Les Rayons et les ombres, une fresque historique ambitieuse sur l’Occupation
Avec « Les Rayons et les ombres », Xavier Giannoli signe une fresque historique ambitieuse sur la Collaboration sous l’Occupation, inspirée de l’histoire vraie de Jean Luchaire et sa fille Corinne. Sorti ce 18 mars 2026, ce drame de 3h15 porté par Jean Dujardin et la révélation Nastya Golubeva Carax explore la « zone grise » des élites françaises avec lucidité et humanité. Le cinéaste des Illusions perdues conclut sur le pouvoir du cinéma face aux compromissions du passé.
Affiche du film "Les Rayons et les ombres". Crédit: DRLe cinéma a toujours contribué au grand récit national. Un film comme La Bataille du rail, par exemple, tourné à la gloire des résistants cheminots, était probablement nécessaire en 1946 pour redonner le moral à la population.
Le cinéma face à la zone grise
On peut comprendre que le cinéma français ait mis du temps avant d’aborder cette face plus sombre et complexe de la Collaboration. Il y a eu Lacombe Lucien de Louis Malle en 1974 qui avait ouvert une brèche. Mais peu de films ont eu le courage d’aborder sérieusement et en détails cette « zone grise » de l’Histoire de France. Qui reste cantonnée à des rôles de salauds ou à des comédies qui, elles, ont souvent eu plus d’audace.
Giannolli, lui opte pour le drame pur s’inspirant de l’histoire vraie de Jean Luchaire, un patron de presse pacifiste, qui a prôné l’amitié franco-allemande pendant l’entre-deux guerres. Puis, qui à force de compromis et de lâcheté, glissera vers la collaboration sous Pétain, entrainant avec lui sa fille Corinne, jeune starlette de cinéma de 17 ans.
Fresque des élites occupées
Ce récit dense de 3h15 nous plonge dans les coulisses du pouvoir sous l’Occupation, là où les élites pactisent avec l’occupant. Après le triomphe césarisé des Illusions perdues qui est une adaptation de Balzac, Giannoli déploie la même verve romanesque et intelligence narrative, faisant passer le temps en un éclair malgré la durée. Le regard qu’il porte est d’une humanité rare. Jamais les personnages ne sombrent dans l’antipathie, on les comprend dans leur dérive vers l’innommable, éclairés par le titre hugolien qui oppose rayons de connaissance et ombres d’ignorance
Jean Dujardin et la reservation Golubeva
Jean Dujardin incarne Luchaire avec une ambiguïté magistrale, oscillant entre aveuglement paternel possessif et déni tragique. Un rôle taillé pour un César, lui qui n’en a jamais eu, comme il le rappelait avec humour récemment. À ses côtés, Nastya Golubeva Carax révèle une beauté intemporelle en Corinne. Insouciante jeunesse dorée d’abord, puis fragilité déchirante face à l’engrenage. La dernière séquence, où son ami juif Leonid lui lance « Mais est-ce que tu as cherché à savoir ? », nous interpelle aujourd’hui, avant le manifeste final de Giannoli : « À la fin, il nous reste le cinéma ».


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




