesse

Un article rédigé par Pierre-Yves Kairis - RCF Liège, le 3 novembre 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023
D'art et d'histoire de Liège L’Orphée aux Enfers de Gérard de Lairesse peint pour Godefroid de Sélys en 1662

À peine âgé de vingt-deux ans, Gérard de Lairesse a réalisé un saisissant tableau évoquant les feux infernaux destiné à orner une cheminée de la maison liégeoise de Godefroid de Sélys, ancien bourgmestre de Liège et maître de forges à Aywaille. Ce tableau fut longtemps considéré comme le chef-d’œuvre absolu de l’école liégeoise du XVIIe siècle, ce qui explique son histoire mouvementée.

Détail : Gérard de Lairesse, Orphée aux Enfers, toile, 182 x 218 cm, Liège, Musée des Beaux-Arts. © IRPA-KIK, Bruxelles Détail : Gérard de Lairesse, Orphée aux Enfers, toile, 182 x 218 cm, Liège, Musée des Beaux-Arts. © IRPA-KIK, Bruxelles

Un trésor au parcours mouvementé


L’Orphée aux Enfers de Gérard de Lairesse (1640-1711), classé comme « Trésor de la Communauté française » depuis 2014, a été peint en 1662, durant la courte période liégeoise du peintre avant son exil en Hollande. Il évoque l’épisode d'Orphée sortant des Enfers et voyant périr son épouse pour la seconde fois, sujet célèbre de la mythologie gréco-romaine rapporté par les poètes Ovide et Virgile. Le tableau a été réalisé pour l’ancien bourgmestre de Liège Godefroid de Sélys (1610-1680), qui semble avoir lancé la carrière du jeune peintre à Liège. Lairesse a représenté le moment intense où la joie se mêle au désespoir, où le visage d'Orphée se crispe de douleur en voyant son épouse choir dans les bras des Parques, les déesses de la Mort. Dans la représentation des sentiments, ce tableau occupe une place tout à fait particulière dans la production de son auteur : plus jamais, celui-ci ne se laissera emporter par une telle fougue expressive ni une telle touche de pathos.

 

Gérard de Lairesse, Orphée aux Enfers, toile, 182 x 218 cm, Liège, Musée des Beaux-Arts. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

Ce tableau a été longtemps considéré comme le plus illustre de tout le XVIIe siècle liégeois. À telle enseigne que, à l’époque révolutionnaire, il a été indûment confisqué par Léonard Defrance, agent préposé à l’enlèvement des chefs-d’œuvre et à leur envoi à Paris. Le propriétaire légitime, l’ancien chanoine de Sainte-Croix Diffuy, descendant de Sélys, réclama son tableau. Le Conseil d’administration du jeune Musée du Louvre finit par accéder à sa demande en février 1796 et le tableau revint finalement à Liège. 

 

Les feux infernaux sur les cheminées


Le tableau étant initialement destiné à orner une cheminée, on ne s’étonnera pas que Lairesse ait représenté les feux infernaux au fond de sa composition. Coïncidence amusante, l’Orphée aux Enfers est, par le plus grand des hasards, exposé au sous-sol du bâtiment de la Boverie juste à côté d’un tableau peint en quelque sorte dans le même contexte. Il s’agit d’une toile réalisée par Gérard Douffet et illustrant le thème de Vénus et Cupidon dans la forge de Vulcain, autre sujet mythologique associé à la thématique du feu. Ce tableau a été peint en 1645 pour l'abbaye de Beaurepart, à la commande de son abbé de l’époque ; vu son sujet, il ornait très certainement une cheminée également. Comme Sélys, l’abbé Nicolas de Gomzé appartenait à une famille de maîtres de forges et il n’a pas manqué de le souligner dans ce tableau qui évoque davantage une forge liégeoise du XVIIe siècle qu’une œuvre mythologique.

 

Gérard Douffet, Vénus et l’Amour dans la Forge de Vulcain, toile, 96 x 163 cm, Liège, Musée des Beaux-Arts. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

La leçon de Lairesse


Sans jamais avoir été gravé, l’Orphée aux Enfers de Lairesse fut maintes fois copié – c’est dire sa grande réputation – et il a influencé certains peintres liégeois postérieurs. Songeons en particulier à un excellent tableau mythologique peu connu peint, en 1717, par Théodore-Edmond Plumier, dernier héritier de l’école liégeoise du siècle précédent. Ce tableau, peut-être conçu à son tour comme dessus-de-cheminée, montre le dieu Pluton dans un palais éclairé également par les feux infernaux dans une architecture massive qui paraît renvoyer au tableau de Lairesse. 
 

Théodore-Edmond Plumier, Pluton et Proserpine (?), toile, 214 x 169 cm, Saint-Georges-sur-Meuse, château de Warfusée. © IRPA-KIK, Bruxelles.

 

 

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